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Patricia Huchot-Boissier

Kâli Âmman Tiruvila (II)

Kâli Âmman Tiruvila (II)

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Kâli Âmman Tiruvila (II). Sevai kallamay le 23/08/2011.
Deux jours consacrés à la Déesse Kâli, mais aussi Ayyanar et Mariamman au village de Serenity Beach, le 22 et 23 Août 2011. Pondicherry

Un véritable happening

Six heures du matin rebelote dans les hauts parleurs. LR. Eswari on s'y habitue. Mieux, on aime. A huit nous émergeons. Au programme l'aiga musicala à Auroville et la venue tant espérée de Bala. Sacré Bala ! Il va enfin finir de déplier et fendre les bambous cannes à pèche qui sont dans le jardin depuis une dizaine de jours et qui vont faire office de porte d'entrée de la room du pandal. Ça s'est de la phrase.
Sur la place en face du temple de Mariamman les hommes dépècent et découpent les moutons. En fait ce sont des chèvres. Elles ont été sacrifiées dans les règles de l'art ce matin au lever du jour au Kâli temple et vont cuire dans les grandes marmites en un ragout épicé pour le Darmam. Distribution alimentaire, repas de village, de ce soir.
En musique, le prêtre, des jovent et quelques adultes mâles processionnent dans les rues. Il est dix heures et apportent des quantités de tresses de fleurs chez Kâli pour la Puja du matin. Toutes les statues, Ganesh, Muregan, Vali, qui entourent et accompagnent la grande Déesse sont fleuries de jasmin et de colliers de petits dahlias rouges et jaunes. Les musiciens toujours dans leur trip maintiennent le rythme et font résonner leur hautbois. Un des jovent sonne la cloche du péristyle. Le prêtre apporte le feu sacré à chacune de statues divinatoires avant de nous marquer au front d'un point rouge. La marque de Shiva. C'est grand et l'on n'est pas au bout de nos surprises. Comme ils sont venus ils repartent. En musique. A chaque maison le prêtre bénit les offrandes apportées par les mères et les mamys. Au sol les kolams redoublent de géométrie. Chacun a la sienne même si les ressemblances sont trompeuses.
 Au bout de la rue la procession prend la direction de la plage. Là, face à l'océan, la mise en place de l'Uchhi Padipa, la prière de midi, est tout une mise en scène. Une extraordinaire installation se met en place. L'aire d'intervention est délimitée. Los jovent s'occupent d'arroser le sable e sul pic Aynar un des musiciens chanteur va chercher trois poignées de sable mouillé qu'il modèle en trois formes en goutte d'eau. Posées au centre de l'aire, décorées, fleuries de jasmin, en deux temps trois mouvement et beaucoup de croyance et de détermination les représentations de Mariamman, Kâliamman et Vinayagar, nom tamil de Ganesh, sont en place. A leurs pieds, sur une feuille de bananier les offrandes, bananes, noix de coco, encens. Tout autour ça pétarade. Los jovent sont les gardiens des explosions.
Un véritable happening. Levat qu'aici tot aquò's pas per amusar que la galaria. C'est du sérieux, du sacré qui se déroule sous nos yeux. A côtés du trio sublimatoire trois jarres de métal et de terre sont remplies d'eau, décorées et marquées au rouge à leur tour. Celle en métal reçoit un bouquet de rameau de vepamaran, l'arbre du temple, l'équivalent de l'olivier chez les chrétiens. En son centre Aynar place une noix de coco marquée au rouge et tressée de jasmin. Et un Vinayagar de plus.
Dans les deux autres, en terre, Aynar s'applique à confectionner, toujours avec des branches de vepamaran, une construction végétale en forme pin de sucre. Sauf qu'il manque des branches. No problème. Tres gaminots partan en mission e tornan venir cinq minutas après amb una big branca plan fulhada.
- Âmâ !!
Oui, sauf que la branche ils l?ont coupée dans le jardin d'une maison occupée par une dame anglaise qui, chocking, vient faire sa râleuse sur la plage.
- Why ?
Tous la regardent et rigolent. Incredible tamouls !!! Eux les arbres ils ne les taillent pas, ils les coupent que pour les cérémonies aux temples. C?est de la matière première pour la fabrication symbolique des dieux et des déesses.
Cette petite péripétie passée Aynar parachève ses chefs d'Oeuvres. Sur les deux pains de sucre végétal il déroule des guirlandes de jasmin et d'Oeillets roses et jaunes. Beautiful !!! Ainsi parées les évocations de Mariamman et Kâliamman retrouvent Vinayagar. Dans l'indouisme tout est transformation, métamorphose.
Donc nous avons trois divinités majeures prêtes pour la cérémonie. Manque le feu. Une jarre en terre supplémentaire entourée de branches de vepamaran, garnie de bois de senteur est prête à s'enflammer.

Tout est ok.

Pendant qu'Aynar créait ces avatars un brelan de jeunes adolescents vêtus uniquement chacun d'un cailli jaune se faisait badigeonner le corps au vibhthi jaune. Des zébrures en diagonales croisées tracées dans le dos, sur la poitrine et sur les bras les rendent plus grands, plus forts. La marque de Shiva au front en fait des guerriers. Cet épisode m'a rappelé la performance plastique de Miquèl Batlle avec ses peintures corporelles lors d'un 22 au Salonquireçoit à Toulouse.
Splendides ! Le prêtre en personne vient leur mettre des bracelets et un collier de jasmin à chacun. Les voilà prêts. Mine de rien ça fait plus d'une heure que nous sommes en plein cagnard sur la plage à l'heure où le soleil est à notre perpendiculaire. Progressivement les villageois rejoignent la plage. Pat est au taquet with son Canon Mark II et à une soif de tous les diables. Ok. Je fonce à l'ostal, cinquante mètres à faire, lui chercher une bouteille de tanni frèsca.
Bon, tout est paré. Les musiciens s'accordent, enfin façon de parler, tout le monde sait que le blues se joue justement faux. Ce qui n'est pas si simple. Le prêtre allume la jarre du feu et les encens, bénit les trois divinités, les offrandes, les trois guerriers. Les musiciens sont en mesure et Aynar repend son chant. Rythmes d'appel, de transe pour celui qui arrive d'un pas décidé. Comme il l'avait mangé hier soir à la cérémonie d'Ayyanar, le revoilà en appétit de feu. Cette fois il en sera le porteur. Très vite son corps est à son tour badigeonner à l'ocre et son front marqué au rouge. De partout les dévots s'approchent, tous veulent être bénits, les fusées jaillissent et pétaradent dans le ciel. Venue du village, langue pendante, ELLE arrive en dansant et va chercher la transe. Les percus en rajoutent, ELLE mange les feuilles bénites du vepamaran, saute et se fond dans l'anonyma...
C'est maintenant le moment du départ. Le préposé au feu le portera ceint sur son ventre alors que les trois guerriers porteront sur leur tête les trois divinités. Cap au Kâli temple avec des haltes régulières pour recevoir et bénir les offrandes. Arrivé au temple, la représentation fleurie de Kâli est déposée dans la chambre de la Déesse. La musique redouble et le cortège repart pour Mariamman temple où serons déposées le feu et les deux autres représentations.

Vous suivez ?

Nous, on a décroché. Avèm talent !!! Eux aussi because la musique ne résonne plus. Donc pour se détendre se sera encore la plage dans l'après midi mais cette fois c'est pour la baignade. A 5h nous affutons nos langues. English pour Pat et tamil per ièu. Au retour l'orage monte, gronde. Prabhu vient sous le balèt pour notre causette journalière. Une bière fraîche nous régale alors que le ciel déverse son rid'eau pré-mousson. L'arrosage va durer plus de trois heures puis c'est l'accalmie et l'arrêt. Dans les hauts parleurs la musique à repris ses droits. Nous y revoici donc sous le péristyle.
Les musiciens sont au centre. D'un côté les hommes et de l'autre les femmes et les enfants. Percussions et voix. Aynar et son complice chantent, s'interpellent, se répondent. J'avoue que je suis embarqué dans cette litanie. Je ne peux m'empêcher de penser aux cururus du Brésil et leurs louanges sous forme de joutes poético-religieuses (réservées aux hommes catholiques) et aux Trobadors occitans du Moyen Âge. Ça ne vous surprend pas...
Macarel on est là assis sous ce péristyle. Les pétards continuent d'exploser. Les raggas se contunhan. Grand moment de partage. Alors je ne comprends pas les paroles mais l'intonation, leur façon de conter entre deux morceaux de musique ne me trompe pas. Les expressions sur leurs visages, tantôt très sourire me laisse à penser que l'épopée qu'ils content est un brin actualisée.  En fait, j'en aurai confirmation un peu plus tard. C'est bien l'épopée de la grande Kâli qui est conté. Et c'est bien des improvisations qui sont ainsi glissées, histoire d'actualiser, de montrer combien les mythes nous traversent tout au long de notre vie...
De son côté le prêtre continue de bénir les offrandes apportées par les femmes à la Déesse. Puis arrive le moment du Darman. Un tapis de feuille de bananier est installé sur le sol au milieu du péristyle. Les grandes marmites de riz et de ragout de mouton sont apportées. Ça sent très bon. Imperturbables les musiciens conteurs poursuivent leur Story kâlinienne pendant que le riz et le ragout sont étalés en couches successives.
Beaucoup de monde à cette heure. Normal.
De notre côté nous rentrons à l'ostal nous restaurer. La journée n'est pas finie.
En effet, à partir de 11h, commence le défilé de chars, celui de Mariamman, de Kâli et de Vinayagar, dans les rues du village. Alors plan segur musique encore et toujours et les pétards et autres fusées et feux d'artifices je ne vous dit pas. C'est simple, les derniers pétards se sont tus aux alentours de 3heures du matin.
Quoi ? C'est comment la fête dans ton village ? Dans ton quartier ?

Kâli Âmman Tiruvila (II). Sevai kallamay on 23/08/2011.
Two days dedicated to the Goddess Kâli, but also Ayyanar and Mariamman in the village of Serenity Beach, on August 22 and 23, 2011. Pondicherry

A real happening

Six o'clock in the morning is back in the limelight. LR. Eswari, you get used to it. Better, we like it. At eight we emerge. The program includes the musical aiga in Auroville and the much-awaited visit of Bala. Sacred Bala! He will finally finish unfolding and splitting the bamboo fishing rods that have been in the garden for about ten days and will serve as the entrance door to the pandal room. It's just a phrase.
On the square in front of the temple of Mariamman the men skin and cut the sheep. Actually, they're goats. They were properly sacrificed this morning at dawn at the Kâli temple and will cook in the large pots in a spicy stew for the Darmam. Food distribution, village meals, tonight.
To music, the priest, jovent and a few adult males procession through the streets. It is ten o'clock and bring quantities of flower braids to Kâli for the morning Puja. All the statues, Ganesh, Muregan, Vali, which surround and accompany the Great Goddess are decorated with jasmine and necklaces of small red and yellow dahlias. The musicians always in their trip maintain the rhythm and make their oboe resonate. One of the jovent rings the bell of the peristyle. The priest brings the sacred fire to each of the divinatory statues before marking us on our foreheads with a red dot. The Shiva brand. It's big and we're not at the end of our surprises. As they came, they leave. In music. At each house the priest blesses the offerings brought by the mothers and grandmothers. On the ground the kolams redouble their geometry. Everyone has their own, even if the similarities are misleading.
 At the end of the street the procession takes the direction of the beach. There, facing the ocean, the setting up of the Uchhi Padipa, the noon prayer, is quite a scene. An extraordinary installation is being set up. The intervention area is delimited. Los jovent take care of watering the sand on peak Aynar one of the singing musicians will get three handfuls of wet sand that he models in three shapes in a drop of water. Placed in the centre of the area, decorated, flowered with jasmine, in a flash three movements and with a lot of belief and determination, the representations of Mariamman, Kâliamman and Vinayagar, the Tamil name for Ganesh, are in place. At their feet, on a banana leaf, offerings, bananas, coconuts, incense. All around it it's buzzing. Los jovent are the guardians of the explosions.
A real happening. Levat qu'a ici tot aquò's not per amusar que la galaria. It's serious, it's sacred that takes place before our eyes. Next to the subliminal trio three jars of metal and earth are filled with water, decorated and marked red in turn. The metal one receives a bouquet of vepamaran twigs, the tree of the temple, the equivalent of the olive tree among Christians. In its center Aynar places a coconut marked with red and braided with jasmine. And one more Vinayagar.
In the other two, in clay, Aynar endeavours to make, still with vepamaran branches, a plant construction in the form of sugar pine. Except for the fact that some branches are missing. No problem. Very young kids going on a mission and tornan coming five minutes after amb una big branca plan fulhada.
- Âmâ!!!
Yes, except that the branch they cut in the garden of a house occupied by an English lady who, chocking, comes to the beach to make her moan.
- Why?
Everyone looks at her and laughs. Incredible Tamils!!!!! They do not cut the trees, they only cut them for ceremonies at temples. It is a raw material for the symbolic manufacture of gods and goddesses.
This little incident past Aynar completes her masterpieces. On the two vegetable sugar loaves he unrolls garlands of jasmine and pink and yellow carnations. Beautiful!!!!! Thus adorned are the evocations of Mariamman and Kâliamman reunited with Vinayagar. In Hinduism everything is transformation, metamorphosis.
So we have three major deities ready for the ceremony. Missing the fire. An additional earthen jar surrounded by vepamaran branches, filled with scented wood, is ready to ignite.

Everything is okay.

While Aynar was creating these avatars, a group of young teenagers dressed only in yellow curds were brushed on their bodies with yellow vibhthi. Crossed diagonal stripes on the back, chest and arms make them bigger, stronger. Shiva's mark on the forehead makes them warriors. This episode reminded me of Miquèl Batlle's plastic performance with his body paintings during a 22 at the Salonquireçoit in Toulouse.
Splendid! The priest himself comes to put bracelets and a jasmine necklace for each of them. Now they're ready. It's been more than an hour since we've been in the middle of a pool on the beach when the sun is at our perpendicular. Gradually the villagers reach the beach. Pat is on the block with his Canon Mark II and thirsty as hell. Okay. I run to the ostal, fifty meters to do, to get him a bottle of tanni frèsca.
All right, everything's ready. The musicians agree, finally a way of speaking, everyone knows that the blues is played wrong. Which is not so simple. The priest lights the jar of fire and incense, blesses the three deities, the offerings, the three warriors. The musicians are in a position to do so and Aynar is spreading her singing. Rhythms of call, of trance for the one who arrives with a decided step. As he had eaten it last night at the Ayyanar ceremony, he is now hungry for fire again. This time he will be the bearer. Very quickly his body is in turn brushed with ochre and his forehead marked with red. From everywhere the devotees approach, all want to be blessed, rockets spurt out and backfire in the sky. Coming from the village, with her tongue hanging out, SHE arrives dancing and fetches the trance. The percus add to it, SHE eats the blessed leaves of the vepamaran, jumps and melts into the anonyma...
Now it's time to leave. The fireman will wear it on his belly while the three warriors will wear the three deities on their heads. Heading to the Kâli temple with regular stops to receive and bless the offerings. Once at the temple, the flowery representation of Kâli is placed in the Goddess' room. The music doubles and the procession leaves for Mariamman temple where the fire and the two other performances will be placed.

Do you understand?

We answered the phone. Avèm talent!!!!! They too because the music no longer resonates. So to relax it will still be the beach in the afternoon but this time it's for swimming. At 5am we sharpen our languages. English for Pat and Tamil per ièu. On the way back, the storm comes up, growls. Prabhu comes under the banner for our daily chat. A cold beer treats us as the sky pours out its pre-monsoon rid'eau. The watering will last more than three hours then it is the lull and the stop. In the loudspeakers the music has taken back its rights. So here we are again under the peristyle.
The musicians are at the centre. On the one hand men and on the other women and children. Percussion and voice. Aynar and her accomplice sing, question and answer each other. I confess I'm embarked on this litany. I cannot help but think of the cururus of Brazil and their praise in the form of poetic-religious contests (reserved for Catholic men) and the Occitan Trobadors of the Middle Ages. That doesn't surprise you....
Puffin, we are sitting under this peristyle. The firecrackers keep exploding. The raggas contunhan themselves. A great moment of sharing. So I don't understand the lyrics but the intonation, their way of telling between two pieces of music doesn't fool me. The expressions on their faces, sometimes very smiling, leads me to think that the epic they are happy with is a bit updated.  In fact, I will have confirmation of this a little later. It is indeed the epic of the great Kâli that is told. And it is indeed improvisations that are thus slipped in, in order to actualize, to show how much myths run through us throughout our lives....
For his part, the priest continues to bless the offerings brought by the women to the Goddess. Then comes the moment of the Darman. A banana leaf carpet is installed on the ground in the middle of the peristyle. Large pots of rice and mutton stew are brought in. It smells very nice. Undaunted, the storytelling musicians continue their Kallinian Story while the rice and stew are spread in successive layers.
A lot of people at this hour. Normal.
On our side we go back to the ostal to eat. The day is not over.
Indeed, from 11am, the parade of tanks, that of Mariamman, Kâli and Vinayagar, begins in the streets of the village. So shot segur music again and again and firecrackers and other rockets and fireworks I'm not telling you. It's simple, the last firecrackers were silent around 3am.
What? What? How's the party in your village? In your neighborhood?