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Tien Tran

Les Enfants de l'Atome

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1945. Les Etats-Unis pétrifient le monde en rasant de la carte les deux villes japonaises d'Hiroshima et Nagasaki. La course à l'armement est lancée.

1948. Début de la guerre froide. Au sud du Kirghizistan, dans la vallée de Ferghana, prisonniers de guerre allemands, Ukrainiens, Tatars, Russes et Kirghizes sont envoyés pour y extraire l'uranium dont l'URSS a besoin pour développer son programme atomique. Mailuu-Suu naît de nulle part. Considérée comme stratégique, son accés est interdit et ses habitants contrôlés. « Boîte postale 200 » (PO Box 200) est le nom de code donné par Moscou pour la dissimuler à l'Ouest. 

1968. L'URSS cesse ses opérations minières à Mailuu-Suu. Dix millions de tonnes d'uranium auront été extraites. 

Aujourd'hui, les collines et crêtes qui entourent la ville stockent les deux millions de mètres cubes de résidus miniers radioactifs issus de l'extraction d'uranium.

De nombreuses études conduitent depuis les années 2000 ont révélés la présence de métaux lourds et de radionucléides dans l'eau de la ville et de la rivière, dans les maisons et batîments, dans des proportions parfois trente fois supérieures à la limite définie par l'Union européenne. Plus grave, dans une région exposée à un important risque sismique, nombre de ces sites de stockages radioactifs menacent de s'écouler dans la rivière qui fournit en eau plusieurs millions de personnes au Kirghizistan et en Asie centrale. 

De nombreux incidents ont déjà eu lieu. En 2002, une coulée de boue avait bloqué le cours de la rivière et menacé d'inonder un important site de stockage de résidus radioactifs. En 2006, l'ONG Blacksmith Institute basé à New York avait classé Mailuu-Suu comme la quatrième ville la plus pollué du monde. 

Pendant ce temps, la vie continue avec, en arrière-plan, la menace qui plane. La radioactivité, invisible, attise les peurs, réelles ou fantasmées. 
« Bien sûr que je connais les dangers », raconte un habitant. « Mais c'est dur de quitter l'endroit où l'on est né ».

1945. The United States petrify the world by wiping off the map two Japanese cities, Hiroshima and Nagasaki. The arms race is launched.

1948. Beginning of the Cold War. In Kyrgyzstan, a mountainous small country in the middle of Central Asia, the Soviet Union begins to extract uranium in order to develop its armaments program and becomes a nuclear power itself. German prisoners of war, Ukrainian, Tatar and Russian along with Kirgiz people are sent in the Ferghana valley, south Kirgizstan, to begin the uranium extraction process. Mailuu-Suu is born from nowhere. Due to its activity considered strategic, access to the city is prohibited and its inhabitants controlled. « PO Box 200 » is the code name given by the Soviet Union to the town to conceal it to the west.

1968. Moscow ceases uranium mining at Mailuu-Suu. During its twenty years of operation, ten million tons of uranium have been extracted. 

Today, the hills and ridges that surround Mailuu-Suu hold 23 radioactive tailing dumps with a total volume of nearly 2 million cubic metres of uranium mining waste. 

Several studies led in the 2000's found heavy metals and radionuclides in the town of Mailuu-Suu's tap water, in houses, buildings or even in water stations, sometimes 30 times higher than the threshold defined by the european union. Unfortunately, the region is prone to seismic activity and a number of these radioactive dumps stand perilously close to the Mailuu-Suu River that supplies drinking and irrigation water to the town of 23,000 people and potentially millions through other towns downstream.

Already, there were several incidents of tailings slipping into the river over the last decades : in 2002, a huge mudslide blocked the course of the river and threatened to submerge a major waste site. In 2006, the environmental non-profit Blacksmith Institute ranked Mailuu-Suu as the 4th most polluted place in the world. 

In the meantime, people carry on with their lives with, in the background, present and future dangers. « Of course I'm afraid, I know the danger », said an inhabitant of the city. « But it's hard to leave the place where you were born ».