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Nadège Mazars

Territoires perdus

Lost territories

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[Ce reportage a été réalisé avec le soutien du Coordinador Nacional Agrario de Colombia (CNA)]
 
Selon les chiffres donnés par le Haut Commissariat aux Réfugiés en décembre 2014, 6 044 151 de personnes sont déplacés à l'intérieur du pays. Il y a différentes situations qui conduisent au déplacement. Cette série en présente une, un déplacement massif de communautés autochtones dans le département du Chocó, où le conflit interne s'est accentué au début du deuxième semestre 2014.
En mai 2014, des groupes paramilitaires sont entrés sur les territoires autochtones du Alto Baudó. Ces territoires sont historiquement sous contrôle de la guérilla de l'Armée de Libération Nationale (ELN). Des affrontements ont commencé entre la guérilla et les paramilitaires. 2 800 personnes provenant de 26 communautés autochtones Embera ont quitté leur village face à l'escalade des confrontations. Ils ont trouvé refuge à Catrú, le plus important village Embera de la zone. Sa population triplée, le village a été confronté à une crise humanitaire dans cette région très isolée. En dépit de très mauvaises conditions sanitaires et du manque de nourriture, les communautés sont restées plus de quatre mois. Les groupes de réfugiés se composent en général de familles larges avec de nombreux enfants souvent en bas âge. Ils ont fui par crainte des actions des groupes armés et des mines laissés dans les champs. Ils craignaient aussi les possibles recrutements et des actes de représailles contre une population vivant dans une zone contrôlée par la guérilla.
En plus des conséquences directes sur les vies individuelles et sur les familles, le déplacement a d'autres effets. La vie autochtone est construite autour des limites et des représentations sociales du territoire. La perte du territoire déstabilise profondément l'unité de ces peuples autochtones car cela affaiblit aussi les structures culturelles, politiques et sociales de ces sociétés. Pour ces raisons, j'ai construit cette série autour de la relation existant entre le réfugié et le territoire perdu.
Après la première image, les photographies se succèdent selon l'idée d'une série diptyque, montrant tout d'abord le territoire perdu puis des représentants ou représentations des populations déplacées. Aujourd'hui, ces 2 800 personnes sont retournées dans leur village, mais le danger reste. Les territoires de l'Alto Baudó sont une zone stratégique pour tous les acteurs armés, y compris l'Armée colombienne, car ils sont un corridor d'entrée et de sortie vers l'océan Pacifique. Quand les affrontements commencent ou quand les acteurs armés se déplacent sur leur territoire, les populations vivent retranchées dans leur village avec très peu de nourriture. Elles craignent de se déplacer vers les villes plus grandes et de faire de mauvaises rencontres sur leur chemin.
 

[This reportage was conducted with the support of the Coordinador Nacional Agrario de Colombia (CNA)]
 
According to the UNHCR in December 2014, 6,044,151 people have been internally displaced in Colombia. There are various situations that lead to displacement. This series presents one of them, a massive displacement of indigenous communities in the Department of Chocó, where the internal conflict has become significantly more intense in the beginning of the second part of 2014.
In May 2014, paramilitary forces entered the indigenous territories of Upper Baudó (Alto Baudó). Because these territories are under historical control of the National Liberation Army (ELN), confrontations began between these guerrilla forces and the paramilitaries. 2,800 people of 26 Embera indigenous communities left their village, which faced a possible escalation of the conflict. They took refuge on Catrú, the most important Embera village in the area. With a tripled population the village was confronted with a critical humanitarian crisis in an isolated region. Despite the poor sanitary conditions and the lack of food, the communities stayed more than four months. They are composed of large families with many infants and young children. They fled in fear of the actions of the armed group and the land mines left in the fields. They were also afraid of recruitments and acts of reprisals against a population who had lived in a guerrilla region.
In addition to the direct consequences on individual and family life, displacement has further effects. The indigenous lifestyle is built around its boundaries and the social representation of territory. The loss of their territories deeply destabilizes the unity of these indigenous people because it also weakens the social, political and cultural structures of this society. For these reasons I built this series based on the relationship between refugees and lost territories.
The photographs are organized in a double-panel series, showing the lost territory on the left and the displaced population on the right. Today, the displaced population have returned to their communities, but the dangers they face remain. Upper Baudó territory is a strategic area for all the armed groups, including the Colombian army, since it is a corridor to the Pacific Ocean. Currently, the population is living there with little food and confined in their homes. They fear going out and potentially having dangerous encounters on the way to their fields or urban centers.