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Fred Marie

Dans la tête d'un homme volant

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Philippe Jean était un homme volant. Un "wingsuiteur" qui pratiquait le BASE jump, une discipline sportive qui consiste à se jeter dans le vide, depuis un objet fixe, seulement protégé par un parachute. Ultra médiatisés avec l'explosion de YouTube et des médias sociaux, ces athlètes hors- normes souffrent d'une image de trompe-la- mort et de têtes brûlées.
Phil n'était ni l'un ni l'autre. Mais c'est en passant du temps avec lui, sur ses chères falaises et dans son univers de soldat- instructeur à l'école militaire de haute montagne, que l'on comprend ce qu'il y a dans la tête d'un homme volant.
"J'aime bien ce moment où je suis seul avec moi-même, où je me concentre. Il y a des gens qui regarde, je pourrais faire la Rockstar, mais je m'en fout. Si j'étais tout seul ce serait encore meilleur. Il n'y a rien de tel que de monter seul à un exit, marcher des heures, et puis arriver, mettre ta wingsuit, regarder autour de toi, voir que tu es tranquille, que tu es libre. Tu « pousses » et puis tu voles. Tu es un anonyme, tu vois tout le monde, tu vois les voitures qui circulent. Les gens ne s'imagine pas qu'il y a un petit bonhomme qui est en train de voler au-dessus d'eux. C'est un moment qui est unique, qui t'appartient, qui est à toi. »
Phil s'est malheureusement accidentellement tué lors d'un saut depuis le Brévent, le 26 décembre dernier.
Il n'en était pas à son premier saut de wingsuit. Après avoir effectué plus de 400 sauts d'avion entre 1998 et 2011, il se lance seul dans l'univers du BASE jump et enchaîne toutes les étapes jusqu'à la wingsuit, la fameuse combinaison d'homme volant. Mais en octobre 2014, c'est l'accident et le militaire passe un long séjour à l'hôpital après avoir heurté une falaise après avoir ouvert son parachute.
Toujours en vie, ce dramatique épisode restera à jamais marqué sur son bras et dans sa tête : « Après mon accident c'était très dur parce que j'avais peur. Mais à un moment donné l'envie de le refaire est plus fort que la peur. Donc ce sentiment de peur tu le dépasse et après tu te ré-exerce, tu vas sur des sauts un peu plus « safe ». Et puis t'es bien. Quand tu deviens à l'aise, c'est bien d'avoir des traces comme ça, des souvenirs de choses qui se sont mal passées mais qui, dans le fond, t'ont apporté parce que du coup tu te dit, « faut pas oublier ». »
« Parfois tu as l'impression que les gens qui viennent te regarder sont au cirque de l'extrême. Mais ce n'est pas ça du tout ! Ils oublient que certains d'entre eux adorent faire de la maquette, d'autres adorent aller à la messe avec leur femme. C'est chouette. Ben nous notre mode de vie, c'est ce besoin d'aller au bord d'une falaise.
On « pousse » ; on ne se jette pas, on accepte la chute, on déploie nos ailes, elles se gonflent avec l'air dans les écopes, et puis on vole, on pilote, on voyage. Un voyage qui dure une minute, parfois plus. Après c'est dur d'expliquer aux gens ce que tu ressens, c'est pour ça que tu les invite à venir. »
Adjudant, Phil était soldat avant tout. Avant d'entrer au bureau montagne du 7ème régiment du matériel dans les Alpes puis instructeur à l'EMHM (école militaire de haute montagne) de Chamonix, il passe par Toulouse et le 14ème RPCS (régiment parachutiste commando de soutien) aujourd'hui dissout. Un métier qui lui permettait de s'adonner à fond à sa passion : la montagne. Sur ski, à vélo, ou en wingsuit, Phil vivait sa vie à 100 à l'heure, mais restait un homme incroyablement raisonné et rigoureux.