Romuald Caup, entre le feu et l’acier
À Boucau, dans les Pyrénées-Atlantiques, l’atelier de Romuald Caup est installé chez lui, au bout d’un jardin arboré où ses épagneuls bretons ont leurs habitudes. Un après-midi à ses côtés permet de mesurer l’exigence de l’artisan et le plaisir qu’il prend à partager ce qui l’anime.
Au cœur de son travail, il y a le feu. Sa chaleur rend l’acier malléable et permet de souder les couches qui composent le damas, reconnaissable aux motifs qu’elles dessinent dans le métal. Entre deux chauffes, Romuald retourne à l’enclume. Il observe la pièce et corrige sa forme. Le marteau frappe fort, avec précision.
Originaire de la commune et père de famille, il s’initie à la coutellerie en autodidacte en 2008. Tout commence dans un salon d’artisanat, devant des lames en damas dont la beauté le fascine. Une conversation avec son meilleur ami fait naître le défi d’apprendre à les fabriquer. Deux mois plus tard, les premiers résultats sont là. Il poursuit ses recherches et nourrit sa pratique de ses lectures. Son savoir-faire se construit au fil des années.
Le damas reste l’un de ses matériaux de prédilection. Une étape, la révélation, fait surgir les motifs de la lame. À la forge succède la finesse de l’établi. Sur le backstand, une ponceuse à bande utilisée en coutellerie, les bandes abrasives affinent le profil. Viennent ensuite les ajustages et les finitions, qui demandent des gestes minutieux. Pour les manches, il choisit des bois naturels ou stabilisés, mais aussi de la corne et des matériaux composites. Il évoque une dizaine d’heures en moyenne par couteau, selon sa complexité.
Ce jour-là, l’acier posé sur l’enclume provient, explique-t-il, d’un GMC, un camion militaire américain ayant servi lors du Débarquement. Entre ses mains, cette matière chargée d’histoire est transformée en couteau.
Le métier a aussi ses réalités économiques. Romuald raconte que les revenus de son activité artisanale l’amènent à exercer en parallèle comme technicien dans un centre qui accueille des enfants en situation de handicap. Cet emploi lui permet de compléter ses revenus tout en poursuivant la coutellerie, avec les longues heures de fabrication qu’elle demande.
Attaché à la transmission, il reçoit des stagiaires d’âges et d’horizons différents. Il les accompagne dans la réalisation de leur propre couteau. Chaque étape est expliquée, en leur laissant le temps de se familiariser avec les gestes.
Derrière chaque pièce achevée, il y a bien plus que les heures passées à la fabriquer. Il y a les années nécessaires pour connaître l’acier et apprendre à le travailler. Romuald donne à voir cette part du métier avec générosité. Dans son atelier, ceux qui le souhaitent peuvent à leur tour en faire l’expérience, le temps d’une première lame.
Romuald Caup, Between Fire and Steel
In Boucau, in the Pyrenees-Atlantiques department of southwestern France, Romuald Caup's workshop is set up at his home, at the end of a tree-filled garden where his Brittany spaniels are accustomed to roaming. Spending an afternoon by his side reveals both the high standards he sets for his craft and the pleasure he takes in sharing what drives him.
At the heart of his work is fire. Its heat makes steel malleable and allows him to weld together the layers that form Damascus steel, recognizable by the patterns they create in the metal. Between heating cycles, Romuald returns to the anvil. He studies the piece and adjusts its shape. The hammer strikes hard, with precision.
Born in Boucau and a father, he began teaching himself knifemaking in 2008. It all started at a craft fair, where he came across Damascus steel blades whose beauty fascinated him. A conversation with his best friend turned that fascination into a challenge: to learn how to make them himself. Two months later, the first results were there. He continued his research, feeding his practice through reading and experimentation. His skills developed over the years.
Damascus steel remains one of his preferred materials. One stage in the process, known as the reveal, brings out the patterns in the blade. After the forge comes the finer work at the bench. On the backstand, a belt grinder used in knifemaking, abrasive belts refine the profile. Fitting and finishing follow, requiring careful, precise gestures. For the handles, he uses natural or stabilized woods, as well as horn and composite materials. He estimates that each knife takes around ten hours of work on average, depending on its complexity.
On this particular day, the steel resting on the anvil comes, he explains, from a GMC, an American military truck that was used during the Normandy landings. In his hands, this material, carrying its own history, is transformed into a knife.
The trade also comes with economic realities. Romuald explains that the income from his craft activity has led him to work in parallel as a technician at a centre for children with disabilities. This job supplements his income while allowing him to continue knifemaking, despite the long hours each piece requires.
Committed to passing on his knowledge, he welcomes trainees of different ages and backgrounds. He guides them through the making of their own knife. Each stage is explained, giving them time to become familiar with the tools and gestures.
Behind every finished piece lies far more than the hours spent making it. There are also the years required to understand steel and learn how to work it. Romuald shares this part of the craft openly. In his workshop, those who wish to can experience it for themselves, through the making of a first blade.