Entre routine et adrénaline
Jeudi, 8 h, Bruxelles se réveille sous un soleil éclatant en cette fin juin. À la 21e compagnie, la relève démarre avec la traditionnelle prise de service pour 24 heures. La cinquantaine de pompiers plaisantent jusqu’à ce que le sergent-major Francotte s’impose avec autorité : « Silence, s’il vous plaît ! ». C’est l’heure de l’appel du matin, qui se déroule en français, ponctué de quelques « Aanwezig ! » (« Présent ! ») en néerlandais. Les informations majeures, comme la météo – « de fortes chaleurs aujourd’hui, pas d’exercice, faites attention à vous et hydratez-vous » –, sont systématiquement répétées en néerlandais pour tous.
Une caserne bien orchestrée
Une fois le matériel vérifié et l’inventaire effectué, place à la pause café et aux viennoiseries dans le réfectoire. Guan, sergent au physique imposant, 21 ans de métier, présente le déroulé de la journée : sport en salle, corvées, repas, sieste, exercice, instruction, second tour de sport, puis temps libre à partir de 18 h. Chacun, cependant, assure des tâches spécifiques jusqu’au soir.
« C’est fou qu’on soit en début d’après-midi et qu’il n’y ait eu encore aucune intervention aujourd’hui. » Il ne faut jamais parler trop vite. À 13 h 30, première sortie : une fuite de gaz dans une entreprise de Saint-Gilles. L’officier Vandermergel évoque les nombreux bâtiments anciens de la capitale, non conformes, souvent sans détecteurs de fumée et, parfois, dans des contextes sociaux complexes.
Interventions sous tension
En fin d’après-midi, l’alerte incendie résonne sur les haut-parleurs de la caserne. Une voix grave préenregistrée annonce froidement « Alerte. Départ incendie. ». Les bruits des bottes résonnent immédiatement dans le bâtiment. Quelques petites minutes suffisent pour qu’ils atteignent l’incendie, situé à un kilomètre de la caserne, sur la Chaussée d’Anvers. Depuis la nacelle, à 30 mètres de haut, ils découvrent un hangar en briques, envahi de fumées noires ; on y distingue nettement le rouge vermillon du brasier. Les lances à eau entrent en action, soutenues par une seconde équipe munie d’une autopompe venue du parc voisin. Les fumées s’éclaircissent, le feu est maîtrisé mais perdure, tout comme le mystère au sujet de la cause de l’incendie. Personne ne semble capable de dire clairement ce que contient ce hangar.
La canicule et la lourdeur des équipements rendent difficilement supportables les émanations de chaleur du feu. Après une heure d’efforts, les visages écarlates des pompiers émergent des fumées. Ils se délestent de leurs équipements, épuisés, tandis que les ambulanciers leur tendent des bouteilles d’eau. « Le camion ravitaillement est là ! », lance un collègue en désignant un camping-car rouge, chargé de boissons et de gaufres.
Le principal objectif reste d’éviter une propagation aux hangars mitoyens. Évidemment inquiet, le locataire de l’un d’eux veille depuis plus d’une heure sur sa marchandise stockée. À l’intérieur, les pompiers surveillent, à l’aide d’une caméra thermique, la température du mur adjacent tout en l’aspergeant avec une solution liquide extrêmement moussante. « On met de l’eau avec un émulseur dédié aux feux de classe A, c’est-à-dire sur tout ce qui est solide, comme le bois. Cela diminue la tension superficielle de l’eau, augmente l’effet mouillant et donc le pouvoir de refroidissement de l’eau. »
Un homme ébahi débarque dans l’arrière-cour vêtu d’un costume impeccable qui contraste avec les tenues des pompiers encrassées et imprégnées de l’odeur des fumées. Il constate l’ampleur de la destruction du hangar encore enflammé et s’adresse au Sergent Éric : « Je suis le propriétaire depuis 1986 et ça a toujours été muré. Ce local est inoccupé depuis au moins quarante ans. Je n’ai aucune idée de ce qu’il y a dedans. On a plusieurs immeubles ici qu’on est en train de refaire petit à petit. »
L’incendie s’avère extrêmement long à éteindre complètement. Il résiste jusque tard dans la nuit, nécessitant plusieurs rotations d’autopompes.
Simulation grander nature chez Totalenergies
Le lundi suivant, un exercice est mené dans un dépôt de carburant sur le site de TotalEnergies, au Port de Bruxelles, le long du canal de Willebroek. Le caporal Luc Van Ussel explique : « L’objectif du jour est de tester l’alimentation en eau et la sécurité autour des tanks de fuel, certaines dépassant 30 000 litres. Ce sont de gros bassins qui font plusieurs mètres de hauteur et de circonférence. »
En effet, le site est impressionnant. Six gigantesques cuves blanches dominent le paysage industriel de ce quartier historiquement industriel. Major Dagnelie, responsable de la planification des catastrophes à la caserne de Bruxelles, insiste sur l’importance de ce contrôle : « Dans le cadre de son processus d’audit interne, TotalEnergies doit faire régulièrement des exercices sur ses sites à risque comme celui-ci. Ces dernières années, nous avons réalisé plusieurs fois des exercices avec des scénarios incendie relativement classiques comme des feux de cuve ou de chargement. Cette année, nous avons voulu tester toute l’alimentation en eau d’extinction. On vérifie chaque vanne, chaque raccord pour s’assurer que tout est fonctionnel. Tout défaut est recensé pour garantir la sécurité. »
Du feu sous-terrain aux drames domestiques
En début d’après-midi, une alerte signale un incendie dans un parking souterrain sur la commune de Saint-Gilles. La radio annonce « un important dégagement de fumée mais le feu aurait été éteint par le boucher de la boutique d’en face ». À l’arrivée des pompiers, l’entrée n’est plus qu’un tunnel sombre complètement enfumé dans lequel ils disparaissent l’un après l’autre. Grâce à l’intervention rapide du commerçant voisin, le sinistre semble maîtrisé, mais les pompiers vérifient minutieusement tout risque de reprise. Le nouveau tableau électrique, installé il y a deux jours, aurait flambé. L’électricien de l’entreprise responsable est d’ailleurs de l’autre côté de la chaussée, il attend de pouvoir se rendre sur les lieux.
L’officier Jalet supervise la ventilation, cruciale pour éviter d’attiser d’éventuels foyers résiduels : « On va utiliser d’énormes ventilateurs pour vider la fumée du parking mais il faut avant tout s’assurer qu’il n’y a plus de départ de feu possible. Autrement, la ventilation ne fera que l’attiser. » Les silhouettes des pompiers se dessinent à nouveau dans le voile dense de fumée. Ils ressortent et donnent le signal à l’officier. Le vrombissement des ventilateurs branchés à des groupes électrogènes fait un boucan d’enfer.
Une fois le parking désenfumé, l’officier descend avec l’électricien voir l’état du tableau électrique qui a bel et bien flambé. Sur place, ils découvrent des amas de plastique fondu – de couleur blanche à l’origine – qui ont viré au noir le plus profond. Tout juste installé, le tableau est totalement calciné, témoin de la violence du feu. Après désenfumage et inspection, pompiers et électricien établissent ensemble le bilan des dégâts.
Sur le trajet du retour à la caserne, la radio annonce un feu de cuisine à Molenbeek, avec de nombreuses victimes à prendre en charge. « Nous ne sommes pas très loin, on va s’y rendre pour mettre en place un chantier d’appui médical », annonce l’officier Jalet. Trois ambulances sur place ont déjà pris en charge une partie des blessés, dont un adolescent pris de vomissements continus à cause des fumées inhalées, et, à côté de lui, son petit frère placé sous oxygène. Le feu est contenu, mais le bâtiment est encore fumant. La rue est étroite et agitée. Beaucoup de badauds assistent à la scène derrière les cordons de sécurité.
Au pied de l’immeuble en effervescence, plusieurs femmes intoxiquées attendent d’être prises en charge. L’une d’elles, plus âgée, serre son chat sauvé des flammes ; l’officier Jalet s’empresse de l’accompagner, ainsi que les autres victimes, vers les renforts sanitaires.
Une quinzaine de minutes plus tard, l’incendie est circonscrit et le bâtiment désenfumé. La famille vivant dans l’appartement où s’est déclaré l’incendie devra être relogée. L’officier y raccompagne le père pour lui permettre de récupérer quelques effets personnels. Son logement est indemne exceptée la cuisine, ravagée par l’extincteur à poudre ; elle arbore une teinte bleuâtre insolite, tandis que la gazinière réduite en cendres révèle l’origine du départ du feu : une casserole oubliée sur le feu… Dans les ambulances, l’état des personnes blessées est stable. Le transfert vers les différents hôpitaux de Bruxelles s’organise, en veillant à ne pas séparer les proches.
Un diner qui bascule en soirée mouvementée
Retour à la caserne. Le sergent Johny cuisine une paella pour fêter sa promotion. Vers 20 h, il commence à servir les premières assiettes aux gourmands les plus affamés. Alors que certains décortiquent encore leurs gambas, les lumières du plafond passent soudainement au rouge, plongeant le réfectoire dans un silence total. Une seconde plus tard, une nouvelle alerte retentit. « Alerte. Départ incendie. ». Tous les grands gaillards abandonnent leurs assiettes et se lèvent d’un seul coup pour rejoindre les camions en glissant sur les barres Halligan.
La radio annonce un feu d’appartement à Berchem-Sainte-Agathe, avec plusieurs victimes à secourir dans le bâtiment. « La femme de l’appartement qui brûle dit qu’elle est partie en laissant son fils, dont la chambre serait en proie aux flammes. » Les informations arrivent au compte-gouttes, apportant chacune son lot de gravité.
L’immeuble fait l’angle entre la rue de Ganshoren et l’avenue de Charles-Quint. C’est sur ce large boulevard – avec en arrière-plan, la Basilique de Koekelberg du haut de ses 93 mètres, baignée par les derniers rayons du soleil – que les pompiers se déploient avec deux camions autopompes.
L’incendie est spectaculaire. Des flammes denses jaillissent avec violence de la baie vitrée du premier étage et la combustion est si vive qu’elle résonne d’un bruit sourd. « Ça clashe dehors », dit-on en vieux bruxellois pour qualifier un feu pleinement développé qui s’échappe de l’immeuble.
Les pompiers expérimentés se mobilisent sur plusieurs fronts. Une lance à eau pénètre dans le bâtiment et deux pompiers, chacun sur sa propre nacelle, inspectent chaque côté de l’immeuble à la recherche d’éventuelles personnes encore bloquées. C’est un ballet rapide, millimétré, où chacun s’active en connaissant son rôle à la perfection. Très vite, ils viennent à bout des flammes mais l’enfant signalé, dans la confusion ambiante, reste introuvable.
Le travail est encore long pour sécuriser le bâtiment et s’assurer que l’incendie ne redémarre pas. La chambre est aspergée et les pans de murs cramoisis sont arrachés. Chaque objet ou mobilier encore chaud est jeté par la fenêtre, s’écrasant sur le goudron pour peu à peu former un tas qui sera continuellement arrosé pendant un quart d’heure.
Le calme finit par revenir, laissant les pompiers aux visages cendrés, épuisés et couverts de suie. Tous les pompiers dépêchés peuvent enfin reprendre leur souffle et s’hydrater. Il fait si chaud en ce début d’été !
L’Officier Jamart est le dernier sur les lieux pour régler les ultimes détails avec les policiers. C’est à ce moment-là qu’un homme d’une soixantaine d’années, chemise rayée bleu et blanc rentrée dans le pantalon, débarque. C’est le bourgmestre de la commune Berchem-Sainte-Agathe, venu s’informer. Il semble contrarié par les mauvaises informations reçues sur la localisation de l’incendie. L’officier donne ses conclusions. « Nous avons été confrontés à un feu violent. Nous avons évacué sept personnes, qui ont été transportées à l’hôpital pour intoxication. La cage d’escalier est pleine de suie et impraticable. Le premier étage est inhabitable, l’électricité et le gaz ont été fermés. Les deuxième et troisième étages sont aussi impactés. Nous avons conseillé aux propriétaires de faire venir une entreprise de nettoyage. Enfin, le relogement s’organise : d’après la police, les habitant seront accueillis par leurs familles. »
Ce soir-là, de retour à la caserne, les pompiers peuvent enfin savourer la paella cuisinée par le sergent Johny en l’honneur de sa promotion. Leurs collègues restés sur place ont soigneusement mis de côté leurs assiettes délaissées précipitamment, symbole d’une camaraderie inébranlable qui donne sens à leur difficile et périlleux métier.
Between routine and adrenaline
Thursday, 8 a.m., Brussels wakes up under bright sunshine at the end of June. At the 21st company, the shift begins with the traditional 24-hour handover. The fifty or so firefighters joke around until Sergeant Major Francotte imposes himself with authority: “Silence, please!” It is time for the morning roll call, conducted in French and punctuated by a few “Aanwezig!” (“Present!”) in Dutch. Major information, such as the weather—“very hot today, no drill, take care of yourselves and stay hydrated”—is systematically repeated in Dutch for everyone.
A well-orchestrated fire station
Once the equipment has been checked and the inventory completed, it is time for a coffee break and pastries in the mess hall. Guan, a sergeant with an imposing build and 21 years on the job, lays out the day’s schedule: gym workout, chores, meal, nap, drill, instruction, second round of exercise, then free time from 6 p.m. onward. Each person, however, remains responsible for specific tasks until the evening.
“It’s crazy that it’s already early afternoon and there still hasn’t been a single callout today.” One should never speak too soon. At 1:30 p.m., the first dispatch comes in: a gas leak at a company in Saint-Gilles. Officer Vandermergel mentions the many old buildings in the capital, non-compliant, often without smoke detectors and sometimes in complex social contexts.
High-pressure interventions
Late in the afternoon, the fire alarm echoes over the station loudspeakers. A cold, pre-recorded deep voice announces, “Alert. Fire response.” The sound of boots immediately rings through the building. It only takes a few short minutes for them to reach the fire, located a kilometer from the station, on Chaussée d’Anvers. From the platform, 30 meters high, they discover a brick warehouse filled with black smoke; the vermilion red of the blaze is clearly visible. The water hoses go into action, supported by a second team equipped with a fire engine from the nearby station. The smoke begins to clear, the fire is brought under control but continues to burn, as does the mystery surrounding its cause. No one seems able to clearly say what this warehouse contains.
The heatwave and the heaviness of the gear make the fire’s heat emissions barely bearable. After an hour of effort, the firefighters’ scarlet faces emerge from the smoke. They shed their equipment, exhausted, while paramedics hand them bottles of water. “The supply truck is here!” a colleague shouts, pointing to a red camper van loaded with drinks and waffles.
The main objective remains preventing the fire from spreading to the adjoining warehouses. Naturally worried, the tenant of one of them has been watching over his stored goods for more than an hour. Inside, the firefighters monitor the temperature of the adjacent wall with a thermal imaging camera while spraying it with an extremely foamy liquid solution. “We use water with a foam agent designed for Class A fires, meaning anything solid, like wood. It reduces the water’s surface tension, increases the wetting effect, and therefore improves the water’s cooling power.”
A stunned man appears in the backyard wearing an impeccable suit that contrasts with the firefighters’ grimy clothing soaked with the smell of smoke. He takes in the extent of the destruction of the still-burning warehouse and says to Sergeant Éric, “I’ve been the owner since 1986 and it has always been boarded up. This place has been unoccupied for at least forty years. I have no idea what’s inside. We have several buildings here that we’re refurbishing little by little.”
The fire proves extremely long to extinguish completely. It resists until late into the night, requiring several rotations of pump engines.
Large-scale drill at TotalEnergies
The following Monday, an exercise is conducted at a fuel depot on the TotalEnergies site, at the Port of Brussels along the Willebroek Canal. Corporal Luc Van Ussel explains: “Today’s objective is to test the water supply and the safety systems around the fuel tanks, some of which exceed 30,000 liters. These are large reservoirs several meters high and in circumference.”
Indeed, the site is impressive. Six gigantic white tanks dominate the industrial landscape of this historically industrial district. Major Dagnelie, head of disaster planning at the Brussels fire station, stresses the importance of this inspection: “As part of its internal audit process, TotalEnergies must regularly carry out exercises at high-risk sites like this one. In recent years, we have repeatedly conducted exercises with fairly conventional fire scenarios such as tank fires or loading fires. This year, we wanted to test the entire fire-extinguishing water supply system. We check every valve, every connection, to make sure everything is operational. Any defect is recorded to guarantee safety.”
From underground fires to domestic tragedies
At the beginning of the afternoon, an alert reports a fire in an underground parking garage in the municipality of Saint-Gilles. The radio announces “heavy smoke coming out, but the fire was apparently extinguished by the butcher from the shop across the street.” When the firefighters arrive, the entrance is nothing more than a dark, smoke-filled tunnel into which they disappear one after another. Thanks to the rapid intervention of the neighboring shopkeeper, the incident seems under control, but the firefighters carefully check for any risk of reignition. The new electrical panel, installed two days earlier, is said to have gone up in flames. The electrician from the responsible company is, in fact, waiting on the other side of the street to be allowed onto the scene.
Officer Jalet supervises the ventilation, crucial to avoid feeding any remaining hotspots: “We’re going to use huge fans to clear the smoke from the parking garage, but first we have to make sure there’s no possible source of reignition left. Otherwise, the ventilation will only fan it.” The firefighters’ silhouettes once again emerge through the dense veil of smoke. They come back out and give the signal to the officer. The roar of the fans connected to generators makes a deafening racket.
Once the parking garage has been cleared of smoke, the officer goes down with the electrician to inspect the condition of the electrical panel, which did indeed burn. On site, they discover heaps of melted plastic—originally white—that have turned the deepest black. Only just installed, the panel is completely charred, a testament to the violence of the fire. After the smoke has been cleared and the inspection completed, firefighters and electrician together assess the damage.
On the way back to the station, the radio reports a kitchen fire in Molenbeek, with many victims needing treatment. “We’re not very far away, we’re going there to set up a medical support area,” announces Officer Jalet. Three ambulances already on site have taken charge of some of the injured, including a teenager suffering continuous vomiting from smoke inhalation, and beside him his younger brother on oxygen. The fire is contained, but the building is still smoking. The street is narrow and agitated. Many onlookers are watching the scene behind the security cordons.
At the foot of the bustling building, several women suffering from smoke inhalation wait to be treated. One of them, older, clutches her cat rescued from the flames; Officer Jalet quickly escorts her, along with the other victims, to the medical reinforcements.
About fifteen minutes later, the fire is under control and the building has been cleared of smoke. The family living in the apartment where the fire broke out will have to be rehoused. The officer accompanies the father back inside so he can retrieve a few personal belongings. His home is unharmed except for the kitchen, ravaged by the powder extinguisher; it bears an unusual bluish tint, while the stove reduced to ashes reveals the source of the fire: a saucepan left on the burner... In the ambulances, the condition of the injured is stable. Transfers to the various Brussels hospitals are being organized, taking care not to separate relatives.
A dinner that turns into a hectic evening
Back at the station, Sergeant Johny is cooking a paella to celebrate his promotion. Around 8 p.m., he begins serving the first plates to the hungriest diners. While some are still peeling their prawns, the ceiling lights suddenly turn red, plunging the mess hall into total silence. A second later, another alarm sounds. “Alert. Fire response.” All the big lads abandon their plates and rise in one motion to head for the trucks, sliding down the Halligan bars.
The radio announces an apartment fire in Berchem-Sainte-Agathe, with several victims to be rescued from the building. “The woman from the burning apartment says she left after leaving her son behind, whose bedroom is reportedly in flames.” The information arrives bit by bit, each detail adding to the gravity of the situation.
The building stands on the corner of Rue de Ganshoren and Avenue Charles-Quint. It is on this wide boulevard—with the 93-meter Basilica of Koekelberg in the background, bathed in the last rays of the sun—that the firefighters deploy with two pump engines.
The fire is spectacular. Dense flames burst violently from the first-floor bay window, and the combustion is so intense that it resounds with a dull roar. “Ça clashe dehors,” they say in old Brussels dialect to describe a fully developed fire breaking out of a building.
The experienced firefighters mobilize on several fronts. A hose line enters the building, and two firefighters, each on their own platform, inspect both sides of the building for any people still trapped. It is a rapid, perfectly coordinated ballet in which each person moves with complete mastery of their role. Very quickly, they overcome the flames, but the reported child, amid the confusion, remains unaccounted for.
The work is still far from over in securing the building and making sure the fire does not flare up again. The bedroom is soaked and the charred wall sections are torn away. Every object or piece of furniture still hot is thrown out of the window, crashing onto the asphalt to gradually form a pile that will be continuously sprayed with water for a quarter of an hour.
Calm eventually returns, leaving the firefighters with ash-streaked faces, exhausted and covered in soot. All the firefighters dispatched there can finally catch their breath and rehydrate. It is so hot at the start of summer!
Officer Jamart is the last one on the scene, handling the final details with the police. That is when a man in his sixties, wearing a blue-and-white striped shirt tucked into his trousers, arrives. It is the mayor of Berchem-Sainte-Agathe, who has come to get information. He seems annoyed by the incorrect information he received about the fire’s location. The officer gives his conclusions. “We were confronted with a violent fire. We evacuated seven people, who were taken to hospital for smoke inhalation. The stairwell is full of soot and unusable. The first floor is uninhabitable; the electricity and gas have been shut off. The second and third floors are also affected. We advised the owners to bring in a cleaning company. Finally, rehousing is being organized: according to the police, the residents will be taken in by their families.”
That evening, back at the station, the firefighters can finally enjoy the paella cooked by Sergeant Johny in honor of his promotion. Their colleagues who stayed behind carefully set aside their abruptly abandoned plates, a symbol of the unshakable camaraderie that gives meaning to their difficult and perilous profession.