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Patricia Huchot-Boissier

DIDIER FRADIN, RENCONTRE

DIDIER FRADIN, MEETING

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Didier Fradin, acteur de l'Archipel "Osons les jours heureux" , travaillant sur différents projets dont l'Agora de l'Archipel et les Compagnons de l'Archipel.
Rencontre à La Commune des Communes. Commercy le 19 Janvier 2020, où il revient sur son expérience au sein du groupe #Mavoix de 2015 à 2017.

Après une carrière de 35 années dans la publicité, Didier Fradin eut un besoin de changer d'horizon et un beau jour il se dit : « Ce n'est pas possible, je vais essayer un parti politique... »

Comme ça ! Et ce fut lequel ?  
« Nouvelle Donne ». C'était celui qui correspondait à peu près avec mes idées, mais en réalité au bout de deux ans l'idée qui m'avait été soufflée que ça pouvait faire office de réservoir à votes du PS m'apparaissait plausible. Et oui, ils ratissent large... Depuis quelques temps c'est leur stratégie, c'est pourquoi je redoute un peu la « France Insoumise »... Une stratégie concrète, c?est à dire que tu te dis ben au deuxième tour comment ça va se passer ? Et donc tu prépares le deuxième tour en sachant que tu vas récupérer les voix de tous les gens qui ne sont pas exactement au PS mais pas loin, et qui sont plutôt susceptibles de voter pour. Donc si tu les canalises dans un parti qui n'a aucune chance, ça fait un réservoir de votes.

Donc mauvaise donne pour toi, fausse route, mais tu es tenace, et..?
Je me suis dis ok, c'est pas exactement ça que je cherche, alors je suis parti vers d'autres mouvements et j'ai rejoint un truc qui se lançait et qui s'appelait « MAVOIX », c'était en 2015, une expérimentation démocratique en vue des élections législatives de juin 2017. L'idée m'a vraiment plu, le fait de dire est-ce qu'on peut faire, est-ce qu'on peut amener des citoyens lambdas tirés au sort à l'Assemblée Nationale, est-ce qu'on peut monter une campagne de citoyens tirés au sort, sans faire toutes les stratégies de récupérations de pognon de l'état...

Un challenge, un coup de vent sur le sacro saint fonctionnement électoral...
C'est parti d'un truc très parisien, qui était vraiment intéressant. Une expérimentation stricte, radicale presque, pas d'interview TV, il n'y avait pas de budget de toute façon, le budget de campagne était déjà mutualisé, mais nous avons quand même présenté une centaine de candidats, tirés au sort parmi 600, dans 47  circonscriptions un peu partout en France. Et l'idée c'était de reprendre la vraie fonction législative des députés, dont le rôle est national, et qui, contrairement à l'idée reçue, ne sont pas là pour défendre les intérêts des gens qui ont voté pour eux (ce qui serait plutôt le rôle du Sénat), mais pour voter des lois nationales. En plus ils étaient tirés au sort sur un territoire qui n'était surtout pas le leur, donc ce n'est pas eux qui faisaient campagne, c'était le groupe local qui les soutenait, donc tu ne votes pas pour un visage. Notre affiche de campagne était une affiche jaune, donc nous on avait déjà les gilets jaunes, où était écrit : « Qui me représente le mieux ? »  et en dessous y avait un miroir. Donc quasiment aucune chance d'être élu parce que les gens ont besoin d'un programme etc... Par contre on a fait presque1% en moyenne dans les circonscriptions présentées.

Bien vu les affiches miroir...
Ces affiches, inévitablement, nous ont couté cher. Souvent, lorsqu'on en posait une il fallait la remplacer le lendemain parce qu'elle était arrachée, mais nous avons quand même eux des gens qui sont venus les tagger, comme Castelbajac qui a fait un très beau dessin par ailleurs, et il y en a eu pleins d'autres comme ça...
Et donc on a gagné notre pari. Les campagnes, en plus, on a montré que ça coutait en moyenne entre 1300 et 2500 euros, uniquement par dons. Après ça a été compliqué, on est venu nous chercher des noises sur les comptes de campagne, etc... Mais nous sommes allés au bout du truc et puis on avait dit qu'en 2017 on arrêtait. Ce que nous avons fait, ce qui a causé une grosse frustration. Du coup on en retrouve dans des groupes locaux qui sont actuellement sur les municipales. Donc t'as des municipalistes, t'en as carrément sur d'autres trucs, des groupes locaux dans toute la France à Marseille, à Béziers, à La Rochelle, à Lille etc... Il y en a partout.

Il y a l'expérience qui se déroule à Saillans...
Oui je m'y suis intéressé, d'ailleurs avec Tristan Rechid, qui en a été un peu l'organisateur, on est devenu pote, et on suit des chemins parallèles sur ce genre d'histoire. « La Belle démocratie », qui a été fondé à ce moment là, avançait dans l'idée, c'était donc, t'as compris le jeu de mot, entre le label et la belle. Un label ? personnellement je ne me voyais pas dans une instance qui déciderait qui est démocrate, du coup on a fait évoluer ce "label" en quelque chose qui s'est appelée la Boussole Démocratique.

La Boussole Démocratique  ?
C'est un outil proposé par La Belle Démocratie, il y en a d'autres, par exemple certains gilets jaunes nous ont dits que pour faire une assemblée ils se basaient sur les documents de La Belle Démocratie, c'est à dire des textes, des formes d'organisations, des outils d'animations, des principes, etc, qui sont à prendre en commun et à faire évoluer. Au final, la Belle Démocratie a resserré son action sur à l'organisation et la facilitation des « Curieuses démocraties », qui sont des festivals itinérants de rencontres et d'échanges autour de la démocratie locale en vue de favoriser le partage d'expériences et de compétences... Venez imaginer, construire et mettre en oeuvre dans votre quartier, votre ville ou votre village, d'autres manières de faire démocratie.  Parallèlement à ça je me suis intéressé au Municipalisme. Je suis rentré dans un groupe municipaliste francophone et là on a des gros problèmes de conflit d'intérêts, chacun a son idée de la chose, tu le vois ici...

Est-ce que tu peux préciser ?
Ah ! On a organisé une réunion à Paris entre des espagnols, des italiens, des français des groupes venant de Bruxelles, un mouvement international. Certains viennent avec des financements externes, ou sont salariés de structures existantes, sont finalement "pilotés" en vue de produire un "plaidoyer", il y a donc des intentions particulières, ça me gêne. Pour moi, comme dans La Belle Démocratie, ce sont les habitants qui doivent être au centre, et là-dessus on se rejoint assez avec les Gilets Jaunes de Commercy, qui ne veulent pas de "représentant" proclamé. L'idée c'est vraiment de provoquer quelque chose et de s'ouvrir à l'inattendu, comme dans « Archipel ». C'est a dire à un moment donné je provoque quelque chose, je pose les choses et je laisse faire, ce n'est plus moi qui contrôle, je laisse faire. Je suis là en conseil, en appui, en soutien...
Parallèlement à tout ça, je suis rentré dans un groupe par l'intermédiaire de ce qui s'appelait à l'époque « Pouvoir citoyen en marche », fondé sur les réflexions de gens comme Edgar Morin, Patrick Viveret, dans la lignée du bouquin de Stéphane Hessel « Indignez-vous », sur tout ce qui c'était passé avec le CNR ( Conseil National de la Résistance) qui a abouti sur la sécu, les retraites et tout ces trucs là. En fait, à un moment donné, tous ces gens là ont dit : « Mais on a pas assuré, la Société des Nations n'a pas assuré ce qu'elle devait faire, on a changé le  monde, mais on a pas surveillé, on a pas protégé tout ces acquis. » Et de rajouter : « on remet en cause tout ce qui a était fait. »
« Pouvoir citoyen en marche » c'était compliqué parce que c'était un  mélange de philosophes, de sociologues, d'assos de chrétiens de gauche etc, qui voulaient refondre la gauche en 2017. Ça a échoué sans doute à cause intérêts privés des partis? Donc on s?est dit comment va-t-on faire pour travailler avec « Alternatiba » (mouvement citoyen de mobilisation sur le dérèglement climatique), avec « Attac » et d'autres qui arrivent comme CRID (Collectif d'organisations de solidarité internationale et de mobilisation citoyenne) avec des moyens de moins en moins importants puisque petit à petit les subventions aux associations disparaissaient les unes après les autres. La suppression de l'ISF a fait que les riches n'ont plus aucun intérêt à défiscaliser, donc ils ne donnent plus d'argent aux associations. Du coup beaucoup d'associations se sont retrouvées dépendantes des mêmes fondations, et, en réalité, en compétition.
Alors on s'est dit qu'il fallait trouver un mode de fonctionnement qui permette à chacun de ne pas abandonner son travail de fond et sa particularité, mais que l'on puisse travailler à des projets communs sans se poser tous les problèmes des lignes rouges classiques...  Donc on s'est intéressé à  Edouard Glissant, poète, philosophe antillais qui a pensé cette notion du tout monde, et pour lui ce tout monde doit s'archipelliser et se créoliser... Il faut que l'art, la danse, reviennent dans la politique, dans la vie de la cité. Glissant avec la poésie et sa vision, avec cette phrase magnifique « Les mondes que je parcours s'étoilent en Archipel ». Il s'agit de se recréer une vision du monde qui ne soit pas continentale, qui ne soit pas protectionniste, donc qui remet en cause l'idée même de propriété privée. Il n'y'a aucune raison qu'on s'attribue un lopin de terre, par rapport aux animaux, à la nature, à d'autres humains. Alors on adopte l'idée de quitter la vision continentale du monde, l'enfermement d'un drapeau avec des valeurs communes, etc...

Archipel. Qui l'a créé, c'est quoi, ne peut-il pas y en avoir plusieurs ?

Je dirai que c'est dans l'air du temps parce que c'est difficile de savoir d'où ça part vraiment. Chez « Osons les jours marchent,  on a initié la création d'un « Archipel Politique » avec les "assises de l'écologie et de la solidarité", composées de divers mouvements politiques verts ou de gauche comme Génération.s, Nouvelle Donne, Place publique, etc.... depuis Ecologie les Verts s'est organisé en Archipel, la sphère Framasoft également. On se rend compte qu'il y'a des gens qui marchent sur le même chemin, et ce n'est pas nous qui avons crée ça. C'est un concours de circonstance qui débouche sur cette idée de l'Archipel alors qu'à une époque on avait plutôt la vision de l'Archipel comme un l'éclatement. On voyait les iles qui ne se parlent pas, mais si tu considères que c'est l'Océan l'Archipel, ce qui est la définition que les Grecs en donnaient, les iles qui en émergent en sont le résultat. C'est la vision en négatif, peut être l'occasion d'un basculement, si tout le monde se met à fonctionner comme ça.

Et cet Archipel « Osons les beaux jours », où se trouve-t-il ?
Nous nous réunissons souvent à Paris où nous impulsons beaucoup de choses sur le bien vivre. Nous avons des Pirogues comme projets. Plusieurs groupes projets de Pirogues naviguent au sein de l'Archipel pour impulser un travail coopératif entre les « îles ». On embarque des gens dedans, on a une Pirogue qui s'appelle "Nanoub", ce qui signifie « Nous allons nous faire du bien », et c"est une Pirogue sur le bien vivre, une notion qui s'oppose au développement « à l'occidentale », venue des peuples d"Amérique du sud. C"est nécessaire d"avoir cette réflexion là,  de s"aérer la tête. Et oui, si tu veux recréer du lien social ça passe forcement par la culture et quelque fois par la culture de rue, pas forcement officielle, sans l'accord des institutions...
Autour de l'Archipel nous avons rassemblé des spécialistes de l'entreprise, des entrepreneurs, des animateurs... Et grosso modo tout le monde s'accorde à peu près sur l'intérêt d'une organisation comme celle-là. On a créé, avec quelques personnes, les Compagnons de l'Archipel. Ça parle bien, c'est un groupe presque libertaire, il n'y a pas de schéma, se sont des bénévoles dans le vrai sans du terme, c'est a dire de bonne volonté, ils ne sont pas pilotés, ils sont des aides à tout les projets, en fait c'est une expérimentation d'une autre façon de fonctionner et qui apparemment plait aussi bien aux gens qui travaillent sur le Commun, parce que les outils sont mis en commun, qu'aux entreprises, pas les multinationales évidemment, aux entreprises en général, à certains partis politiques, d'où l'idée de mettre une base commune de valeurs, mais très large, et qui pour moi résonne directement avec le Municipalisme....

 Les Communs c'est quoi exactement ?
Le Commun c'est une notion de droit et d'économie, donc, qui vient se mettre entre le droit privé et le droit public, entre la propriété privé et la propriété publique. L'état a de vraies propriétés et finalement tout est une question de propriété. Le Commun  re-questionne la propriété, est composé de trois notions indispensables : une ressource commune, une communauté d'usage et une gouvernance établie par la communauté d'usage. Ça veut dire on revient à des choses dont on va partager l'usage, comme par exemple des forêts communales, la commune est un Commun, la commune de Paris c'était un Commun, donc c'est très proche de la notion du Municipalisme. Pour moi le municipalisme c'est un élément du commun, c'est la vision politique des Communs.
Ce qui se fait à l'Assemblée des Communs de Lille, par exemple, se sont plus des structures, comment est-ce qu'on travaille avec l'institution, comment on réinstalle petit à petit le Commun dans l'économie, comme Droit.. Ça va du Repair Café à des entreprises qui commencent à travailler en créant des conditions du Commun, donc c'est un état d'esprit et une législation... Ils construisent des structures et ça, ça me passionne...

Tu es un observateur aussi...
Ce qui m'intéresse c'est ça, aller voir, tiens la-bas ils pensent à ça, je relie et il en faut de plus en plus, c'est ce que j'appelle les Compagnons, ils vont voir, ils se mêlent de tout. On est encore très peu nombreux, aujourd'hui on doit être 7 ou 8 de vraiment fidèles, mais il y en a qui sont vraiment actifs, on a pas vraiment la même vision des choses mais ça ne nous arrête pas.

Tu peux en dire plus ?
C'est une Agora où on a invité tout les gens qui disent « je fais un Archipel », comme Toulouse « Archipel Citoyen » dont on suit l'évolution depuis assez longtemps et qui participe avec d'autres Archipels à l'organisation de ce qui a lieu les 7 & 8 Février à Paris. Et juste derrière on en prévoit une à Lyon.
Le moment de l'Agora de l'Archipel c'est un moment où on va dire ok, voila comment nous les organisateur de l'Agora on voit l'Archipel. Donc on reparle de Glissant, on reparle de toutes les différences qui vont émerger, et vous votre expérience c'est quoi ?  On va additionner la vision des gens qui viennent dans l'Archipel, pas sortir une définition commune, on va additionner les expériences, dire voila l'Archipel c'est ça et ça, aussi.. Et cette vision là est différente de ce qu'on fait habituellement, et pour moi on va y gagner parce que ce qui compte c'est ce qu'on fait au final...

Propos recueillis par Patricia Huchot-Boissier

Didier Fradin, actor of the Archipelago "Osons les jours heureux" , working on various projects including the Agora de l'Archipel and the Compagnons de l'Archipel.
Meeting at La Commune des Communes. Commercy on January 19, 2020, where he looks back on his experience within the group #Mavoix from 2015 to 2017.

After a career of 35 years in advertising, Didier Fradin had a need to change his horizon and one day he said to himself: "It's not possible, I'm going to try a political party? »

Just like that! And which one was that?   
"New Deal". It was the one that corresponded more or less with my ideas, but in reality after two years the idea that had been whispered to me that it could be used as a reservoir for PS votes seemed plausible to me. And yes, they're casting a wide net... For some time now it's been their strategy, that's why I'm a bit afraid of the "France Insoumise"... A concrete strategy, that is to say that you think well in the second round how will it go? And so you prepare the second round knowing that you're going to get the votes of all the people who aren't exactly in the PS but not far away, and who are rather likely to vote for it. So if you channel them into a party that doesn't stand a chance, that's a pool of votes.

So, bad deal for you, wrong way, but you're tenacious, and...?
I thought ok, that's not exactly what I'm looking for, so I went to other movements and I joined something called "MAVOIX", it was in 2015, a democratic experiment for the legislative elections of June 2017. I really liked the idea, the fact of saying what can we do, can we bring citizens drawn by lot to the National Assembly, can we set up a campaign of citizens drawn by lot, without doing all the strategies to get money back from the state...

A challenge, a gust of wind on the sacrosanct electoral machinery...
It started out as a very Parisian thing, which was really interesting. A strict, almost radical experiment, no TV interviews, there was no budget anyway, the campaign budget was already shared, but we still presented about a hundred candidates, chosen at random among 600, in 47 constituencies all over France. And the idea was to take over the real legislative function of the MPs, whose role is national, and who, contrary to popular belief, are not there to defend the interests of the people who voted for them (which would rather be the role of the Senate), but to pass national laws. Moreover, they were drawn by lot in a territory that was definitely not theirs, so it wasn't them who were campaigning, it was the local group that supported them, so you don't vote for a face. Our campaign poster was a yellow poster, so we already had the yellow vests, where it said, "Who best represents me..."and underneath it was a mirror. So almost no chance of getting elected because people need a program and so on... On the other hand, we made almost 1% on average in the ridings presented.

Good eye on the mirror posters...
Those posters, inevitably, cost us dearly. Often, when we put one up, we had to replace it the next day because it was torn down, but we still had people who came and tagged them, like Castelbajac who made a very nice drawing, and there were lots of others like that...
And so we won our bet. The campaigns, moreover, we showed that it cost on average between 1300 and 2500 euros, only by donations. After that, it was complicated, we got some problems with the campaign accounts, etc... But we went through the whole thing and then we said that in 2017 we would stop. Which we did, which caused a lot of frustration. As a result, we're seeing it in local groups that are now on the municipal. So you've got municipal bands, you've got local bands all over France in Marseille, Béziers, La Rochelle, Lille etc... They're everywhere.

There's the experience that takes place in Saillans...
Yes, I was interested in it, with Tristan Rechid, who was the organizer, we became friends and we follow parallel paths on this kind of story. "La Belle Démocratie", which was founded at that time, was moving forward with the idea, so it was, you get the pun, between the label and the beautiful one. A label? personally I didn't see myself in a body that would decide who was a democrat, so we evolved this "label" into something called the Democratic Compass.

The Democratic Compass?
It is a tool proposed by La Belle Démocratie, there are others, for example some yellow vests told us that to make an assembly they were based on the documents of La Belle Démocratie, i.e. texts, forms of organizations, animation tools, principles, etc., which are to be taken in common and to make evolve. In the end, La Belle Démocratie focused its action on the organization and facilitation of "Curious democracies", which are itinerant festivals of meetings and exchanges around local democracy in order to encourage the sharing of experiences and skills... Come and imagine, build and implement in your neighbourhood, town or village other ways of doing democracy.  At the same time, I am interested in Municipalism. I joined a French-speaking municipalist group and there we have big problems of conflict of interest, everyone has his own idea of the thing, you see it here...

Can you be more specific?
Ah, we organized a meeting in Paris between Spanish, Italian and French people from groups coming from Brussels, an international movement. Some come with external funding, or are employees of existing structures, are finally "piloted" in order to produce a "plea", so there are particular intentions, that bothers me. For me, as in La Belle Démocratie, it is the inhabitants who must be at the centre, and on this point we are quite similar to the Yellow Vests of Commercy, who do not want a proclaimed "representative". The idea is really to provoke something and to open up to the unexpected, as in "Archipelago". That is to say, at a given moment I provoke something, I put things down and I let it happen, it is no longer I who control, I let it happen. I'm there to advise, to support, to help...
Parallel to all that, I joined a group through what was called at the time "Pouvoir citoyen en marche" (Citizen Power on the Move), based on the reflections of people like Edgar Morin, Patrick Viveret, in the line of Stéphane Hessel's book "Indignez-vous" (Indignant), on everything that had happened with the CNR (National Resistance Council) which led to social security, pensions and all that stuff. In fact, at one point, all these people said: "But we didn't ensure, the League of Nations didn't ensure what it had to do, we changed the world, but we didn't monitor, we didn't protect all these assets. "And he added: "We are questioning everything that was done. »
"Citizen power on the march" was complicated because it was a mixture of philosophers, sociologists, left-wing Christian associations, etc., who wanted to reshape the left in 2017. It probably failed because of the private interests of the parties? So we said to each other how are we going to work with "Alternatiba" (citizen movement of mobilization on climate change), with "Attac" and others who are coming as CRID (Collective of International Solidarity and Citizen Mobilization Organizations) with less and less means since little by little the subsidies to associations disappeared one after the other. The abolition of the ISF has meant that the rich no longer have any interest in tax exemption, so they no longer give money to associations. As a result, many associations found themselves dependent on the same foundations, and, in reality, in competition with each other.
So we said to ourselves that we had to find a way of working that would allow each one not to give up their own work and their own particularity, but that we could work on common projects without all the problems of the classic red lines?  So we took an interest in Edouard Glissant, a poet and philosopher from the West Indies, who thought this notion of the all world, and for him this all world must be archipelagized and creolized... Art and dance must return to politics, to the life of the city. Slipping with poetry and his vision, with this magnificent phrase "The worlds I travel through are starry-eyed in Archipelago". It is a question of recreating a vision of the world that is not continental, that is not protectionist, and that therefore calls into question the very idea of private property. There is no reason to take a piece of land for oneself, in relation to animals, nature, other humans. So we adopt the idea of leaving the continental vision of the world, the confinement of a flag with common values and so on.

Archipelago. Who created it, what is it, can't there be more than one?
I'll say it's in the air because it's hard to know where it's really coming from. At "Osons les jours marchent", we initiated the creation of a "Political Archipelago" with the "Assises de l'écologie et de la solidarité", made up of various green or left-wing political movements such as Génération.s, Nouvelle Donne, Place publique, etc... since Ecologie les Verts has organized itself into an Archipelago, the Framasoft sphere as well. We realize that there are people walking on the same path, and we didn't create this. It's a contest of circumstance that leads to this idea of the Archipelago, whereas at one time we had a vision of the Archipelago as a break-up. We saw the islands that don't speak to each other, but if you consider that the Ocean is the Archipelago, which is the definition the Greeks gave, the islands that emerge from it are the result. That's the negative vision, maybe the occasion of a changeover, if everybody starts to function like that.

And this Archipelago "Osons les beaux jours", where is it located?
We often meet in Paris where we promote a lot of things about the good life. We have pirogues as projects. Several project groups of Pirogues sail within the Archipelago to promote cooperative work between the "islands". We take people on board, we have a pirogue called "Nanoub", which means "We are going to do good to ourselves", and it is a pirogue about good living, a notion that is opposed to the "western" development that comes from the peoples of South America. It is necessary to have this reflection there, to ventilate our heads. And yes, if you want to recreate social bonds, it necessarily involves culture and sometimes street culture, not necessarily official, without the agreement of institutions....
Around the Archipelago we have gathered business specialists, entrepreneurs, animators... And roughly speaking everyone agrees on the interest of an organization like this one. We created, with a few people, the Compagnons de l'Archipelago. It speaks well, it's an almost libertarian group, there is no schema, they are volunteers in the true sense of the word, that is to say of good will, they are not piloted, they are helpers in all projects, in fact it's an experiment of another way of functioning and which apparently pleases as well the people who work on the Common, because the tools are pooled, to companies, not multinationals of course, to companies in general, to certain political parties, hence the idea of putting a common base of values, but a very broad one, which for me resonates directly with Municipalism....

 What exactly is the Commons?
The Common is a notion of law and economy, therefore, which comes between private law and public law, between private property and public property. The state has real property and in the end everything is a question of property. The Common re-questions property, is composed of three indispensable notions: a common resource, a community of use and a governance established by the community of use. It means we come back to things whose use we will share, such as communal forests, the commune is a commune, the commune of Paris was a commune, so it's very close to the notion of municipalism. For me, municipalism is an element of the common, it is the political vision of the Communes.
What is done at the Assembly of Communes of Lille, for example, are more structures, how do we work with the institution, how do we reinstall little by little the Common in the economy, as a Right? It goes from the Repair Café to companies that are starting to work by creating the conditions of the Common, so it's a state of mind and a legislation... They're building structures and I'm passionate about that...

You're an observer too...
What interests me is this, going to see, there they think about it, I connect and it takes more and more, that's what I call the Compagnons, they go see, they get involved in everything. There are still very few of us, today we must be 7 or 8 really faithful, but there are some who are really active, we don't really have the same vision of things but that doesn't stop us.

Can you say any more?
It's an Agora where we invited all the people who say "I make an Archipelago", like Toulouse "Citizen Archipelago" whose evolution we have been following for quite a long time and who participate with other Archipelagoes in the organization of what takes place on February 7 & 8 in Paris. And just behind we are planning one in Lyon.
The moment of the Agora of the Archipelago is a moment when we will say ok, this is how we, the organizers of the Agora, see the Archipelago. So we talk again about Gliding, we talk again about all the differences that will emerge, and what is your experience?  We are going to add up the vision of the people who come to the Archipelago, not come out with a common definition, we are going to add up the experiences, and say here is the Archipelago, that's it and that's it, too? And this vision is different from what we usually do, and for me we will win because what counts is what we do in the end...

Interview by Patricia Huchot-Boissier