1 / 44
slider modesheet modefullscreen mode

 

Denis Meyer

Islande : L'épidémie silencieuse

→  commander un tirage papier
EN | FR

Dernière destination à la mode pour les voyageurs en quête de paysages sensationnels, la petite île de l'Atlantique Nord de 335.000 habitants a accueilli plus de deux millions de touristes en 2017 et 20 à 30% de toursites supplémentaires chaque année.
Le tourisme serait d'ailleurs désormais la première source de revenus du pays, devant les industries séculaires de la pêche et de la production d'aluminium. Une donnée qui pourrait bien changer durablement le visage du pays et de sa nature exubérante, terre de glace et de feu.
L'Islande peut compter sur son insécurité quasi nulle, pour se positionner comme une « destination refuge », loin des menaces d'attentats terroristes qui effondrent le marché touristique du pourtour méditerranéen. Le dynamisme du secteur aérien, l'arrivée de nouveaux acteurs et d'une concurrence accrue sur les tarifs, sont autant de raisons qui forment un ensemble de facteurs qui propulsent le pays sur le devant de la scène. L'activité explose, les chambres d'hôtes se multiplient, offrant une deuxième vie aux fermes abandonnées, repeuplant ainsi des territoires désertés.
Le boom du tourisme pose néanmoins de sérieux défis au pays. Les infrastructures routières ne suivent pas, les hôtels sont saturés, l'explosion d'Airbnb fait grimper le prix des logements dans la capitale, au détriment des citadins qui peinent désormais à se trouver un toit. Les jeunes qui ne peuvent pas se loger quittent le pays, le fossé entre les générations se creuse.
Face à cette concentration, les autorités peinent à assurer la mise en place des structures d'accueil nécessaires. Toilettes, parkings, panneaux de signalisation sont en nombre insuffisants par rapport à l'afflux touristique. Les sites, auparavant peu visités, subissent aujourd'hui l'assaut des bus touristiques et des voitures de location de plus en plus nombreuses. Les touristes en voyage individuel sont lâchés en roue libre dans le pays, sans avoir été sensibilisés au préalable à la fragilité extrême des sites.
Les enjeux sont tels qu'une « task force » a été mise en place afin d'anticiper et de préparer l'essor attendu de cette manne dans les décennies à venir. Face à cet afflux en constante augmentation, le gouvernement islandais réfléchit actuellement à des solutions qui permettraient au pays de continuer de bénéficier des rentrées d'argent permises par le tourisme tout en préservant ses sites naturels. Des moyens permettant une canalisation des flux touristiques sur tout le territoire, une limitation du nombre de visiteurs admis sur l'île à l'année, une répartition des masses et un aménagement des sites les plus vulnérables. Ces mesures pourraient permettre de réduire la pression touristique exercée sur quelques lieux bien précis, mais aussi de mieux contrôler l'impact environnemental de ce tourisme désormais de masse.
Le modèle économique de l'île est fragile. Beaucoup, parmi les économistes, redoutent que le tourisme s'essouffle, voire retombe d'ici quelques années, avant que l'île n'en ait profité pour diversifier ses activités. Car l'origine de cet essor, en particulier pour le tourisme hivernal, est directement lié aux réseaux sociaux. Si les réseaux sociaux se retournent contre le tourisme en Islande, les effets se feront ressentir très rapidement. La réputation d'une destination est plus rapidement détruite qu'elle ne se construit.
La visite d'un territoire inspirant l'intégrité écologique devrait s'accompagner de pratiques favorisant la protection de cette intégrité, et ce tant au plan de l'offre d'activités touristiques que des choix de découverte de l'île. L'urgence de la situation implique d'agir rapidement et de manière adéquate pour préserver à la fois le patrimoine et le caractère naturel des sites. Cela nécessite d'admettre que la capacité d'accueil de certains sites a une limite pour espérer préserver l'authenticité de l'expérience de ses visiteurs.
Il va falloir faire preuve de créativité pour réinventer le tourisme et favoriser son développement plus responsable et éthique. La configuration actuelle du développement touristique constitue un terreau fertile pour le fleurissement d'alternatives locales, humaines et durables aux géants de l'industrie touristique. En attendant, le mieux reste de s'accorder le temps de prendre conscience de l'immense richesse de l'île, mais aussi de la fragilité de son écosystème, et d'adapter son comportement, sur les sites et dans le choix des prestataires.

As the latest destination for travellers looking for stunning scenery, the small North Atlantic island of 335,000 inhabitants welcomed more than two million tourists in 2017 and 20 to 30% more tourists each year.
Tourism would now be the country's main source of income, ahead of the secular fishing and aluminum industries. A fact that could well change the face of the country and its exuberant nature, a land of ice and fire. Iceland can rely on its near-zero insecurity, to position itself as a "safe haven", far from the threats of terrorist attacks that affect the tourist market around the Mediterranean.
The dynamism of the airline sector, the arrival of new players and increased competition on tariffs are all factors that make up a whole set of factors that propel the country to the forefront. The activity explodes, the guesthouses multiply, offering a second life to abandoned farms, thus repopulating deserted territories. However, the tourism boom poses serious challenges to the country. The road infrastructure is not following, hotels are saturated, the explosion of Airbnb raises the price of housing in the capital, to the detriment of city dwellers who now struggle to find a roof. Young people who can not find a place to live leave the country, the gap between generations is widening.
Face to this concentration, the authorities are struggling to ensure the establishment of the necessary reception facilities. Toilets, car parks, signs are insufficient as regards tourist influx. Sites, previously little visited, are now stormed by tourist buses and increasing rental cars. Individual tourists are unleashed in the country without being sensitized beforehand to the extreme fragility of the sites.

The stakes are such that a "Task Force" has been put in place in order to anticipate and prepare the expected growth of this manne in the decades to come. Face to with this steadily increasing influx, the Icelandic government is currently considering solutions that would allow the country to continue to benefit from the revenue generated by tourism while preserving its natural sites.
Means for channelling tourist flows throughout the territory, for limiting the number of visitors admitted to the island year-round, distributing the masses and developing the most vulnerable sites are implemented. These measures may reduce tourism pressure in a few specific locations, but also better control the environmental impact of this now mass tourism.
The economic model of the island is fragile. Many economists fear that tourism will lose momentum or even fall within a few years, before the island takes advantage of it to diversify its activities. All the more since the origin of this boom, especially as for winter tourism, is directly linked to social networks. If social media turn against tourism in Iceland, the effects would be felt very quickly. The reputation of a destination is more easily destroyed than built.
Visiting a territory that inspires ecological integrity should be accompanied by practices that promote the protection of this integrity, both in terms of the offer of tourist activities and of the choices to discover the island. The urgency of the situation implies acting quickly and adequately to preserve both the natural features and aspect of the sites. This requires admitting that the carrying capacity of certain sites has a limit, in the hope of preserving the authenticity of the experience of the visitors.
We will have to be creative in reinventing tourism and fostering its more responsible and ethical development. The current configuration of tourism development is a fertile ground for the flourishing local, human and sustainable alternatives, as well as for the giants of the tourist industry. In the meantime, the best is to allow time to become aware of the immense wealth of the island, but also of the fragility of its ecosystem, and adapt one's behavior, on sites and in the choice of providers.