Derrière une coupe rase dans le Haut-Jura, un fonds labellisé « Greenfin »
Dans le Haut-Jura, sur la commune de Septmoncel, France Valley, un fonds d'investissement dont une partie des actifs bénéficie du label « Greenfin », avait racheté en 2017 30,5 hectares de surface boisée. Composée principalement d'épicéas, cette zone a été victime, comme quasiment toutes les autres composées de cette même essence, d'attaques successives du bostryche typographe, un coléoptère appartenant à la famille des scolytes. Ces attaques, accentuées par le réchauffement climatique, se sont accélérées depuis 2018 et ne cessent de causer des dégâts dans les forêts. Pour faire face à cette épiphytie, l'État a décidé de mobiliser des fonds afin de tenter d'y mettre un terme. Une des solutions proposées aux exploitants forestiers et financées par des fonds publics, est le recours à la coupe rase suivis de la plantation d'espèces allochtones.
Sur cette parcelle, c'est ce qu'a décidé de faire France Valley, une entreprise qui se présente sur son site comme un « leader et un expert européen des solutions d’investissement et de patrimoine en Actifs Naturels », et qui attire de nouveaux investisseurs grâce à divers avantages fiscaux. À la suite à deux articles de presse relatant cette coupe rase, notamment celui publié dans La Voix du Jura le 13 juin 2026 qui fut particulièrement relayé, la société, qui gère 5,6 milliards d'euros d'actifs, dont 1/4 sont des actifs « naturels », a rapidement souhaité s'expliquer sur son choix de couper à blanc une grande partie de la parcelle, en publiant sur son site le 20 juin, une « synthèse de travaux forestiers réalisés » dans le « bois du Gyps ».
Chaque année, ce sont environ 61 000 hectares de forêt qui sont rasés selon un récent rapport de l'association Canopée. Si les coupes rases ont beaucoup fait parler d'elles dans le Morvan à la suite de nombreuses mobilisations citoyennes, d'ONG et d'associations, cette pratique commence à arriver dans le Haut-Jura, où, jusque-là, la gestion de la forêt en futaie irrégulière, ou jardinée, était la norme.
Depuis l'apparition de ces premières coupes dans la région, il y a deux ou trois années, le collectif Régénération Forêts Ô Jura entend maintenant dénoncer ces coupes, avertir le public sur les alternatives possibles, et faire entendre localement une autre voix face à la marchandisation croissante et à l'essor de pratiques toujours plus mécanisées.
Très récemment une autre coupe rase dans le Jura avait fait la une. Celle-ci avait été opérée dans une zone où vivaient et se reproduisaient les grands tétras.
Behind a clean cut in the Haut-Jura, a fund with ‘Greenfin’ certification
In the Haut-Jura region, in the municipality of Septmoncel, France Valley, an investment fund whose portfolio is partly certified under the "Greenfin" label, acquired 30.5 hectares (75 acres) of forest in 2017. Composed mainly of Norway spruce, this woodland—like almost all forests dominated by the same species—has been severely affected by repeated outbreaks of the European spruce bark beetle (Ips typographus), a beetle belonging to the bark beetle family (Scolytinae). Exacerbated by climate change, these infestations have intensified since 2018 and continue to cause extensive damage to forests. In response to this forest health crisis, the French government has allocated public funding in an attempt to curb its spread. One of the measures proposed to forest owners, and financed with public money, is clear-cutting followed by the planting of non-native tree species.
On this particular site, France Valley chose to follow this approach. The company describes itself on its website as "a European leader and expert in natural asset investment and wealth management solutions" and attracts new investors through a range of tax incentives. Following two press articles reporting on the clear-cutting operation—most notably the one published by La Voix du Jura on 13 June 2026, which received significant public attention—the company, which manages €5.6 billion in assets, including approximately one quarter in so-called "natural assets," quickly sought to explain its decision to clear-cut a large portion of the site. On 20 June, it published a document on its website entitled "Summary of Forestry Operations" concerning the "Bois du Gyps" forest.
According to a recent report by the environmental organization Canopée, around 61,000 hectares (151,000 acres) of forest are clear-cut every year in France. While clear-cutting has already attracted widespread public attention in the Morvan region following sustained mobilization by local residents, environmental NGOs and associations, the practice is now beginning to spread into the Haut-Jura, where uneven-aged forest management—also known as selection forestry—has traditionally been the norm.
Since the first clear-cuts appeared in the region two or three years ago, the collective Régénération Forêts Ô Jura has been working to denounce these practices, raise public awareness of existing alternatives, and promote a different vision for the future of local forests in the face of their increasing commercialization and the growing industrialization of forestry practices.