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Pierre Faure

Les passants

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Ce sont des inconnus et ils sont seuls au monde. Comme si leur seule présence à un endroit donné suffisait pour imposer le vide autour. Ce sont les décors dits naturels de la rue, qui deviennent de par ce vide, des espaces inhabituels, comme sortis d?un rêve, de son imagination. Ce sont des corps en fuite, plus qu?en mouvement. Souvent de loin, souvent de dos. Des corps écrasés par l?amplitude de l?espace autour. Des pans de murs, un passage piéton, un lampadaire, le parvis de la bibliothèque nationale, plateau désert cernés de ses quatre tours géantes. Ce sont des corps qui se battent avec tout ça. Avec l?architecture et l?espace vide. Il y a un homme en costume sur un trottoir, le long d?un mur jaune et vierge de toute ombre, de toute fenêtre, de toute vitrine, de toute affiche. Une ville qui semble étrangère, inconnue. Rien que ce mur écrasant et lui. Immobile, petit. Comme au pied du mur. Il porte dans chaque main un grand sac en craft. Il s?arrête et regarde un peu plus loin vers le bitume. Comme si une pensée soudaine l?empêchait d?avancer. Juste au dessus de lui, un tuyau de canalisation, un point d?exclamation au paysage, qui donne à l?espace vide sa seule surprise. Un autre homme, venu d?un autre temps, en noir et blanc, monte quelques marches dans le parc des tuileries à Paris. Il porte un Borsalino et long manteau qui vole au vent. Mains dans les poches. Un corps tout droit sorti d?un film noir, surmonté sur sa droite d?une statue de lion, l?une de celles qui surplombe l?esplanade de la Concorde. Il croise sur ces escaliers, la petite silhouette d?un enfant emmitouflé dans sa veste épaisse et sa cagoule blanche. Un visage et des vêtements qui nous ramènent dans notre temps, loin du noir. Loin du film. Une série où les paysages ne tournent qu?autour de leur seul habitant. Un costume, un chien tenu en laisse, une acrobatie sur un réverbère et il se passe comme un voyage sur place. Une toile de fond pour leurs pensées, de leurs rêveries passantes, abandonnés sur place.
Emilie Chaudet.