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Sidney Léa Le Bour

Les forçats du soufre & Le tourisme de masse

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Un mineur émerge d'un nuage de fumée jaune. Sur ses épaules, 80 kilos de soufre sont logés dans deux paniers en osier. Le stick en bambou les reliant lui cisaille les épaules et laisse des cicatrices que tous les hommes travaillant ici arborent. Ils sont plus de 200 à gravir la pente raide du cratère 5 à 6 fois par semaine. Ils connaissent chaque pierre, chaque dévers et ont parcouru ce chemin des milliers de fois. Ils remontent pas à pas entre 150 et 300 de kilos de soufre par jour et revendent le fruit de leur labeur 6 centimes le kilo. L'entreprise qui leur rachète est une société privée basée à Surabaya. Une fois traité, le soufre est revendu pour fabriquer des produits cosmétiques, des allumettes, des engrais et insecticides et pour raffiner le sucre.

La mine du Kawah Ijen est connue pour ses conditions de travail dantesque et sa stupéfiante beauté. Un lac d'acide bleu turquoise jouxte le site d'extraction de l'or jaune. Les pentes abruptes et ciselés du cratère s'érigent comme des remparts autour de cet endroit d'exception. Tout serait idyllique si un gaz toxique ne faisait pas partie de l'équation. Les nuages de soufre dans lesquels les mineurs évoluent sont extrêmement dangereux pour la santé. Même avec un masque, les particules s'infiltrent dans les sinus, la gorge et les poumons. 

La nuit, le méthane s'échappant du sol entre en combustion au contact de l'oxygène et crée des flammes bleues. C'est un phénomène rare qui participe grandement à la notoriété du volcan Ijen. Plus de 100 000 personnes par an font l'ascension de son cratère pour observer cette curiosité de la nature. À 1h du matin, le parc ouvre et d'étranges lucioles affrontent la dense pénombre de la nuit équipées de lampes frontales et de torches. Pour atteindre le sommet, elles gravissent 3,6 kilomètres en tâtonnant et slalomant dans l'obscurité. Le long du chemin, les mineurs ayant parfaitement compris l'intérêt de ce nouveau filon crient à tue tête « Taxi taxi ! ». Ils proposent de convoyer les touristes paresseux ou peu sportifs jusqu'au sommet en l'échange d'une coquette somme. Equipés de trolleys, qui leur servent habituellement à redescendre le soufre au pied du volcan, ils installent confortablement leurs clients et les tirent jusqu'en haut. 

Le juteux business ne s'arrête pas là. Tous les groupes - ou presque - sont accompagnés d'un guide qui est, le plus souvent, un ancien mineur reconverti. Sur la crête, des loueurs de masques à gaz refourguent leurs camelotes contre quelques euros à des touristes peu avertis. Les filtres ne sont pas changés régulièrement, donc inefficients. D'autres mineurs font des extras en vendant des souvenirs. Ils les fabriquent eux-mêmes en versant du soudre liquide dans des moules. En quelques secondes, le liquide se solidifie et prend de la valeur. Une tortue de quelques grammes sera vendu entre 5000 et 50 000 roupies selon la générosité de l'acheteur. Soit l'équivalent de 5 à 50 kilos de soufre portés au sommet du cratère.

Les mineurs ont également appris à monnayer leur image. Ils acceptent volontiers de poser ou de faire un selfie avec un touriste. Mais, ils n'oublient pas de leur rappeler la règle: «Photo photo. Money money.». Et, on les comprend quand on les voit assaillis par une horde de touristes chinois qui ne les laissent pas faire un pas sans leur coller un appareil photo sous le nez. Le contraste entre ses forçats du soufre et ses accrocs à Instagram et autres réseaux sociaux est saisissant. 

A miner emerges from a cloud of yellow smoke. On his shoulders, 80 kilos of sulfur are carried in two wicker baskets. The bamboo stick connecting them slits his shoulders and leaves scars that all men working here have. There are more than 200 to climb the steep slope of the crater 5 to 6 times a week. They know every stone, every tilt and have traveled this road thousands of times. They go back carrying, step by step, between 150 and 300 kilograms of sulfur a day and resell the fruit of their labor 6 cents per kilo. The company that buys them is a private company based in Surabaya. Once treated, sulfur is resold to make cosmetics, matches, fertilizers, insecticides and also to refine sugar.

The mine of Kawah Ijen is known for its dantesque working conditions and its amazing beauty. A turquoise blue acid lake adjoins the yellow gold mining site. The steep and chiseled slopes of the crater stand like ramparts around this exceptional place. Everything would be idyllic if a toxic gas was not part of the equation. Sulfur clouds in which miners evolve are extremely dangerous for health. Even with a mask, the particles seep into the sinuses, throat and lungs. 

At night, a rare phenomenon greatly contributes to the notoriety of the Ijen volcano. Methane getting out of the ground burns in contact with oxygen and creates blue flames. More than 100,000 people a year climb its crater to observe this nature curiosity. At 1 am, the natural park opens and strange fireflies confront the dense darkness of the night equipped with headlights and torches. To reach the summit, they climb 3,6 kilometers while groping and slaloming in the darkness. Along the way, the miners have fully understood the interest of this new vein shouting head to head "Taxi taxi! ". They propose to convoy not athletic or lazy tourists to the summit in exchange for a nice sum. Equipped with trolleys, which they normally use to bring down the sulfur at the foot of the volcano, they comfortably install their customers and pull them to the top.

The juicy business does not stop there. All groups - or almost all - are accompanied by a guide who is, most often, a former minor. On the ridge, gas masks renters try to flog their crap for a few euros to unsuspecting tourists. The filters are not changed regularly, so they are therefore inefficient. Other miners make extras by selling souvenirs. They make them themselves by pouring liquid sulfur into molds. In a few seconds, the liquid solidifies and gains value. A turtle of a few grams will be sold between 5000 and 50 000 rupees according to the generosity of the buyer. Or the equivalent of 5 to 50 kilos of sulfur carried at the top of the crater.

The miners have also learned how to trade their image. They willingly accept to pose or make a selfie with a tourist. But, they do not forget to remind them of the rule: "Photo photo. Money money. " And, it?s understandable when you see them assaulted by a horde of Chinese tourists who do not let them take a step without sticking a camera under their noses. The contrast between those sulfur miners and those addicts to Instagram and other social networks is striking.