Kun Khmer : des femmes dans la boxe cambodgienne
Cambodge, 2024–2025
Le bruit sourd des sacs de frappe cadence l’air d’une salle d’entraînement à ciel ouvert, à quelques dizaines de kilomètres de Phnom Penh. C’est l’échauffement. Vanda, Souannita et Dalin, âgées de 18, 14 et 18 ans, répètent les gestes chaque jour sous le regard du père de Vanda, arbitre de Kun Khmer, la boxe traditionnelle cambodgienne. Il a d’abord entraîné sa fille, puis les enfants du village ont suivi. Ici, le confort n’existe pas : les chambres sont faites de tôle, l’entraînement est gratuit.
Dans quelques jours, Souannita, 14 ans, montera sur le ring devant plusieurs milliers de personnes à l’occasion du Water Festival, le plus grand événement annuel du royaume d’Angkor. Il y a aussi Sophéa, 15 ans, originaire de Siem Reap, figure montante qui combat de plus en plus souvent sur les rings de la capitale. Plus au sud de Phnom Penh, Phan Ny enchaîne les journées harassantes à l’usine textile avant de s’entraîner chaque soir. Victoire ou défaite, il faut toujours se relever et continuer : la famille en dépend.
Comme de nombreuses jeunes femmes issues des classes populaires cambodgiennes, ces boxeuses voient dans le Kun Khmer — héritier du Bokator, art martial ancestral gravé sur les bas-reliefs des temples d’Angkor — une possibilité d’échapper à leur condition et de reprendre la main sur leur avenir. Cette porte entrouverte il y a quelques années par des figures nationales comme Sam Taroth, championne de MMA et combattante au One, la ligue de combats la plus regardée au monde, reste pourtant étroite. À l’écart des projecteurs et sans soutien financier, ces jeunes femmes s’entraînent dans une société patriarcale où la boxe reste un territoire largement masculin.
Sur le ring, leurs corps encaissent les coups. Mais au-delà du sport, chaque combat devient une tentative d’émancipation, une manière de briser le silence et d’entrevoir un avenir possible.
Ici, boxer, c’est résister.
Kun Khmer, womens in Cambodian boxing
Cambodia, 2024–2025
Cambodia, 2024-2025
The thud of punching bags punctuates the air in an open-air training hall a few dozen kilometres from Phnom Penh. This is the warm-up. Vanda, Souannita and Dalin, aged 18, 14 and 18, repeat the moves every day under the watchful eye of Vanda's father, a referee of Kun Khmer, traditional Cambodian boxing. He first trained his daughter, then the village children followed. There are no comforts here: the rooms are made of tin and training is free.
In a few days' time, Souannita, aged 14, will be stepping into the ring in front of several thousand people for the Water Festival, the biggest annual event in the kingdom of Angkor. Then there's 15-year-old Sophéa from Siem Reap, a rising star who is fighting more and more often in the capital's rings. Further south in Phnom Penh, Phan Ny puts in a hard day's work at the textile factory before training every evening. Victory or defeat, you always have to get back up and keep going: the family depends on it.
Like many young women from Cambodia's working classes, these boxers see Kun Khmer - heir to Bokator, the ancestral martial art engraved on the bas-reliefs of the temples of Angkor - as an opportunity to escape their condition and regain control of their future. This door, opened a few years ago by national figures such as Sam Taroth, MMA champion and fighter in One, the most watched fighting league in the world, remains narrow. Away from the spotlight and without financial support, these young women train in a patriarchal society where boxing remains a largely male domain.
In the ring, their bodies take the blows. But beyond the sport, each fight becomes an attempt at emancipation, a way of breaking the silence and glimpsing a possible future.
Here, boxing is resistance.