Françoise et la douceur de vivre
Il y a chez les enfants comme chez les vieilles personnes une forme de grâce étrange : ils ne cherchent pas à être. Ils sont, tout simplement. Pour eux il est trop tôt ou trop tard pour se préoccuper de l'image qu'ils renvoient.
Françoise a 86 ans. Elle a parfois l'esprit qui vacille un peu. Se mélange dans les dates, les visages, les périodes.
Et puis parfois elle sait très bien. Certains souvenirs sont si précis qu'on dirait qu'elle parle d'hier.
Et parfois, elle ne parle plus. Elle se retranche dans sa douceur. Dans un monde qui n'est plus qu'à elle, mais elle où semble bien se sentir.
Elle ne sait plus trop qui je suis, mais peu importe puisque je souris.
Alors elle me rend mon sourire, et mme raconte des bouts d'histoires, ses photos comme des preuves de vie.
Ses gestes la racontent aussi.
Elle en a un qui est si joli : Françoise caresse son oreille droite, sans cesse. La droite seulement. C'est comme un tic. Elle la touche, elle la vérifie.
Pourquoi ? Elle ne sait pas me le dire.
Alors elle rit, et moi aussi.
Parce que rien ne compte que maintenant, que ce présent partagé et humain, que la fragilité d'une vie, d'un regard, ou de ses vieilles mains.
Françoise and the sweetness of life
Children, like elderly people, possess a strange kind of grace: they do not seek to be. They simply are. For them, it is too early or too late to worry about the image they project.
Françoise is 86 years old. Her mind sometimes wanders a little. She mixes up dates, faces, periods.
And then sometimes she knows very well. Some memories are so precise that it's as if she's talking about yesterday.
And sometimes she doesn't talk anymore. She retreats into her gentleness. Into a world that is only hers, but where she seems to feel comfortable.
She doesn't really know who I am anymore, but it doesn't matter because I smile.
So she smiles back at me and tells me bits and pieces of stories, her photos like proof of life.
Her gestures also tell her story.
She has one that is so pretty: Françoise caresses her right ear, constantly. Only the right one. It's like a tic. She touches it, she checks it.
Why? She can't tell me.
So she laughs, and so do I.
Because nothing matters except now, this shared, human moment, the fragility of a life, a glance, or her old hands.