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Weimar / Erfurt
Entre Weimar et Erfurt, la Thuringe déploie deux visages de l'Allemagne qui se répondent sans se ressembler. À Weimar, le classicisme allemand a laissé ses traces dans chaque façade, chaque jardin, chaque perspective de rue : c'est ici que Goethe et Schiller ont vécu, que Liszt a composé, que Walter Gropius a fondé le Bauhaus en 1919 — une école dont les bâtiments, inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, ont redessiné l'architecture du XXe siècle. La ville porte cette charge historique avec une légèreté presque étrange : les statues s'y dressent dans les places comme de vieux habitants, les cours intérieures s'ouvrent sur des silences.
À vingt kilomètres, Erfurt est d'une autre nature. Capitale de la Thuringe, elle conserve un centre médiéval d'une remarquable cohérence, avec sa cathédrale dont les cloches comptent parmi les plus grandes du Moyen Âge, sa Krämerbrücke — pont entièrement bâti de maisons et de commerces, l'un des plus longs d'Europe —, et un patrimoine juif médiéval unique, classé par l'UNESCO en 2023, comprenant la vieille synagogue, le mikveh et la maison de pierre.
Mais c'est peut-être lors du Zwiebelmarkt de Weimar que les deux villes trouvent leur point de jonction le plus vivant. Cette foire aux oignons, dont la tradition remonte à plus de trois siècles et demi, envahit chaque automne le cœur de la vieille ville de Weimar avec ses quelque 600 stands. Les Zwiebelzöpfe — tresses d'oignons tressées à la main, décorées, colorées — y deviennent un artisanat à part entière, suspendues en guirlandes ou empilées en pyramides odorantes. Ce reportage cherche à saisir le dialogue entre ces couches de temps : la pierre sculptée et le légume tressé, le classicisme figé dans le marbre et la festivité populaire qui le déborde.
Weimar / Erfurt
Between Weimar and Erfurt, Thuringia unfolds two faces of Germany that speak to one another without resembling each other. In Weimar, German classicism has left its mark on every façade, every garden, every street perspective: this is where Goethe and Schiller lived, where Liszt composed, where Walter Gropius founded the Bauhaus in 1919 — a school whose buildings, listed as UNESCO World Heritage, reshaped twentieth-century architecture. The city carries this historical weight with an almost uncanny lightness: statues stand in its squares like old residents, inner courtyards open onto silences.
Twenty kilometres away, Erfurt is something else entirely. The Thuringian capital retains a medieval centre of remarkable coherence: its cathedral, whose bells are among the largest surviving from the Middle Ages; its Krämerbrücke — a bridge built entirely of houses and shops, one of the longest of its kind in Europe; and a unique medieval Jewish heritage, UNESCO-listed in 2023, comprising the old synagogue, the mikveh and the stone house.
But it is perhaps at Weimar's Zwiebelmarkt that the two cities find their most vivid common ground. This onion market, a tradition stretching back more than three and a half centuries, floods the heart of Weimar's old town each autumn with some 600 stalls. The Zwiebelzöpfe — hand-braided onion garlands, decorated, coloured — become a craft in their own right, hung in strings or piled into fragrant pyramids. This series seeks to capture the dialogue between these layers of time: sculpted stone and braided bulb, classicism frozen in marble and the popular festivity that overflows it.