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Martin Bertrand

Les jeunes skateurs de La Havane (CUBA)

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CONFÉRENCE / PROJECTION
Du 18 au 21 octobre prochain à Albertville (Savoie), à l'occasion du Festival de Voyage Le Grand Bivouac



Ce n'est qu'à partir de cinq heures de l'après-midi, quand la chaleur cesse d'être étouffante, que Yojani et sa bande commencent à skater. Tandis que les plus jeunes essaient de faire leurs premiers tricks avec une grande détermination, Yojani, ce jeune homme de 26 ans un peu métissé avec des dreadlocks, pratique le skateboard depuis plus d'une dizaine d'années. Il a un niveau de skateur professionnel mais, à Cuba, il gagne sa vie en faisant le ménage dans un hôtel. C'est une personne pleine de bonté aimant donner des conseils aux jeunes débutants afin que le skateboard persiste sur l'île.

En effet, pratiquer le skateboard à Cuba n'est pas simple car les planches de skate et autres accessoires n'y sont pas commercialisés . Pour y remédier, une association nommée « Amigo Cuba Skate » créée par un américain fait régulièrement des donations de matériel  et promeut ainsi cette discipline. Par ailleurs, l'ouverture d'un magasin de skates sur l'île serait inutile pour les Cubains, En effet, les prix de vente seraient bien au-dessus de leurs moyens et le skateboard deviendrait un sport pour les gens aisés. 
Au milieu d'un immense parc de La Havane se trouve la première piste de skateboard. Improvisée dans une vieille piscine en béton, un quart de sa surface est occupé par de l'eau stagnante devenue, avec le temps, un marécage. A l'intérieur persistent de vieux modules rouillés installés en 2004. La seule partie acceptable date de 2015: faite exclusivement pour le skateboard, construite avec l'aide de quelques skateurs étrangers et leurs propres matériaux.
Par ailleurs, il semblerait que l'État ait fini par accepter de mettre la main à la pâte. 
Au début de l'année 2016, fut entrepris par le gouvernement la construction du premier vrai skatepark de Cuba. Cependant, les jeunes ne sont pas satisfaits car ils considèrent qu'il est inapproprié au skateboard et qu'il a une trop faible capacité d'accueil pour une capitale.

La Havane toute entière est donc leur terrain de jeu ; en particulier les immenses monuments dédiés à une révolution qu'il n'ont pas connue.



La jeunesse d'un pays en dit beaucoup sur sa situation. Les chamboulements que vivent de nombreux pays sont révélateurs d'un monde qui change à une vitesse exponentielle, pour le meilleur et pour le pire.
En gardant cette approche documentaire de la jeunesse à travers le sport et la culture urbaine, j'ai choisi de m'intéresser à des territoires divers afin de réaliser une grande mise en perspective.

Lorsque je vais à la rencontre de ces jeunes, le fait que j'appartienne à la même tranche d'âge qu'eux facilite mon intégration.
Le premier contact est toujours étrange car, au premier abord, je reste un étranger avec une autre culture. Pourtant, mon acceptation et celle de l'appareil photo se font aisément. Nous remarquons très vite que nous nous ressemblons et que nous portons chacun de l?intérêt pour une même discipline sportive et tout l'univers qui l'entoure.

Malgré l'intensité que représente mon intégration au sein d'un groupe pendant plusieurs jours, je reste un jeune français. Mon regard, que je veuille ou non, sera toujours conditionné, entre autres, par mon âge et ma culture.
Les questionnements soulevés par ma démarche photographique sont intimement liés à mes questionnements personnels. On se pose toujours la question de notre positionnement face à notre pays, à sa culture, à l'autorité qu'il représente et aux générations qui nous précèdent.
La jeunesse est le moment où l'on évolue pour se forger en tant qu'adulte. Les contextes peuvent être différents mais les chemins empruntés restent semblables.


- Lien vers ma série sur le skateboard au Vietnam -


 

It is not until after 5pm, when the heat ceases to be suffocating, that Yojani and his gang start skateboarding. While the youngest try out their new tricks with great determination, Yojani this young man of 26 yrs, of mixed race with his dreadlocks has skateboarded for more than 10 years. He is of professional skateboarding standard but in Cuba, to earn his living, he is a hotel cleaner. He is a kind person full of goodwill who loves to help the young beginners so that skateboarding does not die out on the island.

In fact, skateboarding in Cuba is not easy because  skateboards and other accessories are not available to buy. To remedy this  an association called 'Amigo Cuba Skate' was founded by an American that regularly donates materials and this way keeps the sport alive. In any case, opening a skateboarding shop on the island would be useless for the Cubans. In effect the prices would be beyond their means so skateboarding would become a sport for the comfortably off.

In the middle of a large park in Havana is the first skateboarding track. It is improvised out of an old concrete swimming pool, a quarter of its surface is  covered by stagnant water, which has become, with time, a marsh. Inside there are still old rusty mechanisms installed in 2004. The only usable part dates from 2015 which has been exclusively adapted for skateboarding with the help of foreign skateboarders who brought over their own materials. 

Moreover, it appears that the state has finally decided to lend a hand.

At the beginning of 2016 the government undertook to build the first true skateboarding park in Cuba. However the youths are not satisfied because they consider it unsuitable for skateboarding and too small for a capital.

The whole of Havana is their playground; in particular  the huge monuments dedicated to a revolution that they have never known.