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Martin Bertrand

LES VISAGES DU MEKONG #5 - FRAGMENTS (4000 ÎLES, LAOS)

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CONFÉRENCE / PROJECTION AU CENTRE CULTUREL BOUDDHIQUE DE RENNES LE SAMEDI 9 MARS

CONFÉRENCE / PROJECTION À LA GALERIE FOTOFINISH À AMSTERDAM LE JEUDI 11 AVRIL

Au Laos, le Mékong s'élargit en recevant l'eau de nombreux affluents. Il s'écoule du nord au sud du pays et rythme la vie des habitants depuis des siècles.
4000 îles, ainsi est appelé ce territoire situé à l'extrême sud du pays où le fleuve mesure jusqu'à 14 kilomètres et où la terre se fragmente en un vaste archipel. On y navigue d'île en île et l'omniprésence de l'eau permet aux rizières de profiter d'une irrigation régulière.
Dans ce paysage féérique parsemé d'impressionnantes chutes d'eau, les revenus de la pêche sont vitaux pour une partie des habitants. Ces cascades sont un lieu propice pour la capture des nombreuses espèces aquatiques qui migrent depuis et vers le Tonle Sap. On y retrouve notamment le poisson-chat géant du Mékong, qui peut mesurer jusqu'à trois mètres et peser jusqu'à trois cents kilogrammes ; cette espèce en voie de disparition est le plus gros poisson d'eau douce du monde. Les pêcheurs n'hésitent pas à braver les dangers des rapides en y construisant des ponts de singe éphémères en bambou. Tels des équilibristes, ils jettent leur filets dans ces cascades, en particulier dans les immenses chutes de Khone surnommées le « Niagara du Mekong ». 

Au sein de ce territoire bucolique, un monstre est en construction et va grandement impacter l'équilibre d'une grande partie de le péninsule indochinoise. En effet, en janvier 2016, le chantier de l'immense barrage de Don Sahong a débuté malgré l'absence de consensus au sein de la Mekong River Commission (réunissant des experts du Vietnam, Laos, Cambodge et Thaïlande) et les alertes des scientifiques, de la société civile et des pays en aval. Bien caché entre deux îles de l'archipel dont on a bloqué l'accès aux personnes étrangères au chantier, ce barrage devrait avoir des conséquences irréversibles. 
Il retiendra des sédiments essentiels à l'irrigation des nombreuses cultures de riz de la région. La diminution des sédiments va également accélérer l'érosion des sols, notamment dans le Delta du Mékong. De plus, le barrage bloquera une partie de la route migratoire des espèces aquatiques, réduisant considérablement les rendements la pêche au Vietnam et au Cambodge dont dépend la survie de la population.
En plus de mettre en péril la sécurité alimentaire de la région, cet édifice aura également des conséquences sur les écosystèmes uniques du bassin du Mékong. Les premiers à le subir sont les dauphins d'Irrawaddy dont une petite population vit au sud des 4000 îles. Selon certains scientifiques, cette espèce de dauphin d'eau douce en voie de disparition souffrirait déjà du bruit et des secousses causés par les travaux.

Le barrage de Don Sahong n'est pas le seul à inquiéter le sous-continent. En plus de la Chine qui n'hésite plus à exploiter le potentiel hydroélectrique du fleuve avec de nombreux barrages sur son territoire, le Laos a pour ambition de devenir « la batterie de l'Asie du Sud-Est » selon un slogan officiel du régime communiste. Ce barrage n'est pas le premier, mais il aura des conséquences plus lourdes que les précédents, et le « royaume aux millions d'éléphants » ne compte pas en rester là. Le développement de Vientiane comme du reste du pays accroit la demande en électricité. Mais ce n'est pas tout, les métropoles telles que Bangkok, Ho-Chi-Minh Ville ou Phnom Penh dont le développement n'a aucunes limites sont également de très bons clients.
Le Laos étant le pays le plus pauvre du bassin du Mékong, il voit dans l'hydroélectricité une manne grâce à laquelle il pourra s'élever au rang de ses voisins.



Cette série est le cinquième chapitre d'un grand projet intitulé LES VISAGES DU MEKONG.
Avec comme fil conducteur le mythique fleuve Mekong et ses nombreuses ressources, il s'agit d'une grande mise en perspective des enjeux géo-environnementaux liés au développement dans la péninsule indochinoise (Vietnam, Cambodge, Laos, Thailande).


Lien vers le premier chapitre consacré à Ho-Chi-Minh Ville (Vietnam) 
Lien vers le second chapitre consacré au Delta du Mekong (Vietnam) 
Lien vers le troisième chapitre consacré à Phnom Penh (Cambodge)
Lien vers le quatrième chapitre consacré au Tonle Sap (Cambodge)
Lien vers le sixième chapitre consacré à Vientiane (Laos)
Lien vers le septième chapitre consacré à Luang Prabang (Laos)
Lien vers le huitième chapitre consacré à Bangkok (Thaïlande)

In Laos, the Mekong River widens by receiving water from many tributaries. It flows from north to south of the country and has been shaping the lives of its inhabitants for centuries.
4000 islands, so is called this territory located in the extreme south of the country where the river measures up to 14 kilometers and where the land is divided into a vast archipelago. We sail from island to island and the omnipresence of water allows the rice fields to benefit from regular irrigation.
In this magical landscape dotted with impressive waterfalls, fishing income is vital for some of the inhabitants. These waterfalls are a suitable place to capture the many aquatic species that migrate to and from the Tonle Sap. These include the giant Mekong catfish, which can measure up to three metres in length and weigh up to three hundred kilograms; this endangered species is the largest freshwater fish in the world. Fishermen do not hesitate to brave the dangers of the rapids by building ephemeral bamboo monkey bridges. Like balancing actrists, they cast their nets into these waterfalls, especially the huge Khone Falls known as the "Niagara of the Mekong". 

In the heart of
of this bucolic territory, a monster is under construction and will greatly impact the balance of a large part of the Indochinese peninsula. Indeed, in January 2016, the construction of the huge Don Sahong Dam began despite the lack of consensus within the Mekong River Commission (bringing together experts from Vietnam, Laos, Cambodia and Thailand) and the warnings from scientists, civil society and downstream countries. Well hidden between two islands of the archipelago whose access to foreigners has been blocked, this dam should have irreversible consequences. 
It will retain sediments essential for irrigation of the region's many rice crops. The reduction in sediment will also accelerate soil erosion, particularly in the Mekong Delta. In addition, the dam will block part of the migratory route of aquatic species, significantly reducing fishing yields in Vietnam and Cambodia on which the population's survival depends.
In addition to compromising the region's food security, this building will also affect the unique ecosystems of the Mekong River Basin. The first to suffer from it are the Irrawaddy dolphins, a small population of which lives south of the 4000 islands. According to some scientists, this endangered freshwater dolphin species is already suffering from the noise and tremors caused by the work.

The Don Sahong dam is not the only one that worries the subcontinent. In addition to China, which no longer hesitates to exploit the hydroelectric potential of the river with many dams on its territory, Laos aims to become "the battery of Southeast Asia" according to an official slogan of the communist regime. This dam is not the first, but it will have heavier consequences than the previous ones, and the "kingdom of millions of elephants" does not intend to stop there. The development of Vientiane and the rest of the country is increasing the demand for electricity. But that's not all, metropolises such as Bangkok, Ho-Chi-Minh City or Phnom Penh, whose development has no limits, are also very good customers.
As Laos is the poorest country in the Mekong River basin, it sees hydropower as a windfall thanks to which it can rise to the rank of its neighbours.



This series is the fifth chapter of a major project entitled MEKONG'S FACES.
With the mythical Mekong River and its many resources as its common thread, it is a major perspective on the geo-environmental issues related to development in the Indochina peninsula (Vietnam, Cambodia, Laos, Thailand).


Link to the first chapter dedicated to Ho-Chi-Minh City (Vietnam) 
Link to the second chapter on the Mekong Delta (Vietnam) 
Link to the third chapter on Phnom Penh (Cambodia)
Link to the fourth chapter on the Tonle Sap (Cambodia)
Link to the sixth chapter on Vientiane (Laos)