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Dans le Gers, la colère agricole s’organise
Auch, Gers le 5 janvier 2026.
Il est 17h30 lorsque j’arrive sur le lieu de rassemblement. Le froid est sec, mordant. Le président de la Chambre d’agriculture est déjà présent, téléphone à l’oreille, réglant sans relâche les derniers détails de l’organisation. Autour de lui, des palettes brûlent pour réchauffer et tenir la nuit.
À mesure que la nuit tombe, les agriculteurs arrivent par petits groupes, venus de différentes communes du département. Environ une cinquantaine de personnes sont présentes. Les silhouettes se découpent dans la lumière des flammes. Les échanges sont sobres, les regards déterminés.
Un abri de fortune a été construit à l’aide de bottes de paille. À l’intérieur, des traces de Noël subsistent : un sapin décoré, une bûche, quelques restes de nourriture. Une scène presque douce au cœur d’un mouvement porté par la colère et l’inquiétude.
Autour des paysans, d’autres professions sont venues manifester leur soutien : le syndicat des taxis, mais aussi de petits artisans et des représentants du secteur de la santé. Eux aussi dénoncent un sentiment d’abandon. Tous décrivent la même réalité : les charges augmentent, les revenus stagnent, et les petites structures peinent à tenir. Le rassemblement dépasse ainsi le seul cadre agricole et révèle un malaise plus large, celui d’une économie locale fragilisée et d’une parole qui ne trouve plus d’écho auprès du gouvernement.
Les principaux organisateurs se réunissent en petits comités. Une heure plus tard, les lignes directrices du lendemain sont annoncées. La mobilisation prend forme, entre fatigue, fraternité et détermination.
Ici, on ne manifeste pas par habitude : on défend sa survie. Les paysans refusent l’abattage systématique des troupeaux en cas d’infection de dermatose nodulaire et dénoncent l’accord Mercosur comme une porte ouverte à la disparition de leur modèle agricole, de la souveraineté alimentaire et du vivant. Ils alertent également sur une crise plus profonde dans le Sud-Ouest, aggravée par les dérèglements climatiques, et sur l’impossibilité croissante de vivre dignement de l’agriculture.
Au-delà des revendications immédiates, c’est aussi l’avenir de l’aménagement du territoire, de l’agriculture du Sud-Ouest et de la ruralité qui est en jeu.
Demain soir, le 6 janvier, ils partiront en tracteur vers Toulouse pour rejoindre plusieurs grands axes de mobilisation, tandis que d’autres convois prendront la direction de Paris.
Je quitte les lieux vers 20h30. Malgré le froid et la tension, une ambiance chaleureuse demeure, portée par la solidarité et la conviction d’agir ensemble.
In the Gers, Agricultural Anger Takes Shape
Auch, Gers, January 5, 2026.
It is 5:30 p.m. when I arrive at the gathering site. The cold is dry and biting. The president of the Chamber of Agriculture is already there, phone to his ear, tirelessly handling the final details of the organization. Around him, wooden pallets burn to provide warmth and carry the night through.
As night falls, farmers arrive in small groups from various towns across the department. Around fifty people are present. Their silhouettes stand out against the glow of the flames. Conversations are brief. Faces are set with determination.
A makeshift shelter has been built from straw bales. Inside, traces of Christmas remain: a decorated tree, a Yule log, and a few leftovers. A nearly gentle scene at the heart of a movement driven by anger and concern.
Around the farmers, other professions have come to show their support: the taxi drivers’ union, as well as small business owners and representatives from the healthcare sector. They too denounce a deep sense of abandonment. All describe the same reality: costs are rising, incomes remain stagnant, and small structures are struggling to survive. The gathering thus goes beyond the agricultural issue alone and reveals a broader malaise that of a fragile local economy and voices that no longer find an echo within the government.
The main organizers gather in small committees. An hour later, the guidelines for the following day are announced. The movement takes shape, marked by fatigue, fraternity, and determination.
Here, people do not protest out of habit, they are fighting for their survival. Farmers reject the systematic culling of herds in cases of nodular dermatitis infection and denounce the Mercosur agreement as a gateway to the disappearance of their agricultural model, food sovereignty, and the living world itself. They also warn of a deeper crisis in southwestern France, aggravated by climate disruption, and of the growing impossibility of making a decent living from farming.
Beyond immediate demands, it is also the future of land planning, southwestern agriculture, and rural life that is at stake.
Tomorrow evening, January 6, they will depart by tractor toward Toulouse to join major protest routes, while other convoys head toward Paris.
I leave the site around 8:30 p.m. Despite the cold and the tension, a warm atmosphere remains, carried by solidarity and the shared conviction of acting together.