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BRÉSIL : LE FOOTBALL AU-DELÀ DU TERRAIN
À la veille de la Coupe du Monde de la FIFA 2026, organisée entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, le football capte à nouveau l’attention du monde. Au Brésil, il ne l’a jamais quittée.
Mes premiers souvenirs liés au futebol remontent à la Coupe du Monde de 1970, au Mexique. J’avais sept ans et regardais, sur un écran noir et blanc, Pelé et ses coéquipiers remporter leur troisième titre mondial. Le pays vivait alors sous une dictature militaire, et cette victoire fut utilisée pour nourrir un sentiment d’unité nationale. Je me souviens des célébrations dans les rues de Rio de Janeiro, et des magazines que mon père conservait précieusement, Manchete, Fatos & Fotos, images fondatrices de mon imaginaire.
Vingt-quatre ans plus tard, dèjà photojournaliste, je me retrouvais dans ces mêmes rues pour couvrir le retour de la Seleção après sa victoire en 1994, aux États-Unis. Le Brésil retrouvait à cette période les premiers pas de la démocratie. Cette même année, je quittais mon pays pour vivre entre New York et Paris.
Depuis, je n’ai cessé d’y revenir. Au fil des années et des territoires, j’ai photographié le futebol tel qu’il se vit : sur les plages, dans les favelas, dans les rues, dans les prisons, dans les vestiaires, et même sur des plateformes pétrolières en mer. Au-delà du terrain, le jeu s’inscrit dans tous les espaces du quotidien.
Dans les stades, cette énergie se transforme sans disparaître : les joueurs deviennent supporters, mais l’intensité reste la même. Au Brésil, le football n’est pas seulement un sport. C’est un langage, un rythme, une mémoire partagée.
Pour quelques-uns, il représente une échappée, la possibilité de devenir Pelé, Zico, Romário, Ronaldo, Neymar, Endrick... Pour la majorité, il demeure un horizon. Un rêve transmis de génération en génération, présent dans chaque match improvisé, chaque geste, chaque espoir.
Alors que le monde s’apprête à célébrer à nouveau le football, le Brésil rappelle que ce jeu dépasse la compétition. Il est un miroir de la société, de ses tensions, de ses désirs, et de sa capacité à croire, malgré les défaites silencieuses du quotidien.
BRAZIL : FOOTBALL BEYOND THE PITCH
On the eve of the 2026 FIFA World Cup, hosted across the United States, Canada and Mexico, football once again captures global attention. But in Brazil, it has never left.
My first memories of futebol date back to the 1970 World Cup in Mexico. I was seven years old, watching Pelé and his teammates lift the trophy on a black-and-white television. At the time, Brazil was under a military dictatorship, and victory was used to unite a divided nation. I remember the celebrations in the streets of Rio de Janeiro, and the magazines my father kept, Manchete, Fatos & Fotos, images that shaped my imagination.
Twenty-four years later, as a photojournalist, I was in those same streets covering the return of the Seleção after their 1994 victory in the United States. Brazil was then rediscovering democracy. That same year, I left my country, beginning a life between New York and Paris.
Since then, I have returned regularly to Brazil. Across decades and territories, I have photographed futebol as it is lived: on beaches, in favelas, in streets, in prisons, in locker rooms, and even on offshore oil platforms. Beyond the pitch, the game extends into every corner of daily life.
In stadiums, I found the same energy transformed, no longer players, but supporters, carrying the same intensity, the same belief. Football in Brazil is not confined to the field. It is a language, a rhythm, a shared imagination.
For a few, it offers a path out, the possibility of becoming Pelé, Zico, Romário, Ronaldo, Neymar or Endrick. For most, it remains a dream. Yet that dream persists, passed from one generation to the next, embodied in every improvised match, every gesture, every hope.
As the world prepares to celebrate football once more, Brazil reminds us that the game is more than a competition. It is a mirror of society, of its struggles, its desires, and its capacity to believe, even in the face of daily defeats.