1 / 22
slider (22)contact planche (22)fullscreen (22)

 

Rémi Decoster

TERRITOIRES TRAVERSES

→  commander un tirage papier
EN | FR

 
Enfant, je prenais souvent le train pour aller voir mon père à Dunkerque. J'habitais à Rennes avec ma mère et mes demi-frère et soeur.
Une fois par mois, assis près de la fenêtre du TGV, je regardais le paysage défiler. Je voyais apparaitre les axes routiers, les zones industrielles, commerciales et les espaces pavillonnaires qui laissaient place à la campagne.
De Massy jusque Marne-la-Vallée, le train roulait à une allure modérée et à travers la fenêtre, un paysage se dessinait fait de friches, de tours d'immeubles compactes serrées contre la voie ferrée et de quartiers pavillonnaires aux jardins bien proprets. L'Ile-de-France.
C'est ce paysage que j'ai voulu documenter dans ce travail, en prenant comme repère le tracé du projet de Voie de desserte Orientale à l'Est de Paris ; Projet avorté d?autoroute pour relier l'A4 à l'A86, le terrain est encore vierge de toute construction à de nombreux endroits, mais avec le développement du Grand Paris, ces parcelles commencent à être exploitées.
Je me suis laissé aller, guidé par mes envies comme lors de mes premières excursions photographiques. J'ai arpenté les deux départements de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, traversé les communes de Noisy-le-Sec, Champigny, Villiers-sur-Marne, Sucy-en-Brie... Des villes pourtant proches de Paris géographiquement mais dont les noms semblent les en éloigner comme une résonnance ou une promesse de destination au long cours ?
J'y ai retrouvé ce que je voyais à travers la fenêtre du TGV, des zones d?entre-deux, entre la campagne et la ville dense.
Des rues vides de piétons, on ne s'y déplace qu'en voiture, les rares marcheurs croisés et pressés n'y flânent guère. Ils se rendent au plus proche arrêt de bus qui les emmènera à la gare RER.
Cet espace est en transformation, la mutation de l'Ile-de-France est en route, éternel recommencement. Le chantier du siècle : le Grand Paris Express permettra de mieux connecter ces villes de grandes et petites couronnes entre elles mais en intensifiera également l'urbanisation et la densification.
En me baladant dans ces villes de la banlieue parisienne, je me suis replongé dans mes heures de voyage et j'ai photographié un paysage en métamorphose. J'ai tenté de faire surgir la poésie et le pittoresque de ces espaces de l'entre-deux, insuffisamment animés, insuffisamment aimés aussi, en invitant le regard à saisir, derrière la banalité pesante des lieux, l'imagination poétique qui oeuvre, souvent à notre insu, pour nous transporter au cours d'un voyage, hors de l'ordinaire, vers des terres réinventées...
Voilà pourquoi j'ai figé le panorama que je voyais défilé par la fenêtre du train en priant le spectateur à contempler, dans l'au-delà des friches ou plus encore, dans leur en-deçà, le pittoresque qui ne se découvre qu'à partir du moment où l'on décide d'être en voyage?

 

 
As a child, I often took the train to see my father in Dunkirk. I lived in Rennes with my mother and my half-brothers and sisters.
Once a month, sitting by the window of the TGV, I would watch the landscape go by. I could see the main roads, the industrial and commercial zones and the suburban areas that gave way to the countryside.
From Massy to Marne-la-Vallée, the train was travelling at a moderate pace and through the window, a landscape was taking shape made up of wastelands, towers of compact buildings squeezed against the railway track and suburban neighbourhoods with clean gardens. Ile-de-France.
It is this landscape that I wanted to document in this work, taking as a reference point the route of the project for the Eastern Service Road to the east of Paris; an aborted motorway project to link the A4 to the A86, the land is still devoid of any construction in many places, but with the development of Greater Paris, these plots of land are beginning to be exploited.
I let myself go, guided by my desires as I did during my first photographic excursions. I walked through the two departments of Seine-Saint-Denis and Val-de-Marne, passing through the communes of Noisy-le-Sec, Champigny, Villiers-sur-Marne, Sucy-en-Brie? Cities that are geographically close to Paris but whose names seem to distance them from it like a resonance or a promise of a long term destination?
I found there what I saw through the window of the TGV, the in-between areas, between the countryside and the dense city.
The streets are empty of pedestrians, you can only get around by car, and the rare walkers in a hurry hardly ever stroll along them. They go to the nearest bus stop, which takes them to the S-Bahn station.
This area is in transformation, the transformation of the Ile-de-France is on the way, an eternal beginning. The project of the century: the Grand Paris Express will make it possible to better connect these towns of large and small crowns with each other, but will also intensify urbanisation and densification.
As I wandered around these cities in the Parisian suburbs, I plunged back into my travelling hours and photographed a landscape in metamorphosis. I tried to bring out the poetry and the picturesque of these spaces in between, insufficiently animated, insufficiently loved too? by inviting the eye to seize, behind the heavy banality of the places, the poetic imagination which works, often without our knowledge, to transport us during a journey, out of the ordinary, towards reinvented lands?
This is why I froze the panorama that I could see through the train window, praying that the spectator would contemplate, in the beyond of the wastelands or even more so, in their underside, the picturesque that is only discovered when one decides to travel?