LA WOMEN'S HOUSE DE BOBIGNY
Lorsque des jeunes mineur.es arrivent en France, iels ne bénéficient pas immédiatement de la protection à laquelle iels ont droit en tant que mineur.es, malgré leur grande vulnérabilité. Livrée.s à iels-mêmes, iels sont laissé.es à la rue, contraint.es d’affronter seul.es un système administratif complexe et éprouvant pour faire reconnaître leur minorité. Depuis le 10 juillet 2023, la Ville de Paris a supprimé les dispositifs de mise à l’abri des jeunes filles mineures en situation de recours en reconnaissance de minorité. Désormais, elles sont laissées à la rue sans protection, ni aucune aide pendant toute la durée de la procédure, laquelle peut s’étendre de trois à six mois.
La Women’s House de Bobigny accueille des jeunes filles mineures engagées dans un recours auprès du juge des enfants. C’est une maison-refuge qui leur permet pendant quelques mois d’avoir un moment de répit et de se reconstruire après la précarité de la rue. Le projet, est mené par Utopia 56 et Médecins Sans Frontières (MSF) dans le cadre du programme Accueillons.
Maïmouna, Chanelle, Edna, Aïcha, Koumba, Maïmouna, Belle-Ange, Zara, Cynthia sont originaires de Cote d'Ivoire, du Mali, d’Angola. Elles vivent ensemble depuis quelques semaines ou plusieurs mois. Elles sont accueillies dans la maison par les équipes d’Utopia.56 qui partagent leur quotidien et les accompagne vers l’accès à leurs droits, au soin, à la scolarisation et vers la concrétisation de leurs projets. C’est aussi un temps de stabilité dans leur vie quotidienne où elles peuvent penser et construire un avenir personnel et professionnel. Au fil des années, les coordinatrices et éducatrices ont su créer un espace protégé et bienveillant dans lequel les filles sont écoutées, soutenues et guidées dans le respect de leurs histoires et projets de vie de chacune.
Les MIE sont, comme son nom l’indique la petite case administrative dans laquelle l’État demande aux jeunes mineur.es isolé.es à la rue de se contorsionner pour espérer accéder à une place dans un centre d’hébergement. Durant cette évaluation longue de plusieurs heures, les jeunes sont questionné.es sur la famille, la vie quotidienne, les difficultés qui les ont amené à quitter le pays. Le département recueille les documents d’identité et les déclarations de ces jeunes qui pour la plupart ont quitté un pays où les enfants ne sont pas forcément enregistrés lors de leur naissance, ont fui la guerre, la corruption, la précarité, les violences, l’excision.. Derrière chaque petit onglet, surtout, une décision finale. Oui ou non. Mineur.es ou majeur.es. L’école ou la rue. L’espoir de régularisation ou le risque d’expulsion. Là, dans ce labyrinthe administratif, dans le recoin d’un formulaire non rempli, se cache une vérité plus tragique que tout ce qui peut être écrit sur du papier. La vérité que les mots ne peuvent pas dire. Une vérité qui ne se lit pas, qui ne s’écrit pas. Que la caméra ne peut pas capter. Parce qu’elle ne réside pas dans l’administration, mais dans les fissures de la mémoire. Une vérité à laquelle on préfère donner un nom, une date, un passé, pour oublier qu’il existe un autre monde, celui des silences trop lourds à porter.
La parole se libère à des moments inattendus. En dehors de la maison en regardant les nuages. En apprenant à faire du vélo pour la première fois. Elle s’échappe, à peine un souffle, dans les espaces où on ne la cherche pas. Un instant où l’on trouve une forme d’équilibre, comme un acte de résistance à l’invisible.
THE BOBIGNY WOMEN'S CENTRE
When young minors arrive in France, they do not immediately receive the protection to which they are entitled as minors, despite their extreme vulnerability. Left to fend for themselves, they are forced to live on the streets and navigate a complex and challenging administrative system on their own in order to have their minority status recognised. Since 10 July 2023, the City of Paris has abolished shelter facilities for underage girls seeking recognition of their minority status. They are now left on the streets without protection or assistance for the duration of the procedure, which can take between three and six months.
The Women's House in Bobigny takes in underage girls who are appealing to the juvenile court judge. It is a shelter that allows them to take a break for a few months and rebuild their lives after the precariousness of life on the streets. The project is run by Utopia 56 and Médecins Sans Frontières (MSF) as part of the Accueillons programme.
Maïmouna, Chanelle, Edna, Aïcha, Koumba, Maïmouna, Belle-Ange, Zara and Cynthia are from Côte d'Ivoire, Mali and Angola. They have been living together for several weeks or months. They are welcomed into the house by the Utopia.56 teams, who share their daily lives and support them in accessing their rights, healthcare, education and the realisation of their projects. It is also a time of stability in their daily lives, where they can think about and build a personal and professional future. Over the years, the coordinators and educators have created a safe and caring space where the girls are listened to, supported and guided with respect for their individual stories and life plans.
MIEs are, as their name suggests, small administrative offices where the state asks young unaccompanied minors living on the streets to jump through hoops in the hope of securing a place in a shelter. During this assessment, which lasts several hours, the young people are questioned about their families, their daily lives and the difficulties that led them to leave their country. The department collects identity documents and statements from these young people, most of whom have left a country where children are not necessarily registered at birth, fleeing war, corruption, precariousness, violence, female genital mutilation... Behind each small tab, above all, lies a final decision. Yes or no. Minor or adult. School or the streets. The hope of regularisation or the risk of deportation. There, in this administrative labyrinth, in the corner of an unfilled form, lies a truth more tragic than anything that can be written on paper. A truth that words cannot express. A truth that cannot be read or written. That the camera cannot capture. Because it does not reside in the administration, but in the cracks of memory. A truth to which we prefer to give a name, a date, a past, to forget that there is another world, one of silences too heavy to bear.
Words come freely at unexpected moments. Outside the house, watching the clouds. Learning to ride a bike for the first time. They escape, barely a whisper, in spaces where we don't look for them. A moment when we find a kind of balance, like an act of resistance to the invisible.