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Theo Giacometti

Tant pis pour la cendre

So much the worse for ashes

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Il n'en reste rien. De tout. Plus rien, plus que l'odeur. Celle de la mort, du feu sur la terre, et du béton chaud. 
Partout où mes yeux se posent, ils ne voient que du noir, du gris, du terne et de la cendre que le vent soulève. Jusqu'à la mer, la terre semble morte, interrompue parfois par les traces que l'on devine être celles des hommes qui ont lutté. Comme des îlots de vie, quelques routes, quelques pistes, près des habitations souvent ou des installations électriques, ces tâches de terre encore fauves, sèches, mais pas mortes, où quelques touffes fragiles se dressent face à la mort comme pour rappeler au passant le combat qui a été mené ici. Et pour dire aussi, avant nous étions là. Nous les arbres, les oiseaux, les escargots, dont les coquilles brûlées craquent partout sous mes pieds. Nous, les lézards et les mulots, les fleurs, les plantes et les insectes. Avant bien sûr ça ne sentait pas la mort, mais le thym, la terre qui sèche après la pluie, la résine des pin qui chauffe au soleil et aussi la mer, tout près. Avant nous faisions disparaître vos traces, maintenant elles sont là, au grand jour, vos bouteilles vides et vos carcasses, vos tôles et vos ferrailles. Nous ne pouvons plus les cacher. Et même le feu n'a pas su les faire disparaître. 
Tout le long de la route, ca sent la mort. Mais pourtant, l'été est là, et les parkings se remplissent autour du camping brûlé. Il faut bien baigner nos corps, il faut bien planter nos parasols et faire rire nos enfants. Alors tant pis pour la mort, l'eau est bonne et il y a des places pour se garer. 
 

There's nothing left of it. Everything. Nothing left, more than the smell. The smell of death, fire on the earth, and hot concrete. 
Wherever my eyes set, they see only black, grey, dull and ashes that the wind lifts. As far as the sea, the land seems dead, interrupted at times by the traces that one guesses to be those of the men who struggled. Like islands of life, a few roads, a few tracks, often near dwellings or electrical installations, these still fawn, dry, but not dead patches of earth, or a few fragile tufts, stand in front of death as if to remind the passer-by of the battle that was fought here. And also to say that we were here before. We the trees, the birds, the snails, whose burnt shells cracked everywhere under my feet. We the lizards and field mice, the flowers, plants and insects. Before, of course, it didn't smell like death, but thyme, the earth that dries after the rain, the pine resin that heats up in the sun, and also the nearby sea. Before we made your tracks disappear, now they are there, in broad daylight, your empty bottles and your carcasses, your metal sheets and scrap metal. We can no longer hide them. And even fire hasn't been able to make them disappear. 
All along the road, it smells like death. But still, summer is here, and the car parks are filling up around the burnt campsite. We have to bathe our bodies, we have to plant our parasols and make our children laugh. So much the worse for death, the water is good and there are places to park.