1 / 25
slider modesheet modefullscreen mode

 

Mathias Zwick

Une poussée vers l'Ouest

→  commander un tirage papier
EN | FR

Le vacarme est assourdissant. Sur le trottoir, toutes les têtes se retournent. A une vitesse infernale, une horde sauvage de 30 skateurs dévale les routes vertigineuses de la ville. T-shirts de marques américaines et skateboards représentant des têtes de mort, nous ne sommes pas en Californie, mais bien à Téhéran, en Iran.
L'Iran fait son grand retour sur la scène internationale. Mais les jeunes iraniens ont depuis longtemps adopté un style de vie occidental et underground. En septembre et octobre 2015, je me suis rendu là-bas afin de rencontrer les adeptes du skate de la République Islamique. Etant moi même skateur, j'ai pu les suivre dans 8 villes en immersion totale dans leur quotidien.
Agés de 15 à 25 ans, et pour la plupart étudiants vivant chez leurs parents, ils seraient près de 2000 dans tout le pays. Mais avec les difficultés d'importation de produits venant des Etats-Unis et l'inflation qui touche l'Iran, le skate n'est pas accessible à tous. « C'est une activité coûteuse ici. Pour l'instant, c'est un sport réservé aux classes moyennes et supérieures », précise Alireza, propriétaire du premier skate-shop du pays. Alors que la capitale construit des skateparks, d'autres municipalités sont encore réticentes en raison de l'origine occidentale du skateboard. Pourtant, le skate est de plus en plus populaire en Iran. C'est même l'un des rares sports où la mixité existe. Casquette à l'envers vissée sur la tête, laissant à peine entrevoir le voile obligatoire, les filles s'entrainent aux côtés des garçons.
Adeptes des cultures occidentales, ces jeunes désirent voir leur pays entrer en réconciliation avec le monde. Zigzaguant entre vieilles voitures françaises et Paykan de l'époque du Shah, la route leur appartient. Nous emmenant bien loin de l'Iran des mollahs et des tchadors, les skateurs continuent de pousser vers l'Ouest.

Surrendered by the deafening noise, all eyes suddendly turned to observe a wild horde of 30 skateboarders going down the steep roads of the city at breakneck speed. Touting American-brand clothing, GoPro cameras and skateboards decorated with skulls, it may sound like we are in California but we are in fact in Tehran, capital of the Islamic Republic of Iran.

Though the mainstream media often portrays Iran as an outcast on the world stage, young Iranians long ago adopted an underground, more Western lifestyle. In September and October 2015, I was there to meet the skateboard enthusiasts of the Islamic Republic. As a fellow skateboarder, I accompanied them through eight towns and completely immersed myself in their daily lives.

Between 15 and 25 years old and mostly students living at their parent's home, these skateboard fans number about 2,000 across the country. Given the difficulties concerning the import of products from the United States and the inflation which affects Iran, skateboarding is not accessible to all. "It's a costly hobby here. At the moment, it is a sport confined to middle and upper classes" points out Alireza, owner of the first skate shop of the country. While Tehran builds skate parks, other towns remain reluctant due to the perceived Western stigma of skateboarding. However, skateboarding is becoming more and more popular in Iran. It is even one of the few sports where genders intermingle. Wearing backwards caps atop discrete but compulsory veils, girls train with boys.

Open to Western cultures, these young Iranians would like to see their country reconcile with the world. Weaving between French Peugeot cars and Paykan from the time of the Shah, the road belongs to them. Taking us far away from Iran's mullahs and chadors, these skateboarders keep pushing towards West.