CÉLÉBRATIONS - FESTA MAJOR DE GRACIA, BARCELONE
Au défilé de la Festa Major de Gràcia, ancienne commune périphérique aujourd’hui quartier de Barcelone, il y avait évidemment des correfocs, les feux qui courent. Tradition catalane qui mélange le feu la danse la musique et le diable, le principe est simple : envahir les passants de feu.
Les correfocs courent vers les gens armés d’un pétard au bout d’un bâton. Le dispositif est simple mais malicieux : l’attache circulaire fait tourner les étincelles à 360 degrés. Et pour que tout le monde en profite, une ou deux détonations surprises explosent aléatoirement pendant la course.
On vient donc se faire attaquer, qu’importe l’âge le genre ou le handicap. Les catalan.e.s jouent à cette petite guerre diabolique car sans défense. Si la tradition est médiévale, c’est dans les années 70, sous Franco, quand le catalan était alors interdit, que le mot correfoc s’est popularisé.
Ce n’est qu’après sa mort que les correfocs ont repris une place importante dans la Festa Major de Gràcia, s’organisant en colla. S’affirment à cette époque d’autres réhabilitations.
Autre tradition ancienne et symbole de la lutte catalane, les Trabucayres et leurs tromblons. Ils défilent en habits d’époque et tire des salves à répétition en tête de cortège pour annoncer leur arrivée. Le boucan est terrible et terrifiant. D’une salve ou les uns après les autres, les canons s’arrêtent tous les 5 à 10 mètres pour tirer. Impossible de les esquiver.
Encore une fois, on vient se rappeler la guerre et la lutte. Ici, c’était face l’invasion napoléonienne. Les Trabucayres étaient des bandes de résistants malfaiteurs imrpovisée face à la pauvreté induite par les guerres. Ce type d’organisation continua durant les conflits que connut l’Espagne au 19e siècle. Sa réintroduction dans le folklore de la Festa Major date de 1982.
On vient donc ici aussi assister physiquement à la douleur du tir : le bruit, le tremblement, le sursaut.
Heureusement, il n’y a pas que la guerre ! Des chars lancent aussi à la foule des bonbons à foison. Les personnes géantes datent aussi de ce renouveau des années 80. L’effervescence de la mort de Franco et l’avènement de la démocratie furent un moment de reconquête civique et festive des rues par les citoyens. Barcelone a connu un moment d’explosion créative d’euphorie d’association et de bénévolat.
Les années 60 et le début du capitalisme espagnol avaient plombé le Fête : la télé la voiture les discothèques et les études prirent toute la place. Les jeunes perdaient l’intérêt. À Gràcia, on parle de « la crise des 600 », en référence à la crise démographique et économique du 17e.
Aujourd’hui la politique est d’autant plus importante. Les enjeux sont multiples dans notre monde en crise. Pour répondre à ces questions sur le monde ou simplement pour s’amuser, chaque rue choisit un thème à défendre, une orientation commune. Le guarnit, est la porte d’entrée dans cet univers commun.
Avec le Caga Tio et le Caganer, la merde est un élément folklorique majeur de la culture catalane. Le caganer, le chieur est ici un personnage de la crèche. Sa forme originelle, celle d’un paysan en train de chier, symbolise la fertilité pour le sol. Le Caga Tio, la merde personnifiée de ce paysan, incarne elle, à l’origine, la bûche de Noël. Il symbolise la bûche pour nourrir le feu de la maison.
La merde a la vertu de nous faire redescendre à la vie, au grotesque. Alors sur cet arbre à merde, on dépose ses désirs de merde. Une invitation sans sérieux à s’expier. Les commissions de fête organisent des décorations des installations des jeux des concerts…
Maisa, de la Commission de Voisins de la Place Rovira, racontent que les 80 000 points bleus de leur installation ont tous été faits à la main. À l’année, avec certains piliers de la commission, ils et elles se réunissent tous les mercredi soir dans leur local pour manger. Pour faire ça, ils se sont aussi réuni quasi chaque mardi et jeudi depuis janvier.
Les commissions sont des bancs, des groupes de riverains et leurs ami.e.s qui s’ouvrent à l’imagination des un.e.s et des autres pour créer. S’il n’est plus nécessaire d’être résident pour faire partie d’une commission, pour se présenter devant la Fondation de la Festa Major, une commission doit avoir l’accord du voisinage.
L’espace est occupé. Déjà à l’époque, les décorations végétales, agrémentées de touches de draperies de boucliers et de lanternes transformant les rues et les places en salles de bal éphémères. La décoration et les performances occupaient déjà les jours, comme la musique et la danse occupaient déjà les nuits.
Aujourd’hui, les concerts sont donnés majoritairement en catalan. Certaine commission affiche même sur des drapeau leur nationalisme et le rejet des touristes. La gentrification du quartier et le tourisme de masse sont des enjeux guerriers car le loyer est une question de survie.
L’ambiance reste globalement familiale et festive. La déambulation permet de choisir des univers à financer. Chaque commission a sa buvette ses snacks ses goodies. Parole d’un membre d’une commission : « si t’aimes, consomme ! »
La plus vieille trace de ces fêtes remontent à 1817. Le concours de la rue la mieux décorée qui encourage la créativité, est apparue au début du 20e siècle. On comptait près de 100 tronçons de rues et places décorées. Aujourd’hui, elles sont 23.
CELEBRATIONS - FESTA MAJOR DE GRACIA, BARCELONA
At the parade for the Festa Major de Gràcia—a former outlying municipality that is now a neighborhood of Barcelona—there were, of course, correfocs, or “running fires.” A Catalan tradition that blends fire, dance, music, and the devil, the concept is simple: to shower passersby with fire.
The correfocs run toward people armed with a firecracker attached to the end of a stick. The setup is simple yet mischievous: the circular attachment causes the sparks to spin 360 degrees. And to ensure everyone gets a taste of the action, one or two surprise firecrackers go off randomly during the run.
So people come to be “attacked,” regardless of age, gender, or disability. Catalans play along with this little devilish war because they’re defenseless. While the tradition dates back to the Middle Ages, it was in the 1970s, under Franco—when the Catalan language was banned—that the word “correfoc” became popular.
It was only after his death that the correfocs regained an important place in the Festa Major de Gràcia, organized into groups called “colla.” Other revivals also took hold during this period.
Another ancient tradition and symbol of the Catalan struggle is the Trabucayres and their blunderbusses. They march in period costumes and fire repeated volleys at the head of the procession to announce their arrival. The din is deafening and terrifying. Whether in a single volley or one after another, the cannons stop every 5 to 10 meters to fire. It’s impossible to dodge them.
Once again, we are reminded of war and struggle. Here, it was in the face of the Napoleonic invasion. The Trabucayres were improvised bands of resistance fighters and outlaws formed in response to the poverty caused by the wars. This type of organization continued throughout the conflicts that Spain experienced in the 19th century. Its reintroduction into the folklore of the Festa Major dates back to 1982.
So here, too, we come to physically experience the pain of the shot: the noise, the tremor, the jolt.
Fortunately, it’s not all about war! Floats also shower the crowd with an abundance of candy. The giant figures also date back to this revival of the 1980s. The excitement surrounding Franco’s death and the advent of democracy marked a moment when citizens reclaimed the streets in a spirit of civic and festive renewal. Barcelona experienced an explosion of creativity, euphoria, community organizing, and volunteerism.
The 1960s and the dawn of Spanish capitalism had stifled the festival: TV, cars, nightclubs, and school took center stage. Young people were losing interest. In Gràcia, people speak of “the crisis of the 600,” referring to the demographic and economic crisis of the 17th district.
Today, politics is all the more important. The stakes are high in our world in crisis. To address these global issues or simply to have fun, each street chooses a theme to champion, a shared focus. The “guarnit” serves as the gateway to this shared universe.
Along with the Caga Tio and the Caganer, shit is a major folkloric element of Catalan culture. The Caganer, or “the shitter,” is a figure in the nativity scene. Its original form—that of a peasant taking a shit—symbolizes fertility for the soil. The Caga Tio, the personification of this peasant’s shit, originally embodied the Yule log. It symbolizes the log used to fuel the hearth fire.
Shit has the power to bring us back down to earth, to the grotesque. So on this “shit tree,” we hang our shitty wishes. A lighthearted invitation to atone. The festival committees organize decorations, installations, games, and concerts…
Maisa, from the Rovira Square Neighbors’ Committee, explains that the 80,000 blue dots in their installation were all made by hand. Throughout the year, along with some of the committee’s core members, they meet every Wednesday evening at their meeting space to eat. To make this happen, they’ve also been meeting almost every Tuesday and Thursday since January.
The committees are groups—composed of local residents and their friends—that draw on each other’s imagination to create. While it is no longer necessary to be a resident to join a committee, in order to present a proposal to the Festa Major Foundation, a committee must have the neighborhood’s approval.
The space is occupied. Even back then, floral decorations—accented with drapery, shields, and lanterns—transformed the streets and squares into temporary ballrooms. Decorations and performances already filled the days, just as music and dance filled the nights.
Today, concerts are mostly held in Catalan. Some committees even display their nationalism and rejection of tourists on their flags. The gentrification of the neighborhood and mass tourism are contentious issues because rent is a matter of survival.
The atmosphere remains generally family-friendly and festive. Strolling through the streets allows you to choose which events to support. Each committee has its own refreshment stand, snacks, and merchandise. As one committee member put it: “If you like it, support it!”
The earliest record of these festivals dates back to 1817. The contest for the best-decorated street—which encourages creativity—emerged in the early 20th century. At one time, nearly 100 sections of streets and squares were decorated. Today, there are 23.