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Mathias Zwick

Rock'n'Roll Mitrovica

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Ancienne ville minière et industrielle, Mitrovica, la multi-ethnique, a été un « symbole » du conflit de 1998-99 entre Serbes et Albanais. Je m'y suis rendu du 23 mars au 1er avril 2017 afin de rencontrer des jeunes qui, à travers la musique, tentent de réconcilier leurs communautés.
Avant la guerre du Kosovo, Mitrovica était aussi réputée comme un haut lieux du rock'n'roll. Mais depuis la montée des nationalismes dans les années 1990, tout s'est effondré. La ville est aujourd'hui coupée en deux : deux centres-villes, deux gouvernements, deux mairies, deux monnaies, deux langues et même deux marques de bière ! On l'appelle « Mitrovicë » du côté albanais. « Kosovska-Mitrovica » du côté serbe.
Dans ce contexte tendu et parfois violent, une école de rock a ouvert ses portes en 2008. A travers la formation de groupes « mixtes » qui entremêlent musiciens albanais et serbes, l'école tente de rétablir le brassage ethnique et culturel d'antan. Ayant la même passion pour la musique, les jeunes rockeurs surpassent leurs origines respectives et oeuvrent ainsi à la réunification de la ville.
Lycéens et étudiants de moins de 20 ans, ils sont environ 150 élèves dans l'école. Armés de leur guitare, de leur basse ou de leur synthétiseur, les filles comme les garçons font face à un nationalisme pugnace. La conséquence est une école elle aussi divisée en deux, pour des raisons de sécurité cette fois. Alors que les jeunes serbophones se retrouvent dans un établissement au nord de la ville, les albanophones se retrouvent dans un second situé au sud. Ce n'est qu'une fois tous les deux mois que ces ados ont la possibilité de se retrouver pour répéter ensemble et préparer un concert qui se tiendra dans une ville tierce. En effet, pour éviter les réactions violentes de certains habitants, les concerts de groupes mixtes ne peuvent avoir lieu à Mitrovica pour l'instant.
Dans une ville encore hantée par les souvenirs de guerre, ces jeunes ont décidé de faire table rase du passé. Certains se retrouvent même en dehors des sessions de l'école, malgré les risques d'agressions et les critiques de leur entourage. Pour la plupart nés après le conflit armé, ils constituent la première génération de la réconciliation. Perfecto sur les épaules et micro à la main, les rockeurs de Mitrovica comptent bien faire déchanter les nationalistes.

Mitrovica, the multi-ethnic former mining town, was a symbol of the 1998-99 conflict between Serbs and Albanians. I spent time there in March and April 2017 to meet young people trying to reunite their communities through music.

Before the Kosovo war, Mitrovica was also known as a rock'n'roll hotspot. Everything has fallen apart since the rise of nationalism in the 1990s. This city is now divided in two: two city centers, two governments, two city halls, two currencies, two languages and even two brands of beer! The city is known as « Mitrovicë » on the Albanian side, « Kosovska-Mitrovica » on the Serbian side.  

In this tense and sometimes violent environment, a rock school opened in 2008. By forming « mixed bands », with both Albanian and Serb musicians, the school is attempting to restore the ethnic and cultural melting pot of the past. These young rockers, who share the same passion for music, transcend their origins and work towards the reunification of the city.

There are roughly 150 high school and university students in the rock school, all under 20 years old. Girls as well as boys, armed with guitars, bass guitars and synthesizers, face belligerent nationalism. As a result, the school is also divided in two but for safety reasons this time. Serbian-speaking students study in a building in the north side of the city whereas Albanian-speaking students meet up in a second building in the south side. These teens only get together every other month for a week of rehearsals to prepare a concert that will take place in another town. Gigs by mixed bands cannot be organized in Mitrovica at the moment due to the potentially violent reaction of some locals.

In a city still haunted by the memories of war, these youngsters have decided to leave the past behind. Some of them even meet outside school, despite the risk of assault and criticism by their friends and family. Most of them were born after the armed conflict and are the first generation of reconciliation. With black bikers' jackets on their back and a microphone in hand, musicians from Mitrovica intend to seriously rock the nationalists.