RÉVOLTE MON AMOUR
À Paris, la contestation contre la réforme des retraites et le recours au 49.3 s’est inscrite dans la durée, à partir de janvier 2023. Elle a traversé les semaines et les mois, alternant mobilisations massives, grèves reconduites et rassemblements spontanés, jusqu’au printemps.
À la manière d’un montage fragmentaire, les photographies ne construisent pas un récit linéaire. Elles juxtaposent les nombreuses mobilisations et rassemblements qui se sont tenus entre janvier et mai 2023 dans l’espace parisien, pour exprimer une colère sociale persistante et interpeller le gouvernement face au rejet largement exprimé de sa réforme.
Le recours au 49.3 agit ici comme un révélateur. Il cristallise un sentiment largement partagé d’exclusion du débat démocratique et transforme la rue en espace de contestation politique autant que symbolique. Cette confrontation ne se limite pas au désaccord institutionnel : elle s’incarne dans les corps, exposés, contraints, parfois blessés.
Au fil de ces mobilisations, les rassemblements sont de plus en plus réprimés par un maintien de l’ordre dont la dérive est largement documentée et dénoncée. Le Syndicat de la magistrature alerte ainsi, dans un communiqué publié en mars 2023, sur une politique de répression du mouvement social jugée incompatible avec les principes fondamentaux de l’État de droit. Le recours aux nasses pourtant interdites, la multiplication des gardes à vue souvent sans suites judiciaires, participent d’une stratégie d’intimidation et de dissuasion de l’expression collective.
Dans ce même communiqué, le Syndicat appelle l’exécutif, dans le strict respect de la séparation des pouvoirs, à laisser l’autorité judiciaire exercer pleinement son rôle de protection des libertés individuelles, sans ingérence ni instrumentalisation. Ces alertes, mises en regard des images, soulignent combien la gestion sécuritaire de la contestation redéfinit les conditions mêmes de l’engagement politique dans l’espace public.
Loin de relever d’un simple épisode de conflictualité sociale, la mobilisation des retraites en France révèle un déplacement profond du rapport entre pouvoir et contestation : à mesure que l’exécutif verrouille les procédures institutionnelles, la rue devient à la fois le dernier espace d’expression démocratique et le lieu d’une mise à l’épreuve croissante des libertés publiques.
REVOLT MY LOVE
In Paris, protests against pension reforms and the use of Article 49.3 continued throughout January 2023. They lasted for weeks and months, alternating between mass demonstrations, repeated strikes and spontaneous gatherings, until spring.
Like a fragmented montage, the photographs do not construct a linear narrative. They juxtapose the numerous demonstrations and gatherings that took place between January and May 2023 in Paris, expressing persistent social anger and challenging the government in the face of widespread rejection of its reforms.
The use of Article 49.3 acts as a catalyst here. It crystallises a widely shared feeling of exclusion from democratic debate and transforms the streets into a space for political and symbolic protest. This confrontation is not limited to institutional disagreement: it is embodied in bodies that are exposed, constrained and sometimes injured.
As these protests continue, gatherings are increasingly being suppressed by law enforcement, whose abuses have been widely documented and denounced. In a statement published in March 2023, the Magistrates' Union warned of a policy of repression of social movements that it deemed incompatible with the fundamental principles of the rule of law. The use of illegal police cordons and the increase in police custody, often without legal consequences, are part of a strategy of intimidation and deterrence of collective expression.
In the same press release, the union called on the executive branch, in strict compliance with the separation of powers, to allow the judiciary to fully exercise its role of protecting individual freedoms, without interference or manipulation. These warnings, when viewed alongside the images, highlight how the security-based management of protests is redefining the very conditions of political engagement in the public sphere.
Far from being a mere episode of social conflict, the pension protests in France reveal a profound shift in the relationship between power and dissent: as the executive branch tightens its grip on institutional procedures, the streets are becoming both the last space for democratic expression and a place where civil liberties are increasingly being put to the test.