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Theo Giacometti

Marseille Fissures

Marseille cracks

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Trois jours après l'effondrement de trois immeubles rue d'Aubagne à Marseille, causant la mort de près d'une dizaine de personnes, la ville semble au bord de l'effondrement. Alors que de nouveaux immeubles ont été mis en situation de péril imminents, évacués et sécurisés, les habitants de la ville s'inquiètent : « Chez moi il y a une fissure qui part de la porte, jusqu'au toit, tout le long de l'immeuble. Venez, je vous montre ! »
Et la pluie, incessante, ruisselle encore sur les façades délabrées, imbibe les planchers miteux et les toitures éventrées. Face au silence des pouvoirs publics, les habitants de Noailles, particulièrement de la rue d'Aubagne s'affolent, et s'insurgent : « La journée, je n'ai pas le droit d'être chez moi, parce que c'est dangereux, explique une voisine. Mais le soir, ils me renvoient dormir là-bas. Et j'ai peur ! » Tous témoignent et se racontent ce qu'ils savent déjà : c'est toute une rue, un quartier qui s'effrite : les planchers troués, les câbles qui pendent et les rats qui courent.
Alors ils se retrouvent, se rassemblent pour pleurer les uns contre les autres et organiser la suite : faire leur deuil, se rassembler en collectif pour lutter et trouver des responsables bien connus : le clientélisme, le système Gaudin, la volonté farouche de chasser les classes populaires, les ratonnades, la misère, la violence, la spéculation et les marchands de sommeil.

Alors que les murs de béton sont érigés sur la place Jean-Jaurès, symbole d'une nouvelle cassure entre la municipalité et les habitants, les quartiers populaires craignent de tomber en ruine. Chacun son mur.

Un architecte me dit : ce n'est que la pluie. Au moindre tremblement de terre, le quartier ne sera plus qu'un tas de poussière.
À quelques centaines de mètres du Vieux Port, de ses bars et de ses touristes, les gens vivent ici comme dans des bidonvilles, parfois sans chauffage, sans électricité, entre les rats, les cafards et les scorpions.
À Marseille, les planchers s'effondrent et la colère monte.
 

Three days after the collapse of three buildings on rue d'Aubagne in Marseille, causing the death of nearly ten people, the city seems to be on the verge of collapse. As new buildings have been put in imminent danger, evacuated and secured, city residents are worried: "In my house there is a crack from the door to the roof all along the building. Come on, I'll show you! » 
And the incessant rain still drips on the dilapidated facades, soaks the shabby floors and gutted roofs. Faced with the silence of the public authorities, the inhabitants of Noailles, particularly on Rue d'Aubagne, panicked and rose up: "During the day, I have no right to be at home, because it is dangerous, explains a neighbour. But at night, they send me back to sleep there. And I'm scared! "Everyone testifies and tells each other what they already know: it's a whole street, a neighbourhood that's crumbling: holes in the floors, cables hanging and rats running. 
Then they meet, gather to cry against each other and organize the rest: to mourn, to gather in groups to fight and find well-known leaders: clientelism, the Gaudin system, the fierce will to drive out the working classes, rattles, misery, violence, speculation and sleep merchants.

While the concrete walls were erected on Place Jean-Jaurès, symbol of a new break between the municipality and the inhabitants, the working class districts feared falling into ruins. To each his own wall. 

An architect told me: it's only the rain. At the slightest earthquake, the neighborhood will be a pile of dust. 
A few hundred metres from the Old Port, its bars and tourists, people live here as if in slums, sometimes without heating, without electricity, between rats, cockroaches and scorpions. 
In Marseille, the floors collapse and anger rises.