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Samuel Lebon

Satan mène le bal

Satan runs the show

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Le réveil a sonné trop tôt. La cafetière m'a explosé dans les mains. Mon antibiotique me donne la chiasse. Deauville sent le cheval mouillé. À quoi bon vivre si c'est pour boire du café soluble et marcher sur du verre pilé.

Je dois écrire. Sortir le monstre. Libérer la bête. Toutes ces pages en moi, j'ai une vague idée de leur pédigrée, et je commence à comprendre comment ça marche : je vais devoir EN ACCOUCHER. À la fin du travail, épuisé, en nage, incrédule, je regarderai flippé ce bébé moche et frippé.

J'ai survendu une coquille vide. Les interviews pour la presse locale ont commencé. Je balance mon pitch, tout le monde trouve ça génial. "Hey, you're Bukowski !". Les collègues commencent à m'appeler Bukowski. Ils trouvent ça vraiment cool d'avoir Bukowski à la maison.

Je voudrais m'enfuir. Disparaître. Quelque part où les planches sont plus larges. La foule plus dense. Me dissoudre dans l'alcool et le jeu. Mais je reviens sans cesse. Peut-être que je partirai d'ici quand l'histoire avec cette fille sera terminée. Peut-être que l'histoire avec cette fille s'arrêtera quand je partirai d'ici.

Pitié qu'elle se taise. Qu'on arrête de s'emboîter. Qu'on me libère le crâne. J'ai besoin d'écrire.

The alarm went off too early. The coffee pot blew up in my hands. My antibiotics are giving me the shits. Deauville smells like a wet horse. What's the sense of living if it's just drinking instant coffee and walking on shards of glass.

I have to write. Get the monster out. Free the beast. All these pages inside me, I have a vague idea of their pedigree, and I am starting to figure out how it all works: I'm going to have to DELIVER THEM. Once the labor is over, exhausted, drenched, incredulous, I'll glance, cagey, at this ugly and wrinkled baby.

I oversold an empty shell. Interviews with the local press have started. I made my pitch, and everyone thinks it's great. "Hey, you're Bukowski!"  My colleagues have started calling me Bukowski. They think it's pretty damn cool to have Bukowski in the house.

I want to flee. Disappear. Someplace where the boards are wider. The crowd denser. Dissolve myself in alcohol and gambling. But I just keep coming back. Maybe I'll leave this place when the affair with this girl ends. Maybe the affair with this girl will end when I leave this place.

God, if she could just keep her mouth shut. If we could just stop having sex. If I could free my mind. I need to write.