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Lionel Fourneaux

Les attentes

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C'est dans le cadre d'une campagne photographique de longue haleine pour le Groupe SNEF, entreprise internationale basée à Marseille et spécialisée entre autres dans le génie électrique et climatique, que j'arpente ces édifices en construction que l'on nomme chantiers. Mais pas n'importe quand. A ce moment où, mis à nu, écorché, l'espace est en attente d'un achèvement. Tripes à l'air. Il faut bien l'innerver, l'irriguer, l'alimenter pour son usage prévu avant que le placage et la décoration intérieure ne dissimulent la nature organique de ce travail.
Ces lieux de paradoxe tout entier façonnés de la main instrumentalisée de l'homme ne comportent bizarrement aucune présence visible, en dehors des traces d'une occupation passée pour les bâtiments en attente d'une rénovation, de l'outillage et des objets très provisoirement stockés ou laissés par les différents corps de métiers ou du dépôt de poussière qui sont autant de témoignages d'une activité en cours. Hôpitaux, plateaux de bureaux, administrations, logements... ils seront nombreux à sy presser demain. Nous sommes en milieu urbain, le tertiaire y a assis depuis longtemps sa suprématie.
Une attente est un objet destiné à recevoir un complément, ainsi cette love de câble, cette gaine en saillie ou dans sa tranchée, ces tronçons de conduites dans la poussière acide et légèrement âcre du béton frais. Mais ces « attentes » ne manquent pas de convoquer la question de la durée. L'attente, dans ces espaces transitoires, c'est aussi une suspension, un arrêt dans le cours du temps. A la manière de la photographie dont on sait qu'elle ne relève pas d'un temps ordinaire dans sa manière de piéger l'espace.
Il serait vain de vouloir identifier ces lieux. A l'exception d'un souci de réserve et de discrétion, ces bâtiments sont désormais achevés, occupés, intégrés dans le relatif continuum du paysage urbain. C'était un moment d'intimité - révolu.