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Lou Camino

Photonymes, ma thématique de l'évasion

Photonymes, ma thématique de l'évasion

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A l'origine de la série « Photonymes, ma thématique de l'évasion », une question triviale : comment sont organisés mes souvenirs dans ma mémoire, ceux de tous ces voyages passés, de ces pays traversés, de ces personnes croisées et de ces expériences vécues ? Sont-ils rangés dans des cases, par ordre chronologique, lieu, rencontre et thématique, de telle sorte qu'il suffirait de lancer une requête interne - le 6 juillet 2011 - pour savoir dans l'instant où j'étais - Kona sur Big Island, Hawaii -, qui j'ai vu - des voyageurs essentiellement - et ce que j'ai fait - vérifier si c'était vraiment ça, le paradis sur Terre -. Ou bien, sont-ils tous agglutinés les uns sur et avec les autres dans l'anarchie la plus pure, rendant autrement plus ardue leur exhumation ?
La binarité étant trop radicale, mon imagination fusionne les deux hypothèses. De nouvelles interrogations en découlent : comment représenter, grâce à la photographie, art qui excelle à faire passer la subjectivité pour de l'objectivité, cette concrétion de pièces du passé qui s'entremêlent et dont certaines s'effacent avec les années ? Et comment ces juxtapositions d'espaces et de temps distincts contribuent-elles à créer de nouveaux paysages fictionnels, aussi emprunts de réalité qu'ils sont irréels ? A leur manière, à générer de nouveaux souvenirs.
Comme il s'agit de composer avec l'avant, je m'immerge dans mon fonds d'images récentes et digitales. Un protocole expérimental se dessine : ces photographies sont numérotées de 0001 à 9999 ; tous les 9 999 déclenchements, le cycle reprend à 0001 ; prenant beaucoup de photographies, j'en déduis assez naturellement qu'elles doivent être plusieurs à porter le même numéro. Assertion rapidement vérifiée : elles sont en effet jusqu'à onze à répondre derechef au même patronyme.
Et si je superposais ces images particulières pour n'en créer qu'une seule, un Photonyme ? Et si, en outre, pour faire vivre l'oubli et perdurer le rêve, j'altérais leur présence en jouant méthodiquement sur leur transparence ? Voilà qu'un dialogue artificiel, imprévisible et poétique se crée entre Kyoto, Chicago et Valparaiso ; ce comédien, ces badauds et cette footballeuse ; cette forêt, ce désert et ces sommets? Tandis qu'à mes yeux, chaque détail, chaque élément de ces épreuves ainsi agrégés sont liés à des souvenirs précis et précieux, datés et localisés, pour tous les autres, ce sont des mondes imaginaires, étranges, indiciels et atemporels qui se découvrent graduellement, comme une invitation aux voyages intérieurs et aux fertiles affabulations...

At the origin of the series "Photonymes, ma thématique de l'évasion", a trivial question: how are my memories organized in my memory, those of all these past journeys, of these countries crossed, of these people crossed and of these lived experiences? Are they arranged in boxes, in chronological order, places, meeting and thematic, so that it would be easy to start an internal request - on July 6, 2011 - to know at the moment where I was - Kona on Big Island, Hawaii - who I saw - mainly travellers - and what I did - check if that was really the heaven on Earth? Or are they all clustered on and with each other in the purest anarchy, making their exhumation much more difficult?
Since binarity is too radical, my imagination merges the two hypotheses. New questions arise from this: how to represent, thanks to photography, an art that excels at making subjectivity seem objective, this concretion of pieces from the past that intertwine and some of which fade with the years? And how do these juxtapositions of distinct spaces and times contribute to create new fictional landscapes, as full of reality as they are unreal? In their own way, to generate new memories.
As it is a question of composing with the past, I immerse myself in my collection of recent and digital images. An experimental protocol is emerging: these photographs are numbered from 0001 to 9999; every 9,999 shots, the cycle starts again at 0001. Taking many photographs, I quite naturally deduce that there must be several of them with the same number. Assertion quickly verified: they are indeed up to eleven to answer again to the same name.
What if I superimposed these particular images to create only one, a Photonym? What if, in addition, to keep the oblivion and the dream alive, I altered their presence by methodically playing on their transparency? An artificial, unpredictable and poetic dialogue is being created between Kyoto, Chicago and Valparaiso; this actor, these onlookers and this footballer; this forest, this desert and these summits... While in my eyes, each detail, each element of these pictures thus aggregated is linked to precise and precious memories, dated and localized, for all the others, they are imaginary, strange, indicial and timeless worlds that are gradually discovered, like an invitation to internal journeys and fertile affabulations...