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Denis Meyer

Les derniers Illyriens

The last Illyrians

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Dans le Kelmend, région montagneuse la plus septentrionale du nord de l'Albanie, dotée d'une rare biodiversité naturelle et culturelle, vivent les derniers descendants du peuple illyrien. Leur mode de pensée, leur manière d'être et d'agir évolue en harmonie avec la nature tout en s'inscrivant dans une pensée et une sagesse traditionnelles dynamiques intégrées dans la modernité. L'équilibre entre les gens et la nature façonne l'ordre social et culturel.
Ils ne se sont jamais assimilés aux agresseurs successifs (slaves et ottomans) et ont maintenu leurs traditions ancestrales malgré la sévère répression qu'ils ont subi durant le régime communiste. Ils ont toujours oeuvré à préserver ce patrimoine qu'ils considèrent comme étant don de Dieu, à le protéger et à le transmettre, en payant souvent ce combat de leur propre sang.
Alors même que l'écotourisme naissant apparaissait devenir une perspective de développement pour la région, tout comme la nourriture biologique et les vertus exceptionnelles guérissantes des plantes médicinales, qui sont le fruit du travail des bergers transhumants et de leurs troupeaux, un environnement exceptionnel est ébranlé, toute une culture plurimillénaire et un peuple autochtone sont menacés de disparition.
Près de 3 000 barrages hydroélectriques et ouvrages de dérivation sont prévus dans les Balkans et 188 sont déjà en construction. C'est dans cette région que bat "le coeur bleu de l'Europe", les dernières rivières sauvages, et que recèle l'un des plus riches écosystèmes du continent européen. Ce patrimoine écoculturel est mis en péril par une véritable course à l'or bleu. Des milliers de kilomètres de rivières, des millions de personnes et des centaines d'espèces sont menacés.
Au Kelmend, plusieurs rivières sont complètement à sec à cause des conduites forcées. Rien que le long de la rivière Cemi, longue de 65 kilomètres, 14 centrales hydroélectriques sont en projet ou en cours d'exploitation. Les barrages, tout comme les détournements des bassins versants des rivières, sont dévastateurs pour les écosystèmes et les personnes qui vivent à proximité. Ils représentent de véritables bombes écologiques, sociales et culturelles. Toute la vie de la communauté des bergers est liée à la rivière. Pour eux, il ne peut y avoir de vie une fois que la rivière, déviée et mise en tubes, se transforme en désert.  

L'hydroélectricité est la seule source d'énergie "renouvelable" qui génère l'extinction d'espèces, qui déplace des personnes à travers le monde et qui contribue au changement climatique.

Kelmend, the northernmost mountainous region in northern Albania, with its rare natural and cultural biodiversity, is home to the last descendants of the Illyrian people. Their way of thinking, their way of being and acting evolves in harmony with nature while being part of a dynamic traditional thought and wisdom integrated into modernity. The balance between people and nature shapes the social and cultural order.
They never assimilated to successive aggressors (Slavs and Ottomans) and maintained their ancestral traditions despite the severe repression they suffered during the communist regime. They have always worked to preserve this heritage that they consider to be God's gift, to protect it and to transmit it, often paying for this fight with their own blood.
Just as the emerging ecotourism was emerging as a development opportunity for the region, just as organic food and the exceptional healing virtues of medicinal plants, which are the result of the work of transhumant herders and their herds, an exceptional environment is being shaken, a whole millenarian culture and an indigenous people are threatened with extinction.
Nearly 3,000 hydroelectric dams and diversions are planned in the Balkans and 188 are already under construction. It is in this region that the "blue heart of Europe" beats, the last wild rivers, and harbours one of the richest ecosystems on the European continent. This eco-cultural heritage is threatened by a real race for blue gold. Thousands of kilometres of rivers, millions of people and hundreds of species are threatened.
In Kelmend, many rivers are completely dry due to penstocks. Along the 65-kilometre long Cemi River alone, 14 hydroelectric power plants are planned or in operation. Dams, like diversions from river watersheds, are devastating to ecosystems and people living nearby. They represent real ecological, social and cultural bombs. The entire life of the shepherd community is linked to the river. For them, there can be no life once the river, diverted and put into tubes, turns into a desert.  

Hydropower is the only "renewable" energy source that generates species extinction, moves people around the world and contributes to climate change.