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Lilian Cazabet

Fête de l'Ours dans les Pyrénées Orientales

Bears party

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Dans les Pyrénées, la symbolique de l'Ours est très présente, encore aujourd'hui. Dans les montagnes du sud-ouest de la France, les anciens content souvent l'histoire de Jean de l'Ours, créature légendaire qui serait née de la relation d'un ours et d'une femme. Jusqu'au Moyen-Age, l'Ours était considéré comme un ancêtre tutélaire, un symbole de puissance, on le célébrait particulièrement à la fin de son hibernation, il annonçait alors l'arrivée du Printemps.
La Fête de l'Ours se déroule notamment dans le village de Prats-de-Mollo dans les Pyrénées orientales. Cette tradition pyrénéenne du Moyen-Age, représente le rite de passage entre «l'homme sauvage» et «l'homme civilisé». Elle s'entretient tous les ans dans trois communes de la région du Haut-Vallespir (nom donné par les romains et signifiant «vallée âpre») et marque la fin de l'hiver. Elle constitue également la première fête du cycle carnavalesque, qui se poursuit sur les quatre jours suivants.
Trois groupes se partagent les festivités : les trois Ours, les Chasseurs et les Barbiers. Cette année, douze candidats se sont proposés pour endosser le costume de l'Ours le temps d'une après-midi, seulement trois ont été sélectionnés, tradition oblige. C'est le cas de Bastien Dillard qui a déjà eu cet honneur, je l'ai suivi dans sa métamorphose d'être humain à être animal.
Les trois Ours, vêtus d'une toison et d'un imposant chapeau en peau de mouton, s'enduisent d'huile mélangée à de la suie. La couleur noire de cette mixture fait écho à l'obscurité de la grotte que vient de quitter l'Ours symboliquement. Cette préparation s'accompagne naturellement de musique avec des instruments à vents traditionnels catalans. Le très caractéristique « air des Ours » est entonné par la foule et accompagnera la course jusqu'au soir. Le public fait monter la pression durant les chants en huant les Ours pour les provoquer et les stimuler. Lors de cette préparation, les animaux s'échauffent pour leur longue course en défiant un Chasseur avec un bâton.
Pour marquer la fin de leur préparation, les Ours poussent un grognement semblable au cri de l'animal . Ils annoncent ainsi leur départ du Fort Lagarde, citadelle construite par le maréchal Vauban et située une centaine de mètres au-dessus du village. Ce grognement est attendu par les spectateurs, qui l'acclament vivement. Tout au long de cette étape de préparation et lors du départ de la course, une interaction intense entre les Ours et les spectateurs a lieu. Ces joyeuses provocations de la part des villageois permettent à l'Ours de rentrer dans une sorte de transe quasi bestiale. Durant la descente vers le village, les Chasseurs, facilement reconnaissables à l'aide de leurs casquettes orange ou de leurs bonnets rouges, désignent aux Ours des personnes à «mâchurer», c'est-à-dire enduire de noir. Ce sont souvent les jeunes filles qui y sont exposées et sont emmenées à défier l'Ours avant de se faire plaquer au sol puis enduire de noir. Une légende raconte que l'ours qui descendait des montagnes enlevait notamment l'agneau ou la fille de la fermière. Les habitants du village, les enfants ou encore quelques spectateurs entreprenants ont également droit à ce privilège. La marque noire de l'Ours est un honneur pour l'habitant, il la présente ensuite comme un trophée. En prenant des images au coeur de l'événement, je n'ai évidemment pas pu y échapper. La chasse dure deux heures durant lesquelles les Ours parcourent le village de manière hasardeuse en provoquant le public à l'aide d'un long bâton en bois qu'ils s'empressent de jeter en l'air dès lors qu'ils ont déterminé une cible à affronter. Durant toute la course, les chasseurs sont en fait les alliés des ours et non leurs ennemis. Ils les assistent en les ravitaillant en mixture noire pour le mâchurage, mais également en boisson dont le vin constitue le breuvage principal de ces trois jours de fête.
La scène finale du rasage regroupe les Ours et les Barbiers sur la place du Foirail, place principale du village, sous le regard de la population. Les Barbiers sont généralement des hommes d'âge mûr. Ils ont dans leur main de la saucisse imbibée de vin voulant symboliser le blaireau et la mousse à raser. Ils se distinguent de l'Ours par leur couleur blanche et tentent dans un premier temps d'impressionner les 3 bêtes avec des haches qu'ils frottent au sol. Ils finissent par capturer les ours à l'aide de chaînes en métal. Les trois Ours sont ainsi réunis au centre de la place. Les musiciens jouent «l'air des barbiers», tandis que ceux-ci commencent leur travail de rasage. Les Ours sont dépouillés et leurs costumes sont jetés au public. Tous les participants se mettent alors à danser, suivis par le public, et à la tombée de la nuit, la fête se poursuit dans les cafés et les bars de la ville.
Ainsi se termine cet après-midi intense et dont la symbolique est si chère aux habitants du Haut-Vallespir. Cette année, la journée a été très ensoleillée et présage de bonheur dans la vallée, le printemps sera lumineux. Depuis 2014, ces rites sont inscrits à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel de France et aspire donc au Patrimoine Mondial de l'UNESCO. Aperçu pour la dernière fois dans les années 1970 dans la région du Vallespir, l'Ours continuera de fasciner les plus jeunes dans les Pyrénées aux travers de ces fêtes alors que le Président de la République Emmanuel Macron a récemment affirmé qu'il n'y aurait plus de réintroduction de l'animal dans les Pyrénées.

In the Pyrenees, the symbolism of the Bear is very present, even today. In the mountains of south-west France, the ancients often tell the story of Jean de l'Ours, a legendary creature that is said to have been born from the relationship between a bear and a woman. Until the Middle Ages, the Bear was considered as a tutelary ancestor, a symbol of power, it was particularly celebrated at the end of its hibernation, it announced the arrival of Spring.
The Bear festival takes place in the village of Prats-de-Mollo in the eastern Pyrenees. This Pyrenean tradition from the Middle Ages, represents the rite of passage between the "wild man" and the "civilized man". It is held every year in three communes in the Haut-Vallespir region (name given by the Romans and meaning "bitter valley") and marks the end of winter. It is also the first festival of the carnival cycle, which continues over the next four days.
Three groups share the festivities: the Three Bears, the Hunters and the Barbers. This year, twelve candidates offered to wear the Bear's costume for one afternoon, only three were selected, as tradition dictates. This is the case of Bastien Dillard, who has already had this honour. I followed him in his metamorphosis from human being to animal.
The three bears, dressed in sheep's fleece and an imposing hat, are coated with oil mixed with soot. The black colour of this mixture echoes the darkness of the cave that the Bear has just symbolically left. This preparation is naturally accompanied by music with traditional Catalan wind instruments. The very characteristic "air des Ours" is sung by the crowd and will accompany the race until the evening. The public increases the pressure during the songs by booing the Bears to provoke and stimulate them. During this preparation, the animals warm up for their long race by challenging a hunter with a stick.
To mark the end of their preparation, the Bears growl like the animal's cry. They thus announce their departure from Fort Lagarde, the citadel built by Marshal Vauban. The spectators await this growl and cheer it loudly. Throughout this stage of preparation and at the start of the race, there is intense interaction between the Bears and the spectators. These joyful provocations from the villagers allow the Bear to enter into a kind of almost bestial trance. During the descent to the village, the Hunters, easily recognizable by their orange caps or red hats, designate to the Bears people to "chew", i.e. coat with black. It is often the young girls who are exposed to it and are led to defy the bear before being tackled on the ground and then coated in black. Legend has it that the bear that came down from the mountains took away the lamb or the daughter of the farmer's daughter. The inhabitants of the village, the children or a few enterprising spectators are also entitled to this privilege. The black bear mark is an honour for the inhabitant, who then presents it as a trophy. By taking pictures at the heart of the event, I obviously couldn't escape it. The hunt lasts two hours during which the bears wander around the village in a hazardous manner, provoking the public with a long wooden stick that they hurry to throw in the air as soon as they have determined a target to confront. Throughout the race, the hunters are in fact the bears' allies and not their enemies. They assist them by supplying them with a black mixture for chewing, but also with a drink of which wine is the main beverage of these three days of celebration.
The final scene of the shaving gathers the Bears and the Barbers on the Foirail square, the main square of the village, under the gaze of the population. The Barbers are generally middle-aged men. They have in their hands sausage soaked in wine to symbolize the badger and the shaving foam. They are distinguished from the bear by their white colour and first try to impress the three animals with axes that they rub on the ground. Eventually they capture the bears with metal chains. The three bears are thus gathered in the centre of the square. The musicians play the "barber's tune", while the barbers begin their shaving work. The Bears are stripped and their costumes are thrown to the public. All the participants then start dancing, followed by the public, and at nightfall the party continues in the city's cafés and bars.
Thus ends this intense afternoon, the symbolism of which is so dear to the inhabitants of Haut-Vallespir.
This year, the day was very sunny and augurs well for happiness in the valley, spring will be bright. Since 2014, these rites have been included in the inventory of France's intangible cultural heritage and therefore aspire to the UNESCO World Heritage List. Last seen since the 1970s in the Vallespir region, the Bear will continue to fascinate the youngest people in the Pyrenees through these festivities, as the President of the Republic Emmanuel Macron recently stated that there would be no further reintroduction of the animal in the Pyrenees.