Plonger avec les tortues de Diani
Le long de la côte sud du Kenya, les eaux de l'océan Indien abritent une remarquable diversité d'espèces marines. Autour de Diani, les tortues évoluent parmi de nombreuses espèces de poissons, des récifs coralliens et de vastes herbiers sous-marins. Ces écosystèmes étroitement liés constituent des zones d'alimentation, de refuge et de reproduction pour une multitude d'organismes marins. Pourtant, cette richesse naturelle est de plus en plus menacée par l'augmentation de la température de l'océan, la pression de la pêche et la dégradation des habitats côtiers.
Pour Shee Lanjoro, directeur de Yellowfin Diving Kenya, un club de plongée installé à Diani, les changements sont particulièrement visibles dans le rythme des saisons. Après des années passées à explorer les fonds marins de la région, il se souvient d'une époque où plonger au mois de juin était pratiquement inconcevable. La mousson apportait une mer agitée et des conditions difficiles, obligeant les centres de plongée à interrompre leurs activités pendant plusieurs mois. Aujourd'hui, il décrit une situation bien différente. Les saisons sont devenues beaucoup plus imprévisibles, sans distinction aussi nette entre les périodes favorables et défavorables à la plongée. Yellowfin ne ferme désormais plus pour une pause saisonnière, une évolution qui reflète les changements observés par Shee sur cette partie du littoral. Il constate également des pressions croissantes sur la biodiversité marine, notamment liées au réchauffement de l'eau et aux activités de pêche.
Les tortues figurent parmi les habitants les plus emblématiques de ces eaux. Les tortues vertes dépendent largement des herbiers sous-marins pour leur alimentation, tandis que les tortues imbriquées fréquentent principalement les écosystèmes coralliens. Leur survie est donc directement liée à la bonne santé de ces milieux. Lorsque les récifs se dégradent ou que les herbiers disparaissent, les conséquences se répercutent sur l'ensemble de la chaîne alimentaire marine.
Plus au sud, près de Shimoni et de la frontière tanzanienne, l'organisation REEFolution travaille à restaurer les récifs coralliens endommagés. Sous l'eau, ses sites de restauration ressemblent à des jardins immergés. Des structures métalliques arrondies et des arbres artificiels soutiennent des milliers de fragments de coraux, minutieusement plantés et surveillés par des plongeurs. À mesure que les coraux grandissent, les poissons et d'autres organismes marins reviennent progressivement coloniser ces habitats abîmés par les activités humaines et les pressions environnementales.
Dzivula Gube, qui travaille pour REEFolution, évoque des résultats encourageants, mais également les limites de la restauration. Lors du violent épisode de blanchissement de 2024, il estime que plus de 70 % des coraux ont été perdus dans les zones touchées autour de Shimoni. Certains avaient pourtant été cultivés et transplantés pendant plusieurs années. Le réchauffement de l'océan rend leur rétablissement de plus en plus difficile, y compris dans les secteurs où les efforts de conservation ont porté leurs fruits. L'organisation s'appuie également sur les communautés locales, en formant des habitants à la restauration corallienne et au suivi des écosystèmes marins.
Plus au nord, à Watamu, l'organisation Local Ocean Conservation protège les tortues marines depuis près de trente ans. Selon le biologiste marin Joey Ngunu Wandiga, les filets de pêche, la pollution plastique, les blessures provoquées par les bateaux et l'urbanisation du littoral représentent toujours des menaces importantes. L'association travaille avec plus de 100 pêcheurs locaux qui signalent les tortues accidentellement capturées. Environ 97 % des animaux recensés dans le cadre de son programme de prises accidentelles sont relâchés vivants. Cette coopération illustre le rôle que peuvent jouer les communautés locales dans la protection des écosystèmes marins.
En juin 2026, le Kenya a accueilli à Mombasa la conférence internationale Our Ocean, organisée pour la première fois sur le continent africain. La rencontre a abouti à 370 engagements représentant environ 7,5 milliards de dollars, consacrés notamment à la protection des océans, à la pêche durable et à la lutte contre le changement climatique. Pour les organisations de conservation présentes sur la côte kényane, le défi consiste désormais à transformer ces annonces internationales en soutien durable aux écosystèmes déjà soumis à de fortes pressions.
Des herbiers de Diani aux récifs coralliens dégradés de Shimoni, l'avenir de la biodiversité marine kényane dépend de la préservation de milieux naturels étroitement liés. La survie des tortues, des poissons et de nombreuses autres espèces dépendra de la capacité à limiter les pressions locales tout en faisant face aux conséquences croissantes du réchauffement de l'océan.
Diving with the turtles in Diani
Along Kenya’s southern coast, the waters of the Indian Ocean support a remarkable diversity of marine life. Around Diani, sea turtles share their habitat with numerous fish species, coral reefs and vast seagrass beds. These interconnected ecosystems provide feeding grounds, shelter and breeding areas for countless marine organisms. Yet this natural wealth is increasingly threatened by rising ocean temperatures, fishing pressure and the degradation of coastal habitats.
For Shee Lanjoro, director of Yellowfin Diving Kenya, which operates in Diani, the changes are particularly noticeable in the seasons themselves. After years spent exploring the region’s waters, he remembers when diving in June was almost inconceivable. The monsoon brought rough seas and difficult underwater conditions, forcing diving centres to suspend their activities for several months. Today, he describes a very different situation. The seasons have become increasingly unpredictable, with no clear distinction between favourable and unfavourable diving periods. Yellowfin no longer closes for a seasonal break, reflecting the changes Shee has witnessed along the coast. He has also observed growing pressures on marine biodiversity, particularly from rising water temperatures and fishing activities.
Sea turtles are among the most recognisable inhabitants of these waters. Green turtles depend heavily on seagrass meadows for food, while hawksbill turtles are closely associated with coral reef ecosystems. Their survival is therefore directly linked to the health of these underwater environments. When coral reefs deteriorate or seagrass beds disappear, the consequences extend throughout the marine food web.
Further south, near Shimoni and the Tanzanian border, REEFolution is working to restore damaged coral reefs. Its underwater restoration sites resemble submerged gardens. Rounded metal structures and artificial trees support thousands of coral fragments, which are carefully planted and monitored by divers. As the corals grow, fish and other marine organisms gradually return, rebuilding habitats damaged by human activities and environmental pressures.
Dzivula Gube, who works with REEFolution, describes encouraging results but also the limits of restoration. During the severe bleaching event of 2024, he estimates that more than 70% of corals were lost in the affected areas around Shimoni. Some had been cultivated and transplanted over several years. Rising ocean temperatures are making recovery increasingly difficult, even in areas where conservation efforts have produced positive results. The organisation also involves local communities, training residents in coral restoration and marine monitoring.
Further north, in Watamu, Local Ocean Conservation has spent nearly three decades protecting sea turtles. According to marine biologist Joey Ngunu Wandiga, fishing nets, plastic pollution, boat injuries and coastal development remain significant threats. The organisation works with more than 100 local fishers who report accidentally captured turtles. Approximately 97% of turtles recorded through its bycatch programme are released alive. This cooperation illustrates how local communities can play a central role in marine conservation.
In June 2026, Kenya hosted the Our Ocean Conference in Mombasa, the first edition held on African soil. The gathering produced 370 commitments worth approximately $7.5 billion, covering marine protection, sustainable fisheries and climate action. For conservation organisations along the Kenyan coast, the challenge now lies in turning these international commitments into long-term support for ecosystems already under considerable pressure.
From Diani’s seagrass beds to Shimoni’s damaged coral reefs, the future of Kenya’s marine biodiversity depends on protecting habitats that are closely connected. The survival of sea turtles, fish and countless other marine species will depend on the ability to limit local pressures while confronting the growing consequences of ocean warming.