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Michel Slomka

La Vie est ailleurs.

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A trois heures d'Athènes, sur l'île d'Evia, la crise est un concept abstrait et lointain. De la côte, on admire les montagnes qui tombent dans la mer. La chaleur est écrasante, et le chant des cigales, entêtant. C'est ce cadre qu'a choisi Apostolos pour fonder son projet d'éco-communauté, baptisée, en toute humilité, « free and real ».
Apostolos, ancien graphiste et web-designer, a quitté Athènes il y a cinq ans pour refaire sa vie à la campagne. « Je n'avais pas à me plaindre. J'avais un boulot, un bon salaire. Mais la crise n'est pas qu'économique. C'est tout notre rapport au monde qu'il faut changer. J'ai voulu créer autre chose. » Cette « autre chose » s'organise autour d'un campement de yourtes, à deux cents mètres de la plage. Le site est équipé de panneaux solaires, et approvisionné en eau par une source du terrain. La journée commence par un bain de mer, puis s'étire dans une ambiance de colonie de vacances, entre travaux potagers-bio, évidemment-, construction de nouvelles yourtes, ateliers boutures ou confitures, initiation à la permaculture ou au yoga. Free and real se veut une école, où l'on apprend à vivre en harmonie avec la nature.
Dans une Grèce en crise, le projet trouve un écho certain: 16 000 personnes s'y sont déjà succédées. Certains viennent pour prendre l'air, partager des moments d'insouciance et de détente. D'autres prennent l'expérience très au sérieux. « On m'a dit qu'il y avait moyen de vivre pour pas cher, ici.   La vie dans les grandes villes est devenue insupportable. Du coup, je suis venue voir ce que ça donne.», explique Dimitra, assistante maternelle à Thessalonique. « Imaginez si ce genre d'initiatives essaimaient ! C'est tout à fait possible», estime un jeune grec qui termine ses études d'ingénieur informaticien.
Les grecs, et particulièrement les jeunes, sont de plus en plus nombreux à quitter les villes pour retourner vivre à la campagne. « Plus on s'enfonce dans la crise et plus les gens cherchent des alternatives. Des dizaines de projets de ce genre voient le jour chaque année, rien que sur cette île». 
Sophie Tardy-Joubert