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Maïté Baldi

Mbaye, un pied de chaque côté de la Méditerranée

Mbaye, one foot on each side of the Mediterranean

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J'ai rencontré Mbaye un soir de février 2018 à l'Afterwork, un bar à salsa dans le centre de Marseille. Sur fond de musique latines, on est vite devenus amis et je découvrais que les samedi soirs étaient un des rares moments de divertissement dont il profitait. Sénégalais originaire de Dakar, Mbaye 28 ans, travaille depuis presque 3 ans comme pêcheur sur un chalutier au large de Marseille. Comme lui, nombreux sont les hommes qui viennent travailler dans la pêche en France. Au Sénégal, il n'y a plus de poisson et pas de travail. Dans la petite ville de Port de Bouc à une heure de train de la Marseille, il occupe une chambre de 18m2 au quatrième étage d'un immeuble bas et partage cuisine et sanitaires avec des hommes qu'il ne connaît pas.
Du lundi au vendredi, le réveil sonne à 2 heures du matin. A deux heures et demi, la rue au bas de l'immeuble le mène directement au port, la même rue qui le ramènera à sa chambre vers 18h. A 3 heures, Mbaye enjambe le pont du  Paphido 2 qui largue les amarres dans la foulée. En attendant d'arriver au lieu où le premier filet sera jeté, on boit le café. Dans la cuisine éclairée au néon, Seydou grille une cigarette en silence. Seydou c'est son père et en semaine il dort sur le bateau. A 53 ans, il a pêché toute sa vie. D?abord au Sénégal, puis sur des chaluts industriels autour du monde et depuis 17 ans en Europe.
En 35 ans de pêche, il n'a pas souvent été chez lui. Quand Mbaye a eu 16 ans, Seydou le fait venir en Espagne pour travailler. Ils ne se connaissaient pas vraiment. Mbaye aurait préféré rester à Dakar et continuer ses études. En attendant sa majorité il s'ennuie et travaille ensuite dans les exploitations agricoles d'Andalousie et au nord du pays. Quelques années après il rejoint son père en France et ils travaillent ensemble depuis.
Le rythme est difficile, il n'y a le temps pour rien d'autre. Il devrait prendre des congés pour passer le permis ou aller chez le docteur. Le salaire aléatoire oscille entre 6 et 20€ de l?heure et dépend de la pêche elle même soumise au prix du marché. Il y a des bonnes et des moins bonnes semaines. De son salaire, Mbaye en donne une partie à son père, une autre à la famille au pays et garde le reste pour lui.
Au Sénégal, il a une femme et un petit garçon de 1 an et demi qu'il ne voit que quelques jours par an, comme son père avant lui. Mbaye n'a pas choisi cette vie mais a fini par l'apprécier. Il prévoit de pêcher encore quelques années pour atteindre ses objectifs économiques : construire sa maison au Sénégal et ouvrir des magasins. Il reprendra ensuite une vie normale.

Sa vie est ici et là-bas aussi, il a un pied de chaque côté de la Méditerranée.

[Ongoing project]
I met Mbaye one evening in February 2018 at the Afterwork, a salsa bar in the centre of Marseille. With Latin music as a background, we quickly became friends and I discovered that Saturday nights were one of the few moments of entertainment he enjoyed. Senegalese from Dakar, Mbaye has been working for almost 3 years as a fisherman on a trawler off Marseille. 
Like him, many men come to France to earn a living. In Senegal, there are no more fish and no work. 
In the small town of Port de Bouc, an hour's train ride from Marseille, he occupies an 18m2 room on the fourth floor of a low-rise building and shares a kitchen and bathroom with men he doesn't know. From Monday to Friday, the alarm clock rings at 2 a.m. At 2:30 am, the street at the bottom of the building leads him directly to the port, the same street that will take him back to his room around 6 pm. At 3 o'clock, he stepped over Paphido 2, which cast off in the wake. 
While waiting to arrive at the place where the first net will be thrown, we drink coffee. In the neon-lit kitchen, Seydou smokes a cigarette in silence. Seydou is his father and during the week he sleeps on the boat. At 53, he fished all his life. First in Senegal, then on industrial trawls around the world for missions lasting several months and for 17 years in Europe. In 35 years of fishing, he hasn't been home often. 
When Mbaye turned 16, Seydou brought him to Spain to work. They didn't really know each other. Mbaye would have preferred to stay in Dakar and continue his studies. While waiting for his majority he is bored and then works on farms in Andalusia and in the north of the country. A few years later he joined his father in France and has been working together ever since.
The pace is difficult, there is no time for anything else. The salary, random, depends on the fishing itself subject to the market price and varies between 6 and 20€ per hour. There are good and bad weeks. Mbaye did not choose this life but ended up enjoying it. He has a wife and a 1.5-year-old boy whom he sees only a few days a year, like his father before him. Mbaye plans to fish for a few more years to achieve his economic objectives: build his house in Senegal and open shops. After that, he will return to a normal life.