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Thomas Delsol

Confinement dans un village

Lockdown in a French small village

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Ça n'a pas l'air d'avoir changé grand chose.
Bien sûr, on a gagné quelques habitants : les maisons secondaires se sont remplies en quelques heures et les cheminées longtemps restées froides ont recommencé à cracher de la fumée.
Les parkings sont envahis de voitures : quand le travail est loin, dans la ville, on n'y part plus le matin. Avant, les gens n'étaient pas là dans la journée. Aujourd'hui, ils sont enfermés chez eux. De l'extérieur, ça ne change pas beaucoup.
L'école a dû fermer. La cour de récréation, enfermée entre quelques murs de pierre, ne résonne plus des cris des enfants aux heures de pause.
Le Bistrot a fermé, aussi et sa terrasse reste vide : il est l'un des derniers commerces du village et le centre de la vie sociale. On se croise sur la place, en allant chercher du pain au fournil deux fois par semaine, de loin, sans s'approcher et sans plus s'embrasser. Le voisin, ce si proche, serait devenu un danger potentiel. On y croit pas vraiment. Pas ici. Pas chez nous. Les autorités veillent, le maire rappelle les consignes. S'éloigner les uns des autres en faisant la queue au bistrot, au minuscule marché qui est maintenu. On échange les nouvelles à deux bons mètres de distance . Les masques sont apparus. Sur le visage des infirmières venues visiter les plus vieux, d'abord. Puis sur d'autres visages, même s'ils sont nombreux à faire de la résistance.
Il a fallu interdire l'accès à tous les endroits qui pouvaient accueillir un rassemblement ou les lieux de passage public. Le stade, pour les gamins. La bibliothèque ou la mairie. Le boulodrome reste désert, interdit lui aussi, alors qu'habituellement, le début du printemps marque l'ouverture de la saison des tournois pétanque/bière/jaune qui devrait durer jusqu'au début de la chasse. Le camion à pizza ne vient plus.
Dans ce silence, la faim des contacts humains se fait plus présente et on se prend à parler avec ceux avec qui on échangeait juste un bonjour il n'y a pas si longtemps. On a le temps : les journées s'étirent, après des jours à bricoler et à entretenir les jardins, l'ennui commence à pointer le bout de son nez. Alors on discute, au dessus des grillages qui séparent les potagers, d'une restanque à une autre : les infos, le traitement de Marseille, les décisions de ceux qui gouvernent, l'incertitude des temps à venir. Et les frissons à l'idée que ce coma social pourrait durer encore longtemps.

Doesn't seem to have changed much.
Of course, we gained a few inhabitants: the second homes filled up in a few hours and the chimneys, which had been cold for a long time, started to spit smoke again.
The car parks are full of cars: when work is far away, in the city, we don't go there in the morning anymore. Before, people were not there during the day. Today, they are locked in their homes. From the outside, it doesn't change much.
The school had to close. The playground, enclosed within a few stone walls, no longer resounds with the cries of the children at break time.
The Bistrot has closed, too, and its terrace remains empty: it is one of the last shops in the village and the centre of social life. We meet on the square, going to get bread from the bakery twice a week, from a distance, without coming closer and without kissing each other anymore. The neighbour, so close, would have become a potential danger. We don't really believe it. Not here. Not at home. The authorities are watching, the mayor's recalling the orders. Move away from each other by standing in line at the bistro, at the tiny market that is maintained. We exchange news within a couple of yards of each other. The masks have appeared. On the faces of the nurses who had come to visit the older ones first. Then on other faces, even if many of them resist.
It was necessary to prohibit access to all places that could accommodate a gathering or places of public passage. The stadium, for the kids. The library or the town hall. The boulodrome remains deserted, forbidden too, whereas usually, the beginning of spring marks the opening of the pétanque / beer / "yellow" tournament season which should last until the beginning of the hunt. The pizza truck doesn't come anymore.
In this silence, the hunger for human contact becomes more present and we start talking with those with whom we were just exchanging a hello not so long ago. We have time: the days stretch out, after days of tinkering and tending the gardens, boredom begins to show. Then we discuss, above the fences that separate the vegetable gardens, from one restanque to another: the news, the treatment of Marseille, the decisions of those who govern, the uncertainty of the times to come. And the shivers at the idea that this social coma could last for a long time to come.