Carnoulès, le long chemin de l'après-mine
Ce reportage s’intéresse au destin de l’ancienne mine de plomb de Carnoulès, située à Saint-Sébastien-d’Aigrefeuille dans le Gard. L’exploitation moderne du site débute en 1833 de manière artisanale. En 1950, la Société Minière et Métallurgique de la Peñarroya ouvre l’ère industrielle de la mine puis l’abandonne en 1962. L’impact de cette exploitation sur l’environnement et le ruisseau le Reigoux dans la vallée devrait encore persister pendant au moins cinq siècles.
L’histoire tumultueuse de ce site industriel témoigne du long chemin de l’après-mine que doivent parcourir les populations directement concernées par les conséquences de l’extraction minière et des méthodes de l’ancien temps. Plusieurs décennies ont été nécessaires pour que les associations de défense de l’environnement et les élus locaux obtiennent, non pas la culpabilité de l’industriel, mais la reconnaissance du préjudice subi. Désormais, le dépôt de déchets miniers, les stériles, relève de la réglementation des installations classées pour la protection de l’environnement. L’État a donc dû agir afin de limiter les dommages occasionnés par le site sur le territoire communal.
Des scientifiques sur le terrain
L’exploitation minière, en particulier, laisse non seulement des traces durables de ses modifications sur le paysage mais déterre également des métaux et métalloïdes qui engendrent une pollution significative des écosystèmes. Souhir Soussou, présidente de l’entreprise Fertil’Innov Environnement, experte en microbiologie et remédiation des sols, explore la capacité de régénération des sols pollués en s’appuyant sur le potentiel des micro-organismes bénéfiques à la croissance des végétaux.
Depuis 2015, en collaboration avec l’INRAe dans le cadre d’un projet financé par l’ADEME, des parcelles expérimentales de phytostabilisation ont été installées sur le site de Carnoulès. L’expérimentation de l’entreprise Fertil’Innov Environnement a prouvé l’efficacité des végétaux utilisés pour régénérer les sols.
Suite aux travaux de Jacques Faucherre et Marc Leblanc, l’équipe Pollutions Environnement Santé Territoires d’HydroSciences Montpellier, coordonnée par Corinne Casiot, a initié en 2005, dans le cadre de l’observatoire OSU OREME, un suivi spatio-temporel du site afin d’observer les populations de micro-organismes dans les eaux du Reigoux qui favorisent la bioremédiation du milieu, c’est-à-dire sa dépollution naturelle. Une dizaine de thèses a été conduite afin de mieux caractériser le processus d’atténuation naturelle de la pollution et proposer des solutions pour traiter les eaux du Reigoux.
Des installations industrielles réhabilitées
L’étonnante proximité des habitants avec les vestiges de l’ancienne usine pose question mais illustre également la capacité de résilience des territoires ruraux. L’ancien concasseur, par exemple, sur lequel une maison a été construite, accueille plusieurs gîtes touristiques. La bâtisse présente une architecture aussi originale qu’inquiétante alors que l’ARS a conseillé au propriétaire de lessiver les murs une fois par an afin de les laver des traces d’arsenic présent dans les murs.
Dans le même temps, les élus et leurs partenaires associatifs et institutionnels ne tournent pas le dos à l’histoire minière du village. En 2024, lors de la Fête de la Science, plus de 150 scolaires ont découvert l’histoire de la mine, les enjeux historiques et futurs liés à l’extraction et les travaux des scientifiques sur le site agrifolien.
L’histoire du site se poursuit. Avec beaucoup de difficulté, un projet d’installation d’une centrale photovoltaïque, initié en 2010, doit voir le jour. Mais les changements de porteurs de projets ont retardé son exécution. L'association Soleil de plomb et le fournisseur d’énergie Enercoop peinent à fédérer les Agrifoliens et les populations alentour au projet, tandis que les associations L’Aigrefeuille et l'ADPVA (Association de défense et de préservation de la vallée de l’Amous) redoutent des dommages collatéraux pour la santé des habitants, en particulier à l’occasion des travaux sur le site pour l’installation de la centrale susceptibles de soulever des quantités importantes de poussières toxiques.
Eric Brunet, ingénieur et agronome, ancien élu et membre de l’association l’Aigrefeuille, est l’un des acteurs historiques dans l’histoire de la mine de Saint-Sébastien et de la reconnaissance du préjudice par l’État. L’Aigrefeuille et l'ADPVA regrettent que le projet de centrale freine la revégétalisation du site, seule technique à ce jour capable de stopper la pollution du Reigoux venant de la mine à ciel ouvert.
Cependant, depuis que le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) a pris le dossier en mains, en remplacement de l’ADEME, les crédits pour revégétaliser le site risquent de manquer. La situation concernant la réhabilitation de la mine à ciel ouvert semble à ce jour dans l’impasse.
De son côté, la municipalité a initié la création d’un réservoir de biodiversité de 2 400 m2 avec l’aide du Parc national des Cévennes. La coupe des nombreux pins maritimes ayant colonisé le site a permis la réapparition d’essences végétales endémiques disparues depuis plusieurs décennies.
Si les solutions technologiques semblent faire défaut, l’après-mine, dans sa version naturelle, dessine un long chemin mais a priori plus pertinent et pouvant faire sans doute consensus.
Carnoulès, the long road to post-mining
This report focuses on the fate of the former Carnoulès lead mine, located in Saint-Sébastien-d’Aigrefeuille in the Gard department. Modern mining operations began on a small scale in 1833. In 1950, the "Société Minière et Métallurgique de la Peñarroya" ushered in the industrial era of the mine, which was then abandoned in 1962. The impact of this mining operation on the environment and the Reigoux stream in the valley is expected to persist for at least five centuries.
The tumultuous history of this industrial site illustrates the long road to recovery faced by the communities directly affected by the consequences of mining and the methods of the past. It took several decades for environmental groups and local elected officials to obtain not a finding of guilt against the company, but rather recognition of the harm suffered. Now, the disposal of mining waste, or tailings, falls under the regulations for classified installations for environmental protection. The state therefore had to act to limit the damage caused by the site on the municipal territory.
Scientists in the field
Mining, in particular, not only leaves lasting traces of its alterations on the landscape but also unearths metals and metalloids that generate significant pollution of ecosystems. Souhir Soussou, president of Fertil’Innov Environnement, a company specializing in microbiology and soil remediation, is exploring the regenerative capacity of polluted soils by leveraging the potential of microorganisms beneficial to plant growth.
Since 2015, in collaboration with INRAE (the French National Research Institute for Agriculture, Food and Environment) as part of a project funded by ADEME (the French Agency for Ecological Transition), experimental phytostabilization plots have been established on the Carnoulès site. Fertil’Innov Environnement’s experiment has demonstrated the effectiveness of the plants used to regenerate the soil. Following the work of Jacques Faucherre and Marc Leblanc, the Pollution, Environment, Health, and Territories team at HydroSciences Montpellier, coordinated by Corinne Casiot, initiated a spatio-temporal monitoring program of the site in 2005, within the framework of the OSU OREME observatory. This program aimed to observe the populations of microorganisms in the waters of the Reigoux River that promote bioremediation, that is, the natural depollution of the environment. Approximately ten doctoral theses have been conducted to better characterize the natural pollution attenuation process and propose solutions for treating the Reigoux River's waters.
Rehabilitated industrial facilities
The surprising proximity of the inhabitants to the remains of the former factory raises questions but also illustrates the resilience of rural areas. The old crusher, for example, on which a house has been built, now houses several tourist accommodations. The building boasts an architecture that is as unusual as it is unsettling, and the Regional Health Agency (ARS) has advised the owner to wash the walls once a year to remove traces of arsenic present in the materials.
At the same time, elected officials and their community and institutional partners are not turning their backs on the village's mining history. In 2024, during the Science Festival, more than 150 schoolchildren learned about the mine's history, the historical and future challenges related to extraction, and the work of scientists at the ancient industrial site.
The story of the site continues. A photovoltaic power plant project, initiated in 2010, is finally coming to fruition, albeit with considerable difficulty. Changes in project stakeholders have delayed its implementation. The Soleil de Plomb association and the energy supplier Enercoop are struggling to rally the residents of Agrifolies and the surrounding communities around the project, while the L’Aigrefeuille association and the ADPVA (Association for the Defense and Preservation of the Amous Valley) fear collateral damage to the health of residents, particularly during the construction work on the site for the power plant, which could generate significant amounts of toxic dust.
Eric Brunet, an engineer and agronomist, former elected official, and member of the L’Aigrefeuille association, is one of the key figures in the history of the Saint-Sébastien mine and in securing state recognition of the damage caused. Aigrefeuille and ADPVA regret that the power plant project is hindering the revegetation of the site, the only technique currently capable of stopping the pollution of the Reigoux River from the open-pit mine.
However, since the BRGM (French Geological Survey) took over the project from ADEME (French Agency for Ecological Transition), funding for revegetation is likely to be lacking. The situation regarding the rehabilitation of the open-pit mine appears to be at a standstill.
For its part, the municipality initiated the creation of a 2,400 m2 biodiversity reservoir with the help of the Cévennes National Park. The felling of the numerous maritime pines that had colonized the site has allowed for the reappearance of endemic plant species that had disappeared for several decades.
While technological solutions seem to be lacking, the post-mining, in its natural version, outlines a long path, certainly, but a priori more relevant and probably capable of achieving consensus.