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Martin Bertrand

LES JEUNES SKATEURS DE HO-CHI-MINH-VILLE (VIETNAM)

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Sélectionné pour la Session #6 du Prix Mentor 2018 le Samedi 29 SEPTEMBRE 2018 au Centre Culturel Bellegarde de Toulouse durant le Festival Manifesto.

CONFÉRENCE / PROJECTION
Du 18 au 21 octobre prochain à Albertville (Savoie), à l'occasion du Festival de Voyage Le Grand Bivouac



C'est au sein d'un quartier animé de Ho-Chi-Minh-Ville que se trouve le Saigon Skateshop. Il fut créé il y a cinq ans par Thong, 26 ans, le plus âgé de la bande des skateurs. A l'origine, il s'agissait de palier un manque : « les seuls skateboards que l'on trouvait à l'époque étaient des jouets Made in China qui se cassaient à la première pratique sérieuse ». 
Démarrer une activité commerciale est simple dans cette ville qui vit un boom économique. Etant pratiquement les seuls spécialistes sur place, le magasin marche à merveille. De plus, les vêtements, chaussures et autres accessoires attirent les gens de passage. Pour faire tourner la boutique, Thong emploie les jeunes skaters de sa bande ayant la vingtaine.
Ce lieu est aussi leur fief. Ils s'y retrouvent et partent en scooter afin de trouver un endroit où pratiquer leur sport favori au sein de la ville.

Skater dans cette mégalopole frénétique n'est pas simple. La circulation est trop dense pour pouvoir rouler sur la route et les trottoirs boursouflés et impraticables sont envahis de scooters stationnés et d'échoppes.
Excentré au bout d'une longue route poussiéreuse se trouve l'unique skatepark de la ville. C'est un lieu privé et l'entrée coute l'équivalent de deux euros en monnaie locale. Construit en 2013 dans un entrepôt d'une cinquantaine de mètres carrés, il est loin d'être à l'échelle de la capitale économique du Vietnam et ses 13 millions d'habitants. De plus, l'endroit est de plus en plus usé. L'eau traverse le toit, notamment pendant la violente saison des pluies. 
Malgré tout, ils s'en satisfont et ils n'imaginent pas réclamer quelque chose aux autorités. Contrairement au reste du monde, le skateboard est plutôt nouveau au Vietnam mais il devient de plus en plus populaire.
L'ambiance reste quand même agréable dans ce skatepark. Quand on y pénètre, les premiers bruits que l'on entend sont les claquements des skateboards sur le modules et les rires. On a du mal à reconnaitre les garçons qui tenaient le magasin avec sérieux. Ils renouent avec leur jeunesse et leurs tee-shirts ne cachent plus les nombreux tatouages qui couvrent leur corps.

Ces derniers temps, ils trouvent de nouveaux terrains de jeu. Il s'agit de grandes résidences qui sont construites en périphérie de la ville. Elles sont destinées à la partie la plus aisée de la population. Elles possèdent toutes un très grand parc où le sol est praticable et la circulation des scooters est interdite. Une aubaine pour les skaters !


Comme beaucoup de jeunes d'un pays possédant un lourd passé, ils sont tiraillés entre deux mondes. Le premier est celui d'une société conservatrice meurtrie par les guerres. Ces mêmes guerres qui ont fait émerger une forme de nationalisme qui a donné lieu à l'installation au pouvoir d'un parti unique et autoritaire, le Parti Communiste Vietnamien, qui contrôle toutes les institutions du pays. Cela contraste avec un second visage, celui d'un pays en pleine dynamique après avoir libéralisé son économie et qui surfe sur la mondialisation. Dans ce monde globalisé, les valeurs culturelles occidentales se sont implantées avec notamment l'arrivée du tourisme et d'internet auquel ont accès 63% des 90 millions d'habitants du pays.



La jeunesse d'un pays en dit beaucoup sur sa situation. Les chamboulements que vivent de nombreux pays sont révélateurs d'un monde qui change à une vitesse exponentielle, pour le meilleur et pour le pire.
En gardant cette approche documentaire de la jeunesse à travers le sport et la culture urbaine, j'ai choisi de m'intéresser à des territoires divers afin de réaliser une grande mise en perspective.

Lorsque je vais à la rencontre de ces jeunes, le fait que j'appartienne à la même tranche d'âge qu'eux facilite mon intégration.
Le premier contact est toujours étrange car, au premier abord, je reste un étranger avec une autre culture. Pourtant, mon acceptation et celle de l'appareil photo se font aisément. Nous remarquons très vite que nous nous ressemblons et que nous portons chacun de l?intérêt pour une même discipline sportive et tout l'univers qui l'entoure.

Malgré l'intensité que représente mon intégration au sein d'un groupe pendant plusieurs jours, je reste un jeune français. Mon regard, que je veuille ou non, sera toujours conditionné, entre autres, par mon âge et ma culture.
Les questionnements soulevés par ma démarche photographique sont intimement liés à mes questionnements personnels. On se pose toujours la question de notre positionnement face à notre pays, à sa culture, à l'autorité qu'il représente et aux générations qui nous précèdent.
La jeunesse est le moment où l'on évolue pour se forger en tant qu'adulte. Les contextes peuvent être différents mais les chemins empruntés restent semblables.


- Lien vers ma série sur le skateboard à Cuba -

 

In the heart of Ho Chi Minh City, Vietnam, is a store catering to the city?s skateboarders. It is called Saigon Skateshop, and it was founded by a 26-year-old man named Thong. Thong is the oldest member of a group of skateboarders in the city. When the shop was opened, the goal was to fill a gap in the skating scene. Previously, the only skateboards that could be found were cheap ones from China that would break easily. The shop is run by Thong, his friends and fellow skateboarders. While the shop exists to sell boards, clothing and other accessories, it also serves as headquarters for Thong and his friends; they gather at the shop and then head out on motor scooters to seek out places to skate.

Skating in Ho Chi Minh City can be tough. Traffic is heavy, and the pavement is uneven. There is some respite, though. Outside the city and at the end of a long and dusty road stands the only skate park in town. Built in 2013, the park costs a little over $2 to get in. It is a little run-down and the roof leaks, especially during the rainy season. Despite this, young people who skate in the park are happy with it and can?t imagine asking for anything more. It is a place where the skateboarders feel as if they can be themselves. At the shop, the skateboarders put on a serious face, all business. But when they get to the skate park, they open up, showing off their tattoos and laughing as they skate. Skateboarding is relatively new to Vietnam but is gaining in popularity every day.