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Théo Saffroy

KOK BORU : Steppes by steppes

KOK BORU : Steppes by steppes

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Sport traditionnel kirghize qui rĂ©compense la force et le courage des hommes, le kok boru transcende Ă©galement les simples enjeux sportifs pour s'Ă©tablir comme un modèle de solidaritĂ© dans les villages : des valeurs de respect et de solidaritĂ© que Ruslan, capitaine lĂ©gendaire de l'Ă©quipe de Naryn, compte bien transmettre Ă  son fils Daniel.

En 1991, le satellite kirghize a quittĂ© l'orbite soviĂ©tique. Depuis, il n'apparait que très rarement dans les radars des mĂ©dias occidentaux. Pourtant, en renouant avec ses traditions nomades depuis son indĂ©pendance, le pays partage ses trĂ©sors sans avarice. Parmi eux, le kok boru.

AncĂŞtre du Horse-Ball, ce sport traditionnel kirghize dĂ©chaine les passions. Le kok boru est un jeu dans lequel deux Ă©quipes de cavaliers tentent de dĂ©poser une carcasse de chèvre dans le but adverse, le kazan.
Symbole de l'hĂ©ritage nomade en Asie Centrale, il est poussĂ© sur le devant de la scène lors des premiers World Nomad Games en 2014 avant d'ĂŞtre inscrit, en 2017, sur la Liste reprĂ©sentative du patrimoine culturel immatĂ©riel de l'humanitĂ©. Ă‰tendard culturel spectaculaire d'une nation en quĂŞte de reconnaissance, le Kok Boru est Ă  l'image du Kirghizistan : fascinant mais qui peine Ă  se dĂ©velopper.

« Kok Boru » signifie « Loup Gris ». Du temps des nomades, les loups venaient attaquer le bĂ©tail et causer de grandes pertes dans les Ă©levages. CapturĂ© pour rassurer le campement, le loup Ă©tait ligotĂ© plusieurs mois pour ĂŞtre finalement relâchĂ©, affamĂ©. Les nomades lui donnaient alors une chance de s'enfuir. Chevauchant les montures les plus vives, les cavaliers les plus courageux, les djigites, s'Ă©lançaient alors Ă  sa poursuite pour l'attraper Ă  mains nues et se l'envoyer avant de l'achever. Un jeu musclĂ© Ă  hauts risques qui a Ă©voluĂ© avec le temps : la chèvre remplace alors le loup.


C'est dans les steppes immenses de la rĂ©gion de Naryn, bordĂ©es par les montagnes du Tian Shan, que Ruslan s'entraĂ®ne chaque semaine au Kok Boru. A Ak-talaa, le village d'enfance qu'il n'a jamais quittĂ©, Ruslan est une vĂ©ritable lĂ©gende : « je joue depuis tout petit car j'ai toujours vĂ©cu avec les chevaux. Mon père Ă©tait berger, il jouait aussi au village. ». RepĂ©rĂ© par ses pairs, il a intègrĂ© l'Ă©quipe rĂ©gionale dès 1998, annĂ©e de crĂ©ation de la fĂ©dĂ©ration kirghize de kok boru. Mais sa rĂ©putation s'est construite bien au-delĂ  du sport et montre bien que le succès ne se prĂ©sente pas seulement sous la forme d'un trophĂ©e.

Pour le comprendre, il suffit de se balader dans le village et d'y apercevoir quelques maisons en construction. La communautĂ© prend en effet le relai des institutions dĂ©faillantes pour garantir un toit Ă  tous les villageois. Face Ă  la prĂ©caritĂ© du monde rural ce sont justement les gains sportifs qui alimentent le budget du village. En tĂ©moigne les deux voitures gagnĂ©es lors de leurs dernières victoires de l'Ă©quipe. AussitĂ´t revendues, elles financeront la construction d'une maison ou d'un trajet pour une famille.

Une lourde responsabilitĂ© pour Ruslan qui mĂŞle passion et obligation : « C'est comme une maladie, mĂŞme si tu ne gagnes pas tu ne peux pas arrĂŞter. Les villageois me demandent d'y aller car je suis le meilleur. Donc je le fais pour eux. Je suis responsable de reprĂ©senter mon Ă©quipe et d'aider mon village ».

Dans ce sport qui encourage l'esprit d'Ă©quipe, les joueurs dĂ©fendent l'honneur de leur communautĂ©. D'autre part « Joueurs et supporters sont de diffĂ©rentes nationalitĂ©s, croyances religieuses, situations sociales et tranches d'âge. Le kok-boru joue donc un rĂ´le important pour la cohĂ©sion sociale dans le Kirghizistan contemporain.» rappelle l'UNESCO. 

Le prestige social qui entoure Ruslan ne semble pas simplement figĂ© dans des coupes imposantes ou des mĂ©dailles scintillantes. Lui et son Ă©quipe oeuvrent au dĂ©veloppement matĂ©riel et humain du village pour amĂ©liorer la vie au quotidien.
De cette manière, il ne reproduit pas seulement la grande idĂ©e soviĂ©tique, rĂ©sidant dans le partage des richesses et l'accomplissement collectif, il propulse les valeurs d'entraide de son sport Ă  l'Ă©tablissement d'une Ă©conomie solidaire.

A traditional Kyrgyz sport that rewards the strength and courage of men, kok boru also transcends simple sporting issues to establish itself as a model of solidarity in the villages: values of respect and solidarity that Ruslan, the legendary captain of the Naryn team, intends to pass on to his son Daniel.

In 1991, the Kyrgyz satellite left Soviet orbit. Since then, it has appeared only very rarely on the radar of the Western media. However, by renewing its nomadic traditions since its independence, the country shares its treasures without avarice. Among them, the kok boru.

Ancestor of Horse-Ball, this traditional Kyrgyz sport unleashes passions. The kok boru is a game in which two teams of horsemen try to deposit a carcass of goat in the opposite goal, the kazan
A symbol of nomadic heritage in Central Asia, it is being pushed to the forefront at the first World Nomad Games in 2014 before being inscribed on the Representative List of the Intangible Cultural Heritage of Humanity in 2017. A spectacular cultural landmark of a nation seeking recognition, Kok Boru is like Kyrgyzstan: fascinating but struggling to develop.

«Kok Boru» means «Grey Wolf». In nomadic times, wolves came to attack livestock and cause great losses in the herds. Captured to reassure the camp, the wolf was tied up for several months and finally released, starving. The nomads then gave him a chance to escape. Riding on the sharpest mounts, the most courageous riders, the djigites, would then set out in pursuit to catch it with their bare hands and send it to themselves before finishing it off. A high-risk, muscular game that has evolved over time: the goat replaces the wolf.