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Lou Camino

Chili - Bolivie : entre ciel et terre

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Chili et Bolivie, entre ciel et terre

Tout commence à San Pedro de Atacama (SPA), petite ville-oasis du nord du Chili cernée par une chaîne volcanique et plantée à 2 400 m d'altitude dans le désert d'Atacama, connu pour être le plus aride et le plus haut au monde. La Nasa y teste les robots qu'elle envoie sur Mars pour y déceler des traces de vie : c'est dire si cette région bien terrestre respire l'hospitalité.
Cela n'arrête pas les voyageurs, qui, tels des pèlerins en quête d'infini voire de sens, convergent toute l'année vers San Pedro, point de départ de dizaines d'excursions allant de quelques heures à plusieurs jours. Certains, littéralement happés par les 4 000 heures d'ensoleillement annuel du village aux maisons en adobe et les panoramas que cette région, coincée entre Cordillère des Andes et Tropique du Capricorne, offre, restent piégés des semaines durant dans cet espace-temps singulier.
Désert à thèmes
Il y en a pour tous les goûts et toutes les envies. Aqueuse ? Chercher l'équilibre dans les eaux ultra salées de la Laguna Cejar, version sud-américaine de la Mer Morte, puis se jeter dans les eaux douces des Ojos de Salar, littéralement les yeux du salar. Un peu plus épique : rejoindre une expédition d'alpinistes pour gravir l'un des volcans voisins d'où s'échappent parfois quelques fumerolles ou dévaler des dunes géantes en sandboard. Explosive ? Direction El Tatio pour un lever du soleil au milieu des cheminées de vapeur d'un champ de 80 geysers bouillonnant à 4 300 m de hauteur sublimé par le choc thermique d'une fin de nuit glacée cédant sa place au début d'un jour chaleureux ! Un peu de culture ? Le musée archéologique Gustavo Le Paige à San Pedro, la ville de Socaire avec son église coloniale au plafond en bois de cactus ou les ruines de Pukará de Quitor, ancienne forteresse précolombienne bâtie au XIIe siècle. Géologique, naturellement : le Valle de La Luna avec ses airs de paysage satellitaire, point d'ancrage idéal pour un coucher du soleil inoubliable ; le Valle de la Muerte et de Tres Marías, canyons étroits, formations rocheuses torturées et dunes de sable fin compris, et bien sûr, le Salar de Atacama avec sa grande étendue de sel blanc, vestige d'un lac évaporé depuis des milliers d'années. Animale aussi : la Laguna de Chaxa où vivent trois espèces de flamants roses, les abords des Lagunas Miñiques et Miscanti où vagabondent lamas, vigognes et foulques cornues. Féérique enfin : quand tombe la nuit, à l'abri de la luminosité et du bruit parasites de nos cités occidentales, le ciel se pare d'un manteau étoilé presque inégalable.
A l'assaut d'Uyuni
Après avoir certainement parcouru des milliers de kilomètres pour arriver dans ce qui demeure un no man's land, il ne reste plus qu'une chose à faire : franchir la frontière bolivienne et filer au Salar de Uyuni, le plus vaste désert de sel au monde. Perché à près de 3 700 m d'altitude, le Salar couvre plus 10 000 km2, l'équivalent de la région Ile-de-France. Ceux qui ont choisi de s'y rendre connaissent virtuellement ses dimensions étourdissantes, sa blancheur virginale, son ciel d'une extrême pureté et sa beauté potentiellement réflexive où terre et ciel ne forment plus qu'un tout hypnotisant et vertigineux.
Passé l'improbable poste frontière bolivien, au pied du Licancabur et de ses 5 916 mètres bien tassés, il n'y a plus que des pistes. Plus aucun panneau de signalisation en vue, ni civilisation... Si l'arrivée au Salar est l'acmé de cette aventure oscillant entre 2 500 et 5 100 m d'altitude, les paysages traversés les jours précédents n'en sont pas moins majestueux, hauts en couleurs voire totalement surréalistes.
La Nature à l'état pur
Voyage dans le temps aux premiers jours de la Terre ou débarquement sur une planète inhabitée, difficile de savoir... Ici, des lagunes aux couleurs verte (Laguna Verde), rouge (Laguna Colorada où se reproduisent les flamants des Andes), blanche (Laguna Blanca) et j'en passe. Là, des blocs de roches volcaniques parsemés sur une colline comme s'ils étaient tombés du ciel : l'endroit a, de fait, été baptisé Rocas de Salvador Dali en écho aux toiles du maître espagnol. Là encore, d'étranges formations de pierres élimées par le vent et le sable, des geysers et fumerolles, des volcans aux sommets enneigés, d'immenses pleines désertiques. Les mirages apportent une touche de magie à ces lieux déjà enchanteurs où le regard se projette loin. Et puis, il y a ce ciel, immense, où valsent nonchalamment altocumulus et cirrostratus, nappes de blanc sur une palette céleste bleu azur.
En arrivant finalement au Salar de Uyuni, notre taux de globules rouges a fait un bond olympique et on se sent déjà tout petit. L'horizon se dégage peu à peu, le soleil n'est pas encore levé, le froid est  glacial mais impossible de détacher le regard de l'Est, troquant, minute après minute, son bleu nuit étoilé contre un bleu clair, tandis que, de l'autre côté, à l'Ouest, les montagnes se parent des couleurs pastels de l'aube. Ça y est, l'astre brillant s'élève et se reflète sur le Salar partiellement inondé, le monde prend une nouvelle couleur, les âmes se réchauffent, à défaut des corps. Le cortège de 4x4 s'enfonce alors sur le Salar, gisement inépuisable de sel et réserve très convoitée de lithium. Sur cette étendue incroyablement plate où tout n'est que blancheur immaculée, les repères ont complètement disparu. Et pourtant, une île finit par apparaître au loin et grossir de l'autre côté du pare-brise. C'est Isla Incahuasi. Une étrangeté parmi d'autres. L'île, qui n'en est pas une au sens strict sauf quand elle est cernée d'eau quelques jours par an, est l'hôte d'immenses cactus candélabres dont certains millénaires. De son sommet, les dimensions incroyables du Salar se dévoilent sans complexe, ramenant l'homme à sa vraie dimension : infinitésimale. Et en même temps, extrêmement précieuse.