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Mathias Zwick

L'Empire de la Note

The Empire of the Score

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Depuis 2012, la Chine déploie un système de notation de ses citoyens. Privé ou public, local ou national, individuel ou sectoriel, avec ce système de crédit social, Pékin veut mettre tout le monde au pas d'ici 2020.

Le crédit social prend trois formes. La première est une liste noire établie par la Cour suprême et rendue publique sur le site "creditchina.gov.cn". Elle comprend les noms des personnes dont les notes sont tombées à zéro, soit 23 millions à ce jour. Ayant une conduite jugée « indigne de confiance », les personnes mentionnées sur cette liste ne peuvent plus acheter de billets d'avion, de tickets de train à grande vitesse ou encore réserver une chambre dans un hôtel de luxe.
 
La deuxième forme de crédit social est privée : le crédit Sésame de Ant Financial, la branche financière d'Alibaba, le fleuron de l'e-commerce chinois. La plupart des Chinois utilisent l'application Alipay pour payer leurs achats. Avec leur smartphone, ils scannent un code QR affiché à toutes les caisses des magasins. Les transactions d'achat sont ensuite analysées et utilisées pour établir un score. En février 2015, Li Yingyun, directeur de la technologie du crédit Sesame, expliquait dans le magazine économique chinois Caixin comment la note était calculée : "Celui qui joue à des jeux vidéo [en ligne et payant] dix heures par jour, par exemple, sera considéré comme paresseux, tandis que celui qui achète fréquemment des couches sera présumé être un parent, qui aura donc un sens plus aigu des responsabilités". Les utilisateurs d'Alipay sont notés de 350 à 950. Les personnes ayant un bon score bénéficient d'avantages, comme un accès à des produits financiers très lucratifs ou à des micro-crédits à la consommation.
 
La troisième forme de crédit social est municipale. Depuis 2012, quarante-trois villes pilotes le testent. Presque toutes tirent profit des données recueillies sur les réseaux sociaux, les applications pour smartphones (dont Alipay) et la vidéosurveillance. Bien que chaque municipalité ait établi ses propres règles et notes, le civisme et l'élévation morale sont au coeur du système. Ne pas respecter le code de la route, parier de l'argent aux cartes ou trop jouer aux jeux vidéo en ligne pourrait faire perdre des points aux citoyens. A Jinan, la municipalité est même allée jusqu'à mettre en place un permis à points pour les propriétaires de chiens. Démarrant à 12, le propriétaire perdra des points s'il promène son chien sans laisse. Si le score tombe à zéro, le chien peut être confisqué. A Shanghai, les utilisateurs de l'application "Honest Shanghai" peuvent vérifier la réputation des entreprises, bars ou restaurants à l'aide des chiffres fournis par les administrations fiscales, alimentaires et sanitaires locales. A Nankin, des caméras de vidéosurveillance à reconnaissance faciale enregistrent les infractions au code de la route. Les visages et les identités des contrevenants sont ensuite affichés sur des écrans géants. Jeter des ordures par terre est aussi pénalisé. Mais les citoyens qui se portent volontaires pour nettoyer les rues de leur ville gagneront des points s'ils prouvent leur bonne action à l'aide de photos ou de vidéos. Donner son sang ou aider des personnes âgées peuvent également permettre de récupérer des points.

Ces "bons" ou "mauvais" comportements établissent en partie le score de chaque citoyen. Il est possible de consulter son score via une application développée par certaines municipalités ou alors dans un centre de crédit social. À Rongcheng, dans la province du Shandong, les portraits de citoyens modèles sont même affichés dans la rue.

Ces citoyens modèles sont récompensés et peuvent par exemple accéder gratuitement à la bibliothèque municipale ou aux musées ou encore bénéficier des transports publics à moitié prix. Pour leur part, les "mauvais" citoyens ne pourront pas contracter un prêt ou acheter un appartement. Ils auront, par exemple, plus de difficultés à inscrire leurs enfants dans de bonnes écoles ou universités. Encore floues, les règles, les sanctions et les récompenses doivent être appliquées dans toute la Chine en 2020. Pékin sera la dernière ville concernée avec une mise en oeuvre du crédit social prévue pour 2021.

Since 2012, China has been deploying a credit score system for its citizens. Private or public, local or national, individual or sectoral, with this social credit system, Beijing wants to bring everyone in line by 2020.

Social credit takes three forms. The first is a black list drawn up by the Supreme Court and made public on the "creditchina.gov.cn" website. It includes the names of people whose scores have fallen to zero, 23 million to date. Persons on the list are no longer allowed to buy airplane tickets, high-speed train tickets or book a room in a luxury hotel because their conduct has been deemed "untrustworthy".
 
The second form of social credit is private: the Sesame credit of Ant Financial, the financial arm of Alibaba, the flagship of Chinese e-commerce. Most Chinese people use the Alipay application to pay for their purchases. With their smartphone, they scan a QR code displayed at all the checkouts in the stores. The purchase transactions are then analyzed and used to establish a score. In February 2015, Li Yingyun, head of Sesame credit technology, explained in the Chinese business magazine Caixin how the score was calculated: "Anyone who plays video games [online and paying for] ten hours a day, for example, will be considered lazy, while anyone who frequently buys diapers will be presumed to be a parent, who will therefore have a greater sense of responsibility. Alipay users are rated between 350 and 950. People with a good score receive benefits, such as access to highly lucrative financial products or consumer micro-credits.
 
The third form of social credit is municipal. Since 2012, forty-three pilot cities test it. Almost all of them take advantage of data collected on social networks, smartphone applications (including Alipay) and video surveillance. Although each municipality has set its own rules and ratings, civic-mindedness and moral upliftment are at the heart of the system. Failing to obey traffic laws, betting money on cards or playing too many online video games could result in citizens losing points. In Jinan, the municipality has even gone so far as to introduce a points-based permit for dog owners. Starting at 12, the owner will lose points if he walks his dog without a leash. If the score falls to zero, the dog can be confiscated. In Shanghai, users of the "Honest Shanghai" application can check the reputation of businesses, bars or restaurants using figures provided by the local tax, food and health authorities. In Nanjing, facial recognition video surveillance cameras record traffic violations. The faces and identities of offenders are then displayed on giant screens. Throwing rubbish on the ground is also penalized. But citizens who volunteer to clean up the streets of their city will earn points if they prove their good deed with photos or videos. Donating blood or helping the elderly can also earn points.

These "good" or "bad" behaviours partly determine each citizen's score. It is possible to consult one's score via an application developed by certain municipalities or in a social credit centre. In Rongcheng, Shandong province, portraits of model citizens are even displayed in the street.

These model citizens are rewarded and can, for example, have free access to the municipal library or museums or use public transport at half price. The "bad" citizens, on the other hand, will not be able to take out a loan or buy an apartment. They will, for example, find it more difficult to enrol their children in good schools or universities. The rules, sanctions and rewards are still unclear and are to be applied throughout China in 2020. Beijing will be the last city concerned, with the implementation of social credit scheduled for 2021.