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Sabrina Mariez

SOLANGE - MERE, GRAND MERE ET PROSTITUÉE

SOLANGE - MOTHER, GRANDMOTHER AND PROSTITUTE

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J'ai rencontré Solange en bas de chez moi, dans son camion, sur le périphérique. Elle, parmi tant d'autres femmes ayant pratiquement vécu la même histoire.
Nées en Algérie dans les années 60-70, mariées toutes très jeunes, sans aucune éducation scolaire, elles ont fui leur pays, leurs vies, leurs maris.
En France, leurs conditions de vie ne se sont guère améliorées.
Mères de famille et femmes battues, elles se sont tournées vers la prostitution pour quitter leurs nouveaux époux et élever leur enfant. Gagner de l'argent, le plus possible et le plus vite possible.
Elles mènent une double vie et sont effrayées à l'idée que l'on puisse les identifier. Elles vivent souvent dans des quartiers sensibles et craignent d'être violentées par les habitants s'ils venaient à apprendre leur métier : la prostitution.
J'ai dû composer avec de nombreux rendez-vous manqués, ma présence importune sur leur lieu de travail (rivalité, peur de perdre des clients...), le fait d'accepter le regard des hommes porté sur moi et, parfois, leur violence verbale à mon égard.
Pour mener à bien ce projet, j'ai régulièrement rendu visite à Solange pendant plusieurs mois. Je montais à l'arrière de sa camionnette quand il n'y avait pas de client et je restais là, avec elle, à discuter de tout et de rien. Lorsqu'un client arrivait, Solange me donnait un tabouret et je m'asseyais dehors en attendant la fin de la passe.
Sans fard et parfois crûment, Solange me parle de son travail et des clients, de sa famille. Elle m'a aussi invitée chez elle, une fois, unique. Je l'ai retrouvé dans son appartement où elle vit avec ses proches un matin à cinq heures, avant qu'elle ne parte au travail. J'ai pu constater sa générosité. Tous ses enfants, petits-enfants et belles-filles vivaient chez elles. Ils dormaient à-même le sol, ou entassés sur des lits. Certains étaient sans-papiers, d'autres sans travail. Solange pouvait être fière, elle faisait vivre toutes sa famille, seule, « grâce, me dit-elle, a la prostitution. » Chez elle, elle était reine, autonome et revendiquait l'absence de tout contrôle masculin.
Voici ces instantanés d'une vie entre intimité, et précarité. Ils vous interrogeront, sans doute. Le débat est connu. Faut-il condamner la prostitution ? Faut-il priver ces femmes de leurs clients ? Ou au contraire faut-il leur permettre de travailler dans la dignité ? Je ne prétends pas ici apporter une réponse. J'espère seulement, apporter un regard sans jugement. Un regard humain. À hauteur de femme.

I met Solange downstairs. Her truck was parked near the Parisian ring road. She - and a lot of other women - had lived the same story.

Born in Algeria in the late 60's-early 70's, married at a very young age and without school education, they fled their country, their lives, their husbands. 
In France, things did not get better.
Mothers and battered women, they turned to prostitution in order to escape from their new husbands and raise their children. In order to earn money, a lot of money, as soon as possible.
They lead a double life and live in fear of being recognized. They often live in dangerous areas at the risk of being beaten by their inhabitants if they came to discover their actual job : prostitute.

In order to complete that series, I had to face several difficulties : cancelled appointments and the fear of disturbing these women in their daily environment (internal rivalry, fear of losing customers...). I also had to face the cold stares of men, and, sometimes, their insults.
To conduct this project, I have paid regular visits to Solange for several months. I climbed up at the back of her truck when she did not have a customer and I stayed with her, doing small talk. When someone came, Solange gave me a stool and I would sit outside, waiting for the end of the trick.

Without any artifice and sometimes crudely, Solange told me about her job, her customers, her family. One morning, at 5 AM, before leaving for work, she invited me at the place where she lives with her relatives. I discovered her generosity. All her children, grand-children et stepdaughters live with her. They sleep on the ground, or stacked in beds. Some of them are illegal migrants, others are unemployed. Solange can be proud of her. She is supporting her whole family « thanks to prostitution », she says. At home, she is a queen, she is independent and does not have to endure masculine domination.

Here are a few snapshots of a life between intimacy and precariousness. You may ask yourself some questions. This is a common topic : Should prostitution be banned ? Should we keep away these women from their customers ? Or can we allow them to do their job with dignity ? I do not want to give an answer. I do not want to be a judge. I only want to look at her as a human being. From woman to woman.