LA FOIRE DES ALDUDES EN CLAIR OBSCUR
5h30. 10 octobre 2026. Cette nuit est sans lune. L’obscurité est totale. Sur la route qu’il faut emprunter et qui sillone au fonds des gorges de l’Ibai gorri, on ne distingue ni le ciel ni les flancs des montagnes. Tout est d’un noir d’encre.
Mais au sortir de l’étroite vallée, on arrive aux Aldudes. Lorsqu’il fait jour, le paysage change ici d’un coup et les gorges s’ouvrent sur une jolie petite vallée, qui s’évase gentiment.
A 5h30, lorsque je parviens aux village des Aldudes, je ne distingue que le coeur du village éclairé par l’éclairage public qui diffuse une lumière orangé.
La foire, qui se déroule une fois tous les deux ans, a lieu sur la place principale, devant l’église et un peu plus loin, devant le fronton. Elle est réservée aux éleveurs des trois villages de la vallée que sont Banca, les Aldudes et Urepel.
Les plus belles bêtes vont se retrouver ici pour une bonne partie de la journée, provenant de différentes fermes et acheminées soit à pied, soit en camion. Vaches (Blondes d’Aquitaine et Pirenaika), brebis (manex tête noire et tête rousse) et chevaux lourds vont prendre place petit à petit et peupler tout le centre du village.
L’exposition des animaux se clôturera par un concours, comme il se doit.
A l’heure où je pénètre sur la place, peu de bêtes sont encore arrivées. Quelques habitants réveillés tôt pour l’occasion attendent les troupeaux. C’est toujours un très joli spectacle que de voir et d’entendre ces animaux arriver dans le village. Car d’abord, on les entend, grace à leurs grosses cloches accrochées à leur coup pour la parade. Des “glong glong” sourds, que l’on perçoit de loin.
Puis les troupeaux arrivent, plus ou moins calmes selon leur caractère ou le stress qu’ils ont peu ressentir en chemin. Car ce n’est pas simple que de mener un troupeau de 10 ou 15 vaches à pied, sur plusieurs kilomètres. Il faut un grand nombre de personnes pour les contenir et les guider sans danger. Souvent, trois générations sont présentes autour des bêtes, animées toutes de la même flamme. Des amis sont venus aussi.
D’autres animaux arriveront dans des remorques ou des camions.
Les vaches seront attachées une à une sur des installations solides mises en place pour l’occasion. Les chevaux et les brebis seront fermés dans de petits parcs constitués de barrières.
L’installation des animaux commence par le gros bétail. Attacher les vaches peut s’avérer un peu sportif parfois. Mais les hommes sont habitués à ce genre d’exerce qui n’est cependant pas sans risque. Il faut être vigilant.
Les chevaux sont plus placides. Les brebis sont facilement canalisées entre les barrières. Mais leur tour viendra plus tard, lorsque le jour sera levé.
Les amateurs arrivent aussi de plus en plus nombreux et jugent déjà, en connaisseurs, les animaux qui s’installent.
La place s’anime. Le tout, sous la lumière orangée des lampadaires accrochés aux angles des maisons qui dessinent les contours de ce qui sera, le temps d’une journée, un champ de foire.
L’effet est des plus enchanteurs. Bêtes, femmes et hommes jouent dans des camaïeux chaleureux. Les coins d’ombre rivalisent avec la violence des réverbères. Les contrastes enflammés dessinent des silhouettes. Parfois les phares blancs ou bleutés d’un tracteur viennent rompre cette harmonie.
J’ai choisi de conserver cette atmosphère aux images que j’ai réalisées ce matin-là afin d’en préserver la magie qui s’evanouiera au lever du jour.
The Aldudes Fair in Chiaroscuro
5:30 a.m. October 10, 2026. It is a moonless night. The darkness is absolute. On the road winding along the bottom of the Ibai Gorri gorge, neither the sky nor the mountainsides are visible; everything is pitch black.
But upon leaving the narrow valley, one arrives at Les Aldudes. In daylight, the landscape shifts abruptly here, as the gorge opens into a lovely little valley that gently widens.
At 5:30 a.m., as I reach the village of Les Aldudes, I can make out only the village center, illuminated by streetlights casting an orange glow.
The fair, held every two years, takes place in the main square—in front of the church and, a little further on, before the fronton (pelota court). It is reserved for livestock farmers from the valley’s three villages: Banca, Les Aldudes, and Urepel.
The finest animals—brought from various farms either on foot or by truck—will gather here for much of the day. Cows (Blonde d’Aquitaine and Pirenaika breeds), sheep (Black-headed and Red-headed Manex), and heavy horses will gradually take their places, filling the entire village center.
As is tradition, the animal exhibition will conclude with a competition.
When I step into the square, few animals have arrived yet. A handful of locals, up early for the occasion, are waiting for the herds. It is always a wonderful sight and sound to witness these animals arriving in the village; for first, you hear them—thanks to the large bells hung around their necks for the procession. Muffled clanking sounds, audible from afar.
Then the herds arrive—some calm, others agitated, depending on their temperament or the stress of the journey. For driving a herd of ten or fifteen cows on foot over several kilometers is no simple task; it takes a large number of people to keep them contained and guide them safely. Often, three generations are present alongside the animals, all animated by the same flame. Friends have come along, too.
Others will arrive in trailers or trucks.
The cows will be tethered one by one to sturdy structures set up for the occasion. Horses and sheep will be penned in small enclosures made of barriers. But their turn will come later, when day has broken.
The animals are settled in, starting with the large cattle. Tying up the cows can sometimes be a bit of a struggle—a physically demanding task—yet the men are accustomed to it, even though it is not without risk. Vigilance is essential.
The horses are more placid. The sheep are easily guided between the barriers.
Enthusiasts are also arriving in increasing numbers, already sizing up the settling animals with a connoisseur’s eye.
The square comes to life. All this unfolds beneath the orange glow of streetlamps mounted on the corners of houses, outlining what will—for a single day—become a fairground.
The effect is utterly enchanting. Animals, women, and men play out a scene in warm, blended tones. Patches of shadow vie with the harsh glare of the streetlights; fiery contrasts carve out silhouettes. Occasionally, the white or bluish headlights of a tractor break the harmony.
I chose to preserve this atmosphere in the images I captured that morning, hoping to keep alive the magic that would vanish at daybreak.