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Michel Slomka

I feel Blue

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À l?instar de nombreux pays d?Asie, la France développe une application pour smartphones, StopCovid, censée aider à endiguer l?épidémie de Covid-19 dans le pays. Cette application doit être installée sur le plus grand nombre de téléphones possibles et permettre ainsi, par une communication Bluetooth permanente entre les terminaux, de cartographier la survenue de nouveaux cas et de placer les personnes entrées récemment en contact avec le malade dans une quarantaine stricte.
L?usage de millions de smartphones pour cartographier en temps réel la progression de l?épidémie est une parade intéressante, potentiellement à même de circonscrire l?immense complexité du schéma de dissémination du virus.
Néanmoins, le cadre prévu par le gouvernement pour l?utilisation de cette application pose des problèmes majeurs de respect de la vie privée et de protection des données.
Le Bluetooth est en effet le système le plus faillible d?un téléphone ou de tout autre objet connecté (ordinateur, télévision, voiture, montre, casque audio etc.). Ses failles sont la porte d?entrée privilégiée pour le vol ou l?utilisation non consentie de données personnelles. Or, la plupart des utilisateurs ignorent l?énorme vulnérabilité de leur téléphone et les risques que fait planer sur leur vie privée une connexion ininterrompue du Bluetooth sur leurs terminaux.
En choisissant douze lieux de mon arrondissement, en les photographiant aux heures désertes du soir et en relevant simplement les adresses des téléphones dont le Bluetooth était allumé autour de moi, j?ai voulu rendre visible cette vulnérabilité. L?utilisation d?outils adéquats - par des acteurs privés ou publics, bien ou mal intentionnés - permet sans grande difficulté d?exploiter le contenu des téléphones dont l?adresse MAC (l?adresse physique du terminal stockée dans la carte réseau) s?affiche sur ces photos.
Si les rues de Paris sont désertées le soir en cette période de confinement, le désert n?est qu?une illusion. Il y a, potentiellement, des centaines et des milliers de vies dont les ondes radio millimétriques me traversent et cherchent le contact. Autant de photos, de répertoires et de conversations privés qui pourraient, par manque de précaution, me délivrer le secret précieux de leurs vies.
(Note : pour des raisons d?anonymat, deux caractères de chaque adresse ont été systématiquement et aléatoirement changés.)