Pour accéder à la série en entier, vous devez vous logger ou demander un compte Hans Lucas en cliquant ici.
Planter l’avenir
Le sol colle aux bottes et ralentit chaque geste. Après des jours de pluie, la terre est saturée d’eau. Mais ce 7 février 2026, à Castelnau d’Arbieu, le ciel s’ouvre enfin : l’un de ces rares jours de soleil où l’on peut travailler dehors sans compter les averses. Le long d’une parcelle agricole, un film noir biodégradable déroule une ligne nette : il limitera la concurrence des herbes et aidera les jeunes plants à s’installer.
Autour, il y a du monde : des bénévoles, des paysans et paysannes du secteur, un paysagiste, des enfants, et le maire du village venu prêter main-forte. La plantation se fait sur des terres exploitées par le fils de Sylvie Colas, agricultrice engagée et figure de la Confédération paysanne. L’ambiance est simple, chaleureuse, efficace : on se passe les outils, on aligne les plants, on rectifie une profondeur, on tasse, on avance.
Pour guider le chantier, Julien Garcia, conseiller technique d’Arbres et Paysage, a fait le déplacement. Son rôle : traduire le paysage en choix concrets. Les essences ne sont pas posées au hasard, elles sont sélectionnées en fonction du sol, de l’exposition, des contraintes agricoles et de ce que l’on veut obtenir dans le temps : une haie qui tient, qui protège, qui nourrit la vie. Ici, planter revient à penser en années, pas en semaines.
La haie, justement, répond à plusieurs urgences silencieuses : stabiliser les sols et freiner l’érosion, améliorer l’infiltration de l’eau, casser le vent, limiter l’assèchement, offrir des abris à la faune utile, pollinisateurs, auxiliaires, oiseaux, et reconnecter les milieux par des corridors de biodiversité. Au-dessus des rangs, on lève parfois la tête : des grues passent, et au loin la chasse claque par intermittence, rappelant que ces campagnes sont traversées par des usages qui se superposent.
En fin de journée, la haie n’est encore qu’une promesse : une ligne de tiges et de tuteurs dans une terre lourde. Mais elle matérialise déjà un choix collectif, celui de remettre du vivant là où le paysage s’était simplifié, et de faire du champ un espace qui protège aussi ce qui l’entoure.
Planting the future
Mud clings to boots and slows every movement. After days of rain, the ground is saturated. But on this 7 February 2026, the sky finally opens: one of those rare winter days of sunshine when people can work outdoors without watching for the next downpour. Along the edge of a field, a black biodegradable mulch film runs in a clean, straight line—limiting weeds and helping the young plants establish.
There are plenty of hands on site: volunteers, farmers from the area, a landscaper, children, and the village mayor who has come to lend a hand. The planting takes place on land farmed by Sylvie Colas’ son, Colas being an engaged farmer and a prominent voice within the Confédération paysanne. The mood is straightforward, warm and efficient: tools are passed along, saplings are aligned, planting depth is adjusted, soil is firmed, and water is added when needed.
To lead the work, Julien Garcia, technical adviser at Arbres et Paysage, has travelled in for the day. His role is to turn the landscape into concrete decisions. Species are not planted at random; they are chosen according to the soil, exposure, farming constraints and what is expected over time: a hedgerow that holds, that protects, and that sustains life. Here, planting means thinking in years, not weeks.
The hedgerow answers several quiet urgencies: stabilising soils and slowing erosion, improving water infiltration, breaking the wind, limiting drying out, providing shelter for beneficial wildlife, pollinators, natural pest predators, birds—and reconnecting habitats through biodiversity corridors. Above the planting line, heads lift from time to time as cranes pass overhead; in the distance, intermittent hunting shots underscore how these rural landscapes are shaped by overlapping uses.
By day’s end, the hedgerow is still only a promise: a line of slender stems and stakes in heavy ground. But it already embodies a collective choice, to bring living structure back to a simplified landscape, and to make farmland a space that also protects what surrounds it.