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Samuel Hense

PARIS

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Petits panneaux marquant l’entrée d’une grande ville. Panneaux que l’on ne voit plus tant le passage d’une ville à l’autre se fait sans réelle conscience de notre part. Les limites administratives d’une ville n’ont de réalité que par la signalisation routière chargée de les matérialiser. Notion purement artificielle. Au-delà de l’existence que leur confère l’administration, ces points de passage n’ont pas fondamentalement d’identité. Eustache Kossakowski réalisait en 1971 un travail intitulé « 6 mètres avant Paris ». Au travers de 159 photographies, le photographe polonais proposait un inventaire rigoureux des panneaux de signalisation marquant l’entrée de Paris et - dans sa volonté de réaliser un reportage objectif - selon des règles de prise de vue strictes : de face et à une distance de 6 mètres du panneau. A l’heure où l’on parle de plus en plus du projet du « Grand Paris », je me suis intéressé aux « frontières » actuelles de Paris, j’ai cherché à identifier ces lieux qui servent de passage entre la capitale et sa banlieue. En 2011, en prolongement du travail initié par Eustache Kossakowski et en respectant son principe de reportage objectif, je suis parti à la recherche des panneaux qui signalisent l’entrée dans Paris. L’intention n’étant pas dans l’esthétique de l’image elle-même, mais dans le recensement, dans la série d’images. Il en résulte une étude comparée sur l’évolution des portes de Paris entre 1971 et 2011, soit une période de 40 ans. Sur 159 panneaux référencés en 1971, 88 n’existent plus alors que 39 ont été créés, il en existe donc à ce jour 110. Les disparitions s’expliquent principalement par des changements dans les sens de circulation qui ont nécessités la suppression de panneaux. Mais aussi, résultat de travaux publics ou de vols, des panneaux ont disparu et non pas été remplacés. A noter que le Bois de Boulogne bénéficie à présent de sa propre signalisation « Bois de Boulogne (Commune de Paris) », de même que le Bois de Vincennes. Les créations proviennent là encore des changements dans les sens de circulation, mais aussi, par exemple, de l’ajout de panneaux sur le périphérique parisien aux jonctions des grands axes autoroutiers. En préambule au projet de 1971, Anka Ptaszkowska-Kossakowski (cofondatrice de la galerie Foksal et ancien professeur à l’école nationale des Beaux-Arts de Caen) explique que « Chaque photo, à l’évidence, situe Paris par une réalité écrite et réglementaire : la signalisation. Mais, au-delà de cette répétition, elle découvre une réalité vivante chaque fois différente. Dans le reportage « 6 mètres avant Paris », le panneau évoque le mythe de cette ville tandis que son environnement la démystifie ». La réalisation du projet du « Grand Paris » va-t-elle à son tour redéfinir les frontières de la ville, faire disparaitre les marques actuelles en ne laissant dans nos mémoires que leur trace ? Paris sera-t-elle toujours PARIS ?

Individual road signs marking the entrance to a large town are barely noticed when passing from the City centre to its suburbs and from the suburbs to the City centre. Road signs, erected over the years to mark the boundaries of the town, are a purely artificial concept which have no real significance other than for administrative purposes. In 1971, Eustache Kossakowski, a Polish photographer, took a series of 159 photos of road signs found at the entrance to Paris, which he called "6 metres to Paris". Deliberately taken with a non-emotional perspective in mind, Kossakowski took meticulous care to ensure that each photo was taken at a distance of exactly 6 metres from the signs and facing the signs too. At a time when the 'Grand Paris' project is discussed more and more, I wanted to see for myself where current boundaries lay. In 2011, by retracing Kossakowski's footsteps and using exactly the same methodology he had used in 1971 to record Paris road signs, I compiled my own up-to-date photo collection. The aim is not so much to make the image look nice, but to compile the images. This study accurately shows how Paris limits have changed over the 40 year period between 1971 and 2011. Out of 159 road signs that were photographed in 1971, 88 no longer exist while 39 new ones have been erected. Hence, there are currently 110 in existence. Some road signs have disappeared due to changes to traffic routes or to theft. It is notable that the Bois de Boulogne has its own sign « Bois de Boulogne » (district of Paris) ; The same goes for the Bois de Vincennes. New road signs have been erected and due to changes to traffic routes but also, for example, to the addition of road signs at the major trunk roads on the Paris ring road. As a foreword to Eugene Kossakowksi’s project in 1971, Anka Ptaszkowska-Kossakowski (co-funder of the Foksal gallery and former teacher at the Ecole nationale des beaux-arts of Caen) explains that : « Each photo indicates that the location of Paris is defined in writing and according to regulation, i.e., by sign posts. But beyond the signs lies a living reality which is different each time. In the series « 6 meters to Paris », the sign evokes the myth of the city whereas the environment demystifies it ». When the “Grand Paris” project is achieved, will that redefine the boundaries of the capital, will the current road signs of the entrance to Paris disappear to only leave traces in our memories? Will Paris always remain PARIS?