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ÉVACUATION DU CAMPEMENT DE SAINT-DENIS
Sous une bretelle d’autoroute, au pied du Stade de France à Saint-Denis, un campement de plus de 2 800 personnes exilées s’est installé depuis le mois d’août 2020. Des jeunes Afghans, Éthiopiens, Soudanais, Somaliens, ainsi que des ressortissants de divers pays africains, se sont progressivement regroupés aux Portes de Paris. Depuis des mois, ils survivent dans des conditions extrêmement précaires, dans l’espoir de trouver la sécurité, un travail et de faire valoir leur droit d’asile en Europe.
Dans la nuit du 15 au 16 novembre 2020, environ 3 000 personnes, dont une centaine de familles avec enfants et nourrissons, attendent d’être prises en charge par la préfecture de police. Un dispositif po- licier important encadre l’évacuation qui débute aux alentours de 7 heures. Après trois longues heures d’attente, les personnes les plus vulnérables commencent à monter dans les bus. Au fil de la matinée, les scènes de tension se multiplient : les forces de l’ordre dispersent la foule, composée toujours d’enfants et de nourrissons, en utilisant des gaz lacrymogènes. Des équipes médicales, des pompiers et le Samu interviennent rapidement, prenant en charge plusieurs per- sonnes en état de choc ou d’épuisement, avant de les transférer vers des hôpitaux. Dans la journée, près de 2 000 personnes sont transférées dans 26 centres d’accueil et gymnases en Île-de-France tandis que 1 000 personnes sont laissées sans solution, dans la rue. Elles sont ensuite dispersées, gazées et violentées par la police, qui a pour ordre de les empêcher de s’installer dans la capitale. L’objectif est clair : « Disperser pour invisibiliser ».
À partir de ce moment-là, une véritable chasse aux personnes exilé. es s’engage dans les rues de Paris, s’étendant sur plusieurs mois. À chaque tentative de ces personnes de trouver un lieu où s’installer, les forces de l’ordre interviennent avec brutalité. Ce harcèlement psychologique incessant ne cherche pas seulement à les expulser, mais à les contraindre à une errance permanente. Privés de tout lieu où se reposer, ils sont contraints de fuir sans cesse, poussés à l’épuisement, privés de sommeil et de dignité. Ils sont systématiquement poussés à disparaître aux yeux de la société, rejetés inlassablement vers les marges, pris dans un cycle de violence et d’invisibilité.
EVACUATION OF THE CAMP OF SAINT-DENIS
Sous une bretelle d’autoroute, au pied du Stade de France à Saint-Denis, un campement de plus de 2 800 personnes exilées s’est installé depuis le mois d’août 2020. Des jeunes Afghans, Éthiopiens, Soudanais, Somaliens, ainsi que des ressortissants de divers pays africains, se sont progressivement regroupés aux Portes de Paris. Depuis des mois, ils survivent dans des conditions extrêmement précaires, dans l’espoir de trouver la sécurité, un travail et de faire valoir leur droit d’asile en Europe.
Under a motorway flyover, at the foot of the Stade de France in Saint-Denis, a camp of more than 2,800 exiled people has been set up since August 2020. Young Afghans, Ethiopians, Sudanese, Somalis, and nationals from various African countries have gradually gathered at the gates of Paris. For months, they have been surviving in extremely precarious conditions, hoping to find safety, work, and assert their right to asylum in Europe.
On the night of 15 to 16 November 2020, around 3,000 people, including a hundred families with children and infants, waited to be taken into custody by the police headquarters. A large police force oversaw the evacuation, which began at around 7 a.m. After three long hours of waiting, the most vulnerable people began to board the buses. As the morning wore on, tensions rose: the police dispersed the crowd, which still included children and infants, using tear gas. Medical teams, firefighters and the emergency medical service quickly intervene, treating several people in shock or exhaustion before transferring them to hospitals. During the day, nearly 2,000 people were transferred to 26 reception centres and gymnasiums in the Île-de-France region, while 1,000 people were left with nowhere to go, on the streets. They were then dispersed, tear-gassed and assaulted by the police, who had orders to prevent them from settling in the capital. The objective was clear: ‘Disperse to make them invisible’.
From that moment on, a veritable hunt for exiles began in the streets of Paris, lasting several months. Every time these people tried to find a place to settle, the police intervened brutally. This relentless psychological harassment was not only intended to expel them, but also to force them into a state of permanent wandering. Deprived of any place to rest, they were forced to flee constantly, driven to exhaustion, deprived of sleep and dignity. They were systematically pushed to disappear from society, relentlessly rejected to the margins, caught in a cycle of violence and invisibility.