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TAIWAN - La déesse de la mer à l'assaut des cimes
Chaque année, Taïwan se met en mouvement derrière Mazu. Mais cette fois, la divinité a choisi une direction inattendue : vers le haut. Les palanquins, effigies et troupes rituelles ont quitté les temples des plaines pour rejoindre Alishan, territoire des cultivateurs de thé, dans un déplacement hautement symbolique : la déesse des océans qui pénètre l'intérieur montagneux, comme si l'île entière se reconfigurait autour d'elle. Le pèlerinage est un fait religieux autant qu'un fait social. Des centaines de pèlerins venus de temples répartis aux quatre coins de Taïwan marchent, attendent, portent, encadrent. Sur le passage du cortège, des milliers de riverains se massent : on lève l'encens, on joint les mains, on tend des offrandes, on cherche une bénédiction. La scène est saturée de sensations : fumées d'encens, odeur de soufre, détonations des pétards, gongs, et le souffle strident des suonas qui coud l'événement d'un bout à l'autre du territoire. Le reportage suit ce fil: la ferveur au bord des routes, les visages serrés dans la foule, les instants de tension quand le feu et la fumée envahissent l'espace, mais aussi les respirations : enfants perchés pour regarder, anciens immobiles, fidèles concentrés dans la prière. À Alishan, les lignes des plantations de thé et les crêtes noyées de brume deviennent un décor improbable pour ce culte né de la mer. Le rituel y apparaît dans toute sa force: une croyance vécue, performée, organisée. À travers cette première montée, le sujet raconte Taïwan par ce qui l'assemble : un culte populaire profondément contemporain, une géographie traversée à hauteur d'homme, et une communauté qui se fabrique dans le bruit, la fumée et la lumière, entre fête, danger maîtrisé et désir partagé d'être touché par la divinité.
TAIWAN - Sea Goddess Storms the Peaks
Every year, Taiwan sets itself in motion behind Mazu. But this time, the deity chose an unexpected direction : upward. Sedan chairs, effigies, and ritual troupes left the lowland temples to reach Alishan, the realm of tea growers, in a profoundly symbolic journey, the ocean goddess entering the island's mountainous interior, as if the whole of Taiwan were reconfiguring itself around her. The pilgrimage is as much a religious event as a social one. Hundreds of pilgrims, coming from temples across all corners of Taiwan, walk, wait, carry, and steward the procession. Along its route, thousands of residents gather, incense is raised, hands are clasped, offerings are extended, a blessing is sought. The scene is saturated with sensation, incense smoke, the smell of sulfur, the crack of firecrackers, gongs, and the piercing breath of suonas stitching the event together from one end of the territory to the other. The reportage follows that thread, fervor at the roadside, faces pressed tight in the crowd, moments of tension when fire and smoke flood the space, and also the pauses, children perched for a better view, eiders motionless, devotees focused in prayer. In Alishan, the rows of tea plantations and mist drowned ridgelines become an improbable setting for a sea barn cuit. There, the ritual unfolds in full force, a belief that is lived, performed, and organized. Through this first ascent, the story portrays Taiwan through what binds it together, a popular cuit that is profoundly contemporary, a geography crossed at human pace, and a community forged in noise, smoke, and light, between celebration, controlled danger, and a shared desire to be touched by the deity.