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APPRÉHENDER UN TERRITOIRE
L'âme nomade, c’est la première fois depuis longtemps que je m’installe quelque part pour une durée indéterminée. Après plusieurs années passées dans le mouvement permanent, les passages et les départs, je me retrouve presque par hasard dans les Monts d’Arrée.
Ils sont à la fois sauvages, habités, touristiques par moments et isolés à d’autres. C'est un territoire vivant, façonné par le climat, les saisons, les routes et les reliefs.
Je me souviens de la première image que j'ai prise ici, après les incendies de l’été 2022 autour du Mont Saint-Michel de Brasparts. Malgré l’humidité ambiante et la pluie, j’ai découvert un paysage plus fragile qu’il n’y paraît.
Je suis arrivée avec une appréhension, celle de tenter de m’ancrer quelque part, dans un lieu inconnu et dans une forme de ruralité que je connaissais pas. Comment habiter un territoire lorsque l’on sait que l’on n’y restera pas ? Comment appréhender un lieu lorsque l’on est encore étrangère à sa géographie et ses rythmes ?
J’ai choisi de découvrir les Monts d’Arrée par le paysage, la nature et les routes, ma manière d’entrer dans un territoire, comme un voyage. J’ai conduit, marché, arpenté, erré, rarement revenue plusieurs fois aux mêmes endroits, toujours attirée par l’envie de voir plus loin, de découvrir chaque recoin.
J’ai été rapidement fascinée par la force des lumières, du vent, de la pluie, des reliefs et par cette impression d’espace immense. Ici, les distances sont courtes, mais elles se ressentent longuement. La route fait partie du quotidien autant que de l’isolement.
À travers cette série, je travaille autant les paysages que les détails qui les composent, la biodiversité, les traces humaines, les signes d’habitation, coexistence entre solitude et attachement.
Ce travail parle des Monts d’Arrée, mais aussi de ce que signifie tenter de trouver sa place, explore la notion de se sentir « chez soi » dans un territoire lorsque l’on a longtemps vécu ailleurs. Entre passage et ancrage, mouvement et immobilité, il questionne la possibilité d’habiter un lieu sans encore lui appartenir.
APPREHEND A TERRITORY
As a nomad at heart, this is the first time in a long while that I’ve settled somewhere for an indefinite period. After several years spent constantly on the move, passing through and moving on, I find myself, almost by chance, in the Monts d’Arrée.
They are at once wild, inhabited, touristy at times and isolated at others. It is a living landscape, shaped by the climate, the seasons, the roads and the terrain.
I remember the first photograph I took here, after the fires of summer 2022 around Mont Saint-Michel de Brasparts. Despite the damp air and the rain, I discovered a landscape more fragile than it appears.
I arrived with a sense of apprehension, that of trying to put down roots somewhere, in an unfamiliar place and in a form of rural life I knew nothing about. How does one inhabit a place when one knows one will not stay there? How does one come to terms with a place when one is still a stranger to its geography and rhythms?
I chose to explore the Monts d’Arrée through its landscape, nature and roads – my way of immersing myself in a region, much like a journey. I drove, walked, roamed and wandered, rarely returning to the same places more than once, always drawn by the desire to see further afield and discover every nook and cranny.
I was quickly captivated by the power of the light, the wind, the rain, the terrain, and by that sense of immense space. Here, distances are short, yet they feel long. The road is as much a part of daily life as it is of isolation.
Through this series, I focus as much on the landscapes as on the details that make them up: biodiversity, human traces, signs of habitation, the coexistence of solitude and attachment.
This work speaks of the Monts d’Arrée, but also of what it means to try to find one’s place; it explores the notion of feeling ‘at home’ in a place when one has lived elsewhere for a long time. Between passing through and settling down, movement and stillness, it questions the possibility of inhabiting a place without yet belonging to it.