1 / 21
slider (21)contact planche (21)fullscreen (21)

 

Émile Loreaux

Je suis une tomate

On the tomato

→  commander un tirage papier
EN | FR

Qui suis-je ? Il y a des questions sans réponses, mais quant à connaître la provenance d'une tomate que l'on vient d'acheter, si on le souhaite, c'est possible. J'ai déchiré le morceau de carton où il y avait l'adresse des tomates, et je me suis rendu à Rungis, tel un étranger avec un petit bout de papier qu'il ne sait pas lire. J'ai montré mon bout de carton à un chauffeur de camion, nous ne nous comprenions pas à cause de la langue, alors il a eu l'idée d'appeler son patron en Espagne, qui lui, parlait français. Affaire conclu, c'était parti pour Almeria. On m'a donc permis de satisfaire ma curiosité. Je n'avais pas beaucoup d'espoir sur la qualité de ces tomates qui ne pourrissent pas, ni sur les raisons qui les faisaient venir de si loin, et je suis passé des invitations aux menaces lorsque j'ai voulu rencontrer les travailleurs. Rejetés des villes par des intimidations, on pourrait ne pas les voir, et pourtant ils sont plus de 20000 à travailler et vivre dans les 35000 hectares de serres qui colonisent un ancien désert, "la mer de plastique". Les Marocains, sans papiers, côtoient une main d'oeuvre venue des pays de l'Est avec des contrats de travail qui ne les épargnent pas de la précarité. Ce travail est né de la volonté de faire réfléchir sur les conséquences de certaines attitudes de consommation, en suivant à rebours le parcours d'une tomate. Il s'agit là de montrer un exemple de délocalisation au sein de l'Europe. Un esclavage moderne érigé en modèle économique.

This work was born from the need to think about the consequences of certain consumerist attitudes, by backtracking along the trail of a tomato. The aim is to show an example of delocalisation in Europe. A modern slavery which some hail as an economic model. I ripped out the piece of carton with the address of the tomato I'd just bought and set off for Rungis. I showed my bit of cardboard to the truck driver. We didn't understand one another because of the language barrier, so he decided to call his boss in Spain who speaks French. It was a done deal, I was off to Almeria. I was thus allowed to satisfy my curiosity. I didn't hold out much hope for the quality of these imperishable tomatoes, nor for the factors that led them to be imported from so far away. The invitations turned quickly into threats when I asked to meet the workers. Bullied out of cities, it was possible to never see any, even though there are more than 20 000 of them who live and work in the 35 000 hectares of hot-houses which have colonised a former desert "the plastic sea". Today they are Moroccans without papers, but already mixed with a work force from Eastern Europe.