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Stephan Zaubitzer

Californie - Arrêt sur image

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" Le spectacle commence sur le trottoir... "
- S. Charles Lee, Architecte de cinémas

La Californie évoque des images de plages, de palmiers, de vignes, villes inondées de soleil, Hollywood : un large éventail de l'iconographie qui, en vérité, ne représente qu'une fraction de l'État. Comme le démontre le plus récent travail de Stephan Zaubitzer, la Californie est urbaine, suburbaine, et rurale ; béton et forêt ; bondé et vide ; océan et désert, riches , classes moyennes, et pauvres ; et, dans la plupart des cas, remplie de gens ordinaires vaquant à des emplois ordinaires. Alors que Hollywood et Madison Avenue ont commercialisé une image délibérément entretenue, manucurée de l'état, la Californie est un endroit bien réel, empli de toute la lumière et de la dégradation urbaine -brûlure des États-Unis du début du 21e siècle.

Les salles de cinéma ont souvent reflété l'humeur du pays, de ses transformations esthétiques et des penchants historiques, et le cycle de vie des villes et des villages où elles résident. Stephan Zaubitzer a capturé l'essence de ces cinémas californiens et les a placés au coeur de leur contexte temporel et physique.

Alors que l'état a d'innombrables multiplexes qui ne sont que des répliques d'autres multiplexes américains, les cinémas classiques photographiés ici représentent la diversité  de la Californie : palais de films chinois, maya et art déco jusqu'à un hangar de l'armée reconverti en salle obscure ou d'un dôme géodésique. Le climat californien souvent sans pareil, joue aussi un rôle, des drive-ins dans tout l'état jusqu'aux guichets extérieurs des cinémas du centre-ville. Beaucoup de ces lieux conservent encore leur nom originel comme pour Paramount, Fox, et les succursales d'United Artists, malgré le décret de 1948 du Ministère de la Justice statuant de leur rupture avec les studios américains de films et leur exploitation nationale.

Chaque photographie de la collection a sa propre expérience, singulière, certaines sont à couper le souffle, d'autres déchirantes. Dans son ensemble, cependant, la série California de Stephan Zaubitzer est également un constat - une archive du quotidien et de ses contingences. Marquise ou fronton d'un jour, lumière d'un instant, un passant sur un fond vide, le cinéma et la vue large d'une rue sans voitures, le drive-in avant le rush, le Rio niché dans les bois, et le cinérama Dome encadré par ses arches de lumières.

Stephan Zaubitzer capture aussi le sentiment nostalgique de ces cinémas, comme en témoigne le signe du Van Buren, réminiscence d'une époque et de sa région de plantation d'oranges, les mayas, les chinois et l'intérêt du début du 20ème siècle pour l' "exotisme", et la lueur des néons de ces cinémas historiques.

Mais il a aussi documenté soigneusement les environs de ces sites, l'infrastructure vieillissante de l'Amérique et de la Californie, et les éléments moins romantiques de la vie urbaine et rurale. Lignes électriques, caméras de sécurité, portes, bars, graffitis, et parkings sont quelques-uns des éléments qui encadrent, s'interposent, et contrastent avec ces bâtiments. Dans les images du Cinéma Tower à San Francisco et de l'un des nombreux cinémas en difficulté à Hollywood, Stephan Zaubitzer esquisse un contraste : ces paysages oniriques ont été touchés par le développement urbain et de l'abandon.

Pour les historiens, Stephan capture également les cinémas californiens non seulement tels qu'ils sont, mais déjà tels qu'ils étaient. Il a été l'un des derniers à photographier le cinéma Grauman Chinese (maintenant le TCL Chinese Theatre) avant son ample rénovation IMAX. Distant d'un court trajet en voiture, dans le centre de Los Angeles, le bâtiment d' United Artists est photographié en cours de rénovation par l'Ace Hôtel.

Ouverts ou fermés, ces cinémas ont besoin d'une audience. Ainsi, la photographie de Stephan est une subtile complainte - le besoin de fréquenter de préserver ces lieux et de maintenir leur vitalité. Ils sont ancrés dans le centre-ville ou dans les campagnes, et sont comme le reflet du rôle central des salles de cinéma et des drive-ins, ces ciné-parcs, dans la vie américaine, d'autrefois mais encore de nos jours.

Stephan et moi, nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises au cours de son périple photographique californien au printemps 2013, à Los Angeles, où il a commencé son travail ; à Santa Barbara, lors de son chemin vers la côte. Nous avons souvent parlé de cette vaste terre qu'est la Californie, la prospérité de son littoral et les défis pour des villes intérieures comme Fresno. En dehors du cinéma Grauman Chinese - toujours une attraction touristique, les autres cinémas  de l'état sont bien souvent moins appréciés en tant que monuments historiques. La photographie de Stephan, cependant, plaide en faveur de leur importance : elle est comme un moyen de lire chaque cinéma au travers des conditions, de l'environnement et de leur relation à la terre, au climat, à l'économie et le contexte du paysage urbain.

En 1980, Ave Pildas publiait un recueil de photos de salle de cinéma - plusieurs de Californie - intitulé Movie Palaces -Palais du film. A revoir le travail de Pildas trois décennies plus tard, il est étonnant de constater combien de ces cinémas ont disparu, combien ont changé, et comme peu présentent encore des films. la photographie de Stephan Zaubitzer, dans le meilleur sens du terme, est à la fois art et historiographie. Comme le cinéma, elle encadre un temps et un lieu, dont la fin n'est pas encore écrite.

Ross Melnick, Septembre 2013

Ross Melnick est Professeur Assistant "Etudes Film et Media" à l' Université de Californie, Santa Barbara. 
Il est l'auteur d' American Showman : Samuel Roxy Rothafel and the Birth of the Entertainment Industry, 1908-1935 (Columbia University Press, 2012) - Comédie américaine: Rothafel Samuel «Roxy» et la naissance de l'industrie du divertissement, 1908-1935 (Columbia Presses Universitaires, 2012), et co-auteur de Cinema Treasures (MBI, 2004), -Trésors de Cinéma.

"The show starts on the sidewalk"
S. Charles Lee, Cinema Architect

California conjures images of beaches, palm trees, vineyards, sun-soaked cities, Hollywood, and a wide range of iconography that, in truth, represents only a fraction of the state. As Stephan Zaubitzer?s newest work demonstrates, California is urban, suburban, and rural; concrete and forest; crowded and empty; ocean and desert; rich, middle class, and poor; and, in most cases, filled with everyday people going to everyday jobs (and cinemas). While Hollywood and Madison Avenue may have marketed a purposefully manicured image of the state, California is a very real place, replete with all of the light and blight of the United States in the early 21st century. 

Movie theaters have often reflected the mood of the country, its aesthetic transformations and current proclivities, and the life cycle of the cities and towns where they reside. Zaubitzer has captured the essence of these California cinemas and placed them within their temporal and physical contexts. 

While the state has innumerable megaplexes that closely resemble their corporate cousins in other regions, the classic cinemas photographed here represent California?s diversity?from Chinese, Mayan, and Art Deco movie palaces to a postwar Quonset hut theater and a geodesic dome. California?s often-incomparable weather also plays a role from the drive-ins throughout the state to the exterior ticket boxes in some of its grandest neighborhood and downtown cinemas. Many of these venues still maintain their original names, articulating their relationship to the past as integral parts of the Paramount, Fox, and United Artists exhibition chains before the Justice Department?s 1948 Consent Decree divorced the American film studios from their national exhibition operations.

Each photograph in the collection is its own singular experience, some breathtaking, others heartbreaking. As a whole, though, Zaubitzer?s California series is also indexical?an archive of the quotidian and the contingent. The marquee for a day; the light for a moment; a passerby against an empty background; the movie theater and streetscape without cars; the drive-in before the rush; the Rio nestled in the woods; and the Cinerama Dome framed by its Arclight Cinemas appendage.

Zaubitzer also captures the sense of nostalgia at these cinemas, as evidenced by the Van Buren?s sign, harkening back to the state?s orange grove days, the Mayan and Chinese and the early 20th century interest in the ?exotic,? and the neon glow of these historic cinemas.

But he has also carefully documented the contextual surroundings of these venues, America and California?s aging infrastructure, and the less romantic elements of urban and rural life. Power lines, security cameras, gates, bars, graffiti, and parking lots are just some of the contextual elements that frame, intervene, and contrast with these buildings. In Zaubitzer?s images of the Tower Theatre in San Francisco and one of several troubled cinemas in Hollywood, he draws a contrast: that these dreamscapes have been impacted by urban development and abandonment.

For historians, Zaubitzer also captures Californian cinemas not only as they are, but already as they were. He was one of the last to shoot Grauman?s Chinese (now the TCL Chinese Theatre) before its extensive renovation for IMAX and its reopening. A short drive away, in downtown Los Angeles, the United Artists building is photographed under renovation by Ace Hotel. 

Open or closed, these cinemas need an audience. In that way, Zaubitzer?s photography has a subtle lament?the need to patronize and preserve these venues and maintain their vitality. They are anchored into the downtown and stitched into the countryside, reflective of the centrality movie houses and drive-ins once had?and often still do?in American life. 

Stephan and I met several times during his photographic tour of California in spring 2013, in Los Angeles, where he began his work, and in Santa Barbara, while he was making his way up the coast. We talked often about California?s vast terrain, its coastal prosperity and the challenges for cities like Fresno further inland. Outside of Grauman?s Chinese?always a tourist attraction?the rest of the state?s cinemas are often one of its least appreciated historical landmarks. Zaubitzer?s photography, though, argues for their importance, as a way to read each location through the condition of these cinemas and their aesthetic relationship to the land, the weather, the economy, and the contextual streetscape.

In 1980, Ave Pildas published a collection of movie house photographs?many from California?titled Movie Palaces. Reviewing Pildas? work three decades later, it is stunning to see how many of those cinemas have vanished, how much the remaining have changed, and how few still exhibit film. Zaubitzer?s photography, in the best sense, is both art and historiography. Like cinema, it frames a time and place, one whose ending is not yet written.

Ross Melnick, September 2013

Ross Melnick is Assistant Professor of Film and Media Studies at University of California, Santa Barbara. He is the author of American Showman: Samuel ?Roxy? Rothafel and the Birth of the Entertainment Industry, 1908-1935 (Columbia University Press, 2012) and the co-author of Cinema Treasures (MBI, 200